[TOUCHE PAS NON PLUS À MES 90ϟs] : #164. Copycat

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Nous sommes tous un peu nostalgiques de ce que l'on considère, parfois à raison, comme l'une des plus plaisantes époques de l'industrie cinématographique : le cinéma béni des 90's, avec ses petits bijoux, ses séries B burnées et ses savoureux (si...) nanars. Une époque de tous les possibles où les héros étaient des humains qui ne se baladaient pas tous en collants, qui ne réalisaient pas leurs prouesses à coups d'effets spéciaux et de fonds verts, une époque où les petits studios venaient jouer dans la même cour que les grosses majors légendaires, où les enfants et l'imaginaire avaient leur mot à dire... Bref, les 90's c'était bien, tout comme les 80's, voilà pourquoi on se fait le petit plaisir de créer une section où l'on ne parle QUE de ça et ce, sans la moindre modération. Alors attachez bien vos ceintures, prenez votre ticket magique, votre spray anti-Dinos et la pilule rouge de Morpheus : on se replonge illico dans les années 90 !
#164. Copycat de Jon Amiel (1995)
Sorti en 1995, Copycat s’impose comme l’un des thrillers psychologiques les plus élégants et sous-estimés de son époque. Réalisé par Jon Amiel, cinéaste britannique passé par la télévision et le cinéma international, le film témoigne d’un véritable sens de la tension et d’une approche raffinée du suspense urbain. À une période marquée par l’influence durable du succès du Silence des agneaux, Copycat parvient à s’inscrire dans la lignée des grands thrillers tout en affirmant une identité propre, plus introspective et presque mélancolique.
Le cœur du film réside dans son duo féminin remarquable. Sigourney Weaver incarne Helen Hudson, psychologue criminologue brillante mais traumatisée, recluse dans son appartement après une agression. Weaver livre une performance tout en tension intérieure, jouant avec finesse la fragilité, la paranoïa et la détermination progressive de son personnage. Son interprétation évite toute caricature de la victime : Helen est à la fois vulnérable et redoutablement lucide, prisonnière de ses peurs mais intellectuellement combative.
Face à elle, Holly Hunter apporte une énergie terrienne et pragmatique dans le rôle de l’inspectrice M.J. Monahan. Hunter insuffle au personnage une humanité directe, presque rugueuse, qui contraste avec l’isolement sophistiqué d’Helen. Leur relation évolutive constitue l’un des axes les plus réussis du film : d’abord méfiantes, elles apprennent à se faire confiance, créant une dynamique de solidarité féminine rare dans le thriller policier des années 1990. Dermot Mulroney complète le trio principal avec une présence plus effacée mais essentielle à l’équilibre émotionnel.
Sur le plan technique, Jon Amiel fait preuve d’une maîtrise visuelle remarquable. La ville de San Francisco devient un personnage à part entière : froide, verticale, traversée de néons et de brouillard, elle incarne l’isolement et la menace diffuse. La photographie privilégie des tons métalliques et bleutés, accentuant la sensation de claustration, notamment dans l’appartement high-tech d’Helen. La mise en scène joue sur les écrans de surveillance, les lignes architecturales et les cadres fragmentés, traduisant visuellement le thème du contrôle et de la surveillance. Le montage, précis et tendu, installe une progression dramatique constante sans céder à l’escalade gratuite.
La bande sonore et le design sonore participent pleinement à l’atmosphère anxiogène. Les silences prolongés, les bruits urbains lointains et les respirations amplifiées créent un sentiment d’insécurité permanent. Amiel privilégie la suggestion à l’exposition frontale de la violence, ce qui renforce l’impact émotionnel des scènes clés.
Mais Copycat dépasse surtout son intrigue policière par la richesse de ses sous-textes. Le film interroge la culture de la reproduction et de la célébrité criminelle : le tueur ne cherche pas seulement à tuer, il cherche à s’inscrire dans une lignée, à imiter des figures devenues tristement mythiques. Cette dimension questionne la responsabilité des médias et du discours public dans la fabrication d’icônes monstrueuses. Par ailleurs, le thème de l’agoraphobie d’Helen devient une métaphore puissante de la peur contemporaine : peur de l’espace public, peur de l’autre, peur d’un monde perçu comme incontrôlable.
La confrontation finale ne se limite pas à un affrontement physique ; elle symbolise la reconquête de soi. (Spoiler) En sortant de son isolement, Helen affronte non seulement le tueur mais aussi ses propres démons. Le film propose ainsi une trajectoire de résilience, portée par une intelligence émotionnelle rare dans le genre.
Plus de trente ans après sa sortie, Copycat conserve une pertinence frappante. Son regard sur la fascination pour les tueurs en série résonne encore à l’ère de la surmédiatisation criminelle. Porté par deux actrices au sommet de leur art et une réalisation élégante, le film demeure un thriller dense, mature et profondément humain.






