[CRITIQUE] : La Maison des Femmes
Réalisatrice : Mélisa Godet
Acteurs : Karin Viard, Laetitia Dosch, Oulaya Amamra, Eye Haïdara, Pierre Deladonchamps, Juliette Armanet, Jean-Charles Clichet, Laurent Stocker de la Comédie Française, Alexandra Roth, Aure Atika,...
Distributeur : Pathé Films
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Français.
Durée : 1h50min.
Synopsis :
À la Maison des femmes, entre soin, écoute et solidarité, une équipe se bat chaque jour pour accompagner les femmes victimes de violences dans leur reconstruction. Dans ce lieu unique, Diane, Manon, Inès, Awa et leurs collègues accueillent, soutiennent, redonnent confiance. Ensemble, avec leurs forces, leurs fragilités, leurs convictions et une énergie inépuisable.
Si toutes routes sont censées mener à Rome selon le dicton, tous les César du meilleur espoir eux, ne mènent pas forcément à une brillante carrière (voire à une carrière, tout court) au sein d'un paysage cinématographique actuel où tout n'est qu'une question de choix, mais où seul les bons (comprendre : fructueux en terme de rentabilité) sont réellement pris en compte.
Assurément rare sur grand écran - rarement plus d'un film par an -, la talentueuse Oulaya Amamra s'échine à bien choisir ses projets quitte à, justement, solidement se positionner entre les questions de qualité et de quantité des propositions, pour preuve quelques-unes de ses dernières partitions à avoir atteintes nos salles obscures (évidemment, rayez Toutes pour une de Houda Benyamina, bitchez propre) : Fumer fait tousser de Quentin Dupieux, Fragile et Animale d'Emma Benestan où encore Divertimento de Marie-Castille Mention-Schaar.
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| Copyright Marie Rouge / Copyright 2026 – UNE FILLE PRODUCTIONS – PATHÉ FILMS – CHAPTER 2 PRODUCTIONS – FRANCE 2 CINÉMA |
La maison des femmes fait instinctivement parti de celles-ci, estampillé premier long-métrage écrit et réalisé par la wannabe cinéaste Mélisa Godet, résolument solide sur ses appuies (autant dans une mise en scène délicate, qui ne trahit pas des débuts sur grand écran, que dans son montage particulièrement fluide), qui s'attache à un sujet essentiel, tout en célébrant la puissance de la sororité : les violences, physiques comme psychologiques, faites aux femmes dans une société hexagonale qui tient scrupuleusement les comptes, sans forcément se donner les moyens d'y venir un minimum à bout (et l'accumulation croissante de tragédies durant la pandémie du Covid-19 - qui a d'ailleurs un rôle pivot dans la narration -, n'a strictement rien fait avancer d'un point de vue politique comme social).
La cinéaste n'ignore pas toutes ses souffrances, des affres psychologiques de l’emprise comme des violences multiples qui en découlent, ni même ses conséquences : elle en fait le coeur vulnérable et vibrant de sa prose cinématographique, plaçant sa fiction (un choix nettement plus judicieux que le documentaire, qui aurait peut-être - sans doute - fragilisé la sérénité d'une structure déjà précaire) au plus près de celles et ceux qui apportent écoute, soutien et compassion à celles qui en ont besoin; celles et ceux qui font vivre les structures essentielles à ces nombreuses quêtes de reconstruction comme d'équilibre, face au silence assourdissant et frustrant des pouvoirs publics.
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Drame choral et engagé aussi authentique qu'il est fermement ancré dans le réel, que ce soit dans sa bienveillance comme dans ses touches d'humour venant contrebalancer une émotion parfois saisissante, Godet milite pour l'importance du lien social sans pour autant jouer la carte d'un misérabilisme putassier ni celle d'un canevas pédagocico-artificiel, même si elle ne peut s'empêcher d'arpenter, plus où moins consciemment, la voie sinueuse d'une écriture un poil manichéenne et pas toujours subtile, quand bien même sa distribution - merveilleusement investie - empêche toute embardée critique (notamment une Eye Haïdara, comme toujours, exceptionnelle), malgré une fortune diverse niveau caractérisation.
Pas de quoi atténuer d'un iota pour autant, la beauté de son hommage inspiré et inspirant, et encore moins son importance.
Jonathan Chevrier









