[CRITIQUE] : La Traque de Meral
Réalisateur : Stijn Bouma
Acteurs : Dilan Yurdakul, Gijs Naber, Raymond Thiry,...
Distributeur : L'atelier Distribution
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Hollandais.
Durée : 1h31min.
Synopsis :
Meral, une mère célibataire néerlandaise d’origine turque, est accusée à tort de fraude fiscale et contrainte de rembourser 34 000 euros d’allocations familiales. Prise dans un engrenage administratif redoutable et traquée sans relâche par un enquêteur social, Meral va prendre une décision radicale pour sauver sa famille.
Inspiré de faits réels.
La Traque de Meral, estampillé troisième long-métrage du cinéaste hollandais Stijn Bouma, qui jusqu'ici n'avait jamaos eu les honneurs d'être invité dans nos salles obscures, prend fièrement ses racines à travers une réalité particulièrement cruelle : la "Toeslagenaffaire", un scandale politique qui s'est lentement mais sûrement développé à la fin de la décennie précédente au coeur du Pays des tulipes, lorsque le gouvernement néerlandais dirigé par Mark Rutte, a commencé à méchamment durcir le contrôle des prestations/allocations sociales.
Progressivement, l'état récupérait plusieurs milliers d'allocations, accusant injustement à tort de fraude à l'aide sociale de nombreuses familles, principalement d'origine immigrée.
Un scandale immonde qui conduira en janvier 2021, à la démission collective du gouvernement des Pays-Bas, avant une refonte totale de la politique aux élections législatives suivantes.
Pas un petit point de départ donc (que le cinéaste maîtrise à la perfection, lui qui l'a déjà abordé par le prisme du documentaire au travers de Allen tegen de Staat en 2021, puis Sheila versus de Staat en 2023), pour ce qui nourrit un brillant et haletant drame socialo-psychologique au plus près du désespoir douloureux et sourd d'une femme injustement accusée.
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| Copyright L'Atelier Distribution |
Soit Meral (une incroyable Dilan Yurdakul, particulièrement juste et poignante), une mère célibataire néerlandaise d’origine turque, que l'on accuse à tort de fraude fiscale et qui est contrainte de rembourser 34 000 euros d’allocations familiales.
Elle se retrouve alors implacablement enfermée dans un engrenage où elle doit jongler entre l'indifférence administrative et la brutalité sourde d'un enquêteur social qui la traque - tout est dans le titre -, au plus profond de sa vie privée et intime (symbole d'un état qui ne tolère pas les abus, mais n'a de cesse d'en commettre), tout en remettant en doute son propre travail.
Puissant dans son exploration frontale du traumatisme comme des humiliations (dans lesquelles se nichent un racisme à peine masqué) subis par une matriarche aussi aimante et résiliente que déterminée à prouver son innocence, là où la narration s'évite tout manichéisme putassier (à travers le point de vue, moins fouillé certes mais essentiel, de l'enquêteur du fisc), La Traque de Meral aurait néanmoins mérité une mise en scène un peu moins effacé, pour totalement marquer la rétine.
La balade n'en reste pas moins engagée et bouleversante.
Jonathan Chevrier







