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[CRITIQUE] : Redux Redux


Réalisateurs : Kevin et Matthew McManus
Acteurs : Michaela McManus, Taylor Misiak, Jeremy HolmJim Cummings,...
Distributeur : Shadowz
Budget : -
Genre : Thriller, Science-fiction.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h49min.

Synopsis :
Irene Kelly voyage à travers des univers parallèles, tuant à répétition l’assassin de sa fille. Habitée par la haine et le désir de vengeance, son humanité ne tient plus qu’à un fil…





Résolument dans la tranche supérieure de toutes les péloches ayant gentiment louchées sur la référence absolue Un Jour sans Fin de feu Harold Ramis, Palm Springs de Max Barbakow - avec un brillant scénario d'Andy Siara - révolutionnait avec enthousiasme, à l'instar de la merveilleuse série made in Netflix Poupée Russe (avant son cousin nippon, Comme un lundi de Ryo Takebayashi, sorti quelques années plus tard), la rugosité du concept de l'emprisonnement dans une boucle temporelle, en le plaçant au coeur des artifices d'une comédie romantique saupoudrée d'un double récit initiatique infiniment touchant et empathique.

Une vraie petite bombe incarnant sans trembler une évasion science-fictionnelle aussi délirante qu'elle est désarmante de tendresse, donnant du sens à l'apparente insignifiance de la vie avec un enthousiasme contagieux.

Copyright Saban Films

Il aura fallu un bon moment avant que le cinéma ricain lui offre un pendant résolument plus musclé et sensiblement plus pessimiste et désenchanté : Redux Redux des frères Kevin et Matthew McManus, qui joue du concept de la boucle temporelle comme d'une malédiction bouffée par l'absence de changement, au détour de la quête vengeresse vaine d'une figure maternelle lessivée et endeuillée, qui voyage dans des univers parallèles dans une sorte de machine/cercueil ambulant, dans l'espoir de retrouver vivante sa fille assassinée.
Mais chaque monde est frappé par une vérité cruelle : rien ne change réellement et elle ne fait que de tomber sur son meurtrier, Neville, qu'elle liquide à répétition sans le moindre remord.
Tout bascule dans un monde où, au lieu de simplement tomber sur sa proie, elle découvre celle que s'apprête à emporter le bourreau de sa fille, Mia, qu'elle libère tout en laissant, involontairement, une chance à Neville de s'échapper...

Privilégiant un regard introspectif et sans aspérité sur le concept de multivers (quitte à ne jamais réellement contextualiser les possibilités folles d'une réalité où le marché noir permet un accès au multivers) tout autant qu'une violence graphique et âpre - qui n'est pas sans rappeler le Looper de Rian Johnson -, le film se fait moins un récit science-fictionnel qu'un thriller tragique sur le deuil impossible, cloué aux basques d'une figure tentant vainement de mettre en échec une mort qu'elle n'a pourtant de cesse de perpétuer, parce qu'il lui est impossible d'accepter sa perte et encore plus de pardonner l'impardonnable, enfermée qu'elle est dans une boucle temporelle de destruction et d'auto-destruction (sa sempiternelle et répétitive traque du tueur - et sa mise à mort - ne pourra jamais l'apaiser) même si, paradoxalement, matinée d'espoir : parce que chaque univers pourrait la ramener à sa gamine, mais aussi parce qu'elle noue une relation mère-fille perdue avec Mia (hypothétique manière de retrouver un peu goût à la vie).

Copyright Saban Films

Modeste bout de cinéma certes prévisible mais sans fioritures et allant strictement à l'essentiel (jusque dans sa mise en scène, sobre mais efficace), qui ne sacrifie pas son émotion - palpable - ni son joliment questionnement existentiel (de quoi et jusqu'où serions-nous capable d'aller pour la chair de notre chair ?) sous l'autel d'une action haletante et nerveuse, Redux Redux fait méchamment bien le café et a le bon ton de ne pas se perdre dans les méandres du bis relax qui lui tendait furieusement les bras.

Une belle petite surprise comme Shadowz sait si bien les dégainer.


Jonathan Chevrier