Breaking News

[CRITIQUE] : La Danse des renards


Réalisateur : Valéry Carnoy
Avec : Samuel Kircher, Faycal Anaflous, Jef Cuppens, Jean-Baptiste Durand, Hassane Alili,...
Distributeur : Jour2fête
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Belge, Français.
Durée : 1h34min

Synopsis :
Dans un internat sportif, Camille, un jeune boxeur virtuose, est sauvé in extremis d’un accident mortel par son meilleur ami Matteo. Alors que les médecins le pensent guéri, une douleur inexpliquée l’envahit peu à peu, jusqu’à remettre en question ses rêves de grandeur.





Peut-être parce qu'il est le sport le plus cinématographique et universel qui soit (ou pas loin), la boxe, et plus encore, le noble art à l'écran, est prompt à nous donner pléthore de leçons de vie : que ce soit dans la libération de la victoire ou le poids écrasant de la défaite, il y a toujours une bonne leçon à tirer d'un combat, car la vie elle-même en est un.
Mais ce n'est pas tant l'issue de l'affrontement lui-même (où des affrontements), qui peut être le véhicule de cette leçon, le fruit fructueux où infructueux des nombreux efforts investis, mais bien le chemin, l'odyssée - parfois redondante et frustrante - derrière l'issue, et encore plus quand la vie ne nous sert pas les mêmes cartes/chances que les autres au départ.

Copyright Hélicotronc - Les Films du Poisson - Jour2fête

C'est cette discipline - dans son pendant français -, tout en discipline justement, qui sert de cadre et de corps au délicat au premier long-métrage du wannabe cinéaste belge Valéry Carnoy, La Danse des Renards, coming-of-age movie rugueux et douloureux catapulté au plus près des gants d'un jeune prodige de la boxe française, dont l'équilibre va brusquement être bousculé par un coup du sort qui va le fragiliser à tous les niveaux.
Élève moteur d'un internat de sport-études pour jeunes boxeurs aux entraînements intenses, où la précision de ses coups comme la légèreté de ses appuis, le consacre sans forcer en champion de sa petite bande, Camille (un Samuel Kircher brillant et crédible dans l'effort) va tout perdre au détour d'une chute, une petite pente rocheuse qu'il dévale et qui va le marquer, physiquement comme intérieurement, plus profondément qu'il ne le pense.

Si des douleurs fantômes viennent fragiliser son bras et paralyser sa boxe, c'est avant tout et surtout son assurance qui n'a de cesse de s'effriter, remettant en cause aussi bien sur qu'en-dehors du ring, une fraternité qui se bâtit dans l'effort et une certaine image biaisée d'une virilité qui ne doit pas exposer ses faiblesses (le moindre signe de douleur/faiblesse est un handicap aux yeux de tous, comme face à un adversaire sur le ring), tant la force physique est le symbole même de l'autorité comme d'appartenance à un groupe.

C'est sa lente chute, sa perte d'un sentiment de contrôle comme de sa fougue juvénile - à la limite de l'arrogance - qui l'amène à se confronter brutalement à sa propre vulnérabilité et au regard fuyant de ceux qui ne l'accepte pas (comme son meilleur ami, pilier qui l'abandonnera par loyauté pour le groupe), qui nourrit les lignes d'un très beau drame sur le douloureux combat intérieur d'un môme qui apprend à la dure que les souffrances émotionnelles longtemps retenues sont bien plus douloureuses que les manifestations extérieurs, d'un corps qui est douloureusement éprouvé autant par les attentes comme les ambitions - individuelles comme collectives - écrasantes qui pèsent sur lui, que par cette perpétuation d'une culture de la performance nouée à une dureté/virilité masculine qui ne laisse aucune place aux émotions - et qui ignore, voire répugne, toute idée de faiblesse/détresse physique comme psychologique.

Copyright Hélicotronc - Les Films du Poisson - Jour2fête

Fort d'une mise en scène brute et viscérale (entre plans fixes méticuleux et plans caméra à l'épaule) qui réussit joliment à capturer l'immédiateté d'une jeunesse troublée (et où le rapport à la nature sauvage se fait un subtil symbole du combat intime de son jeune protagoniste), et d'une exploration résolument charnue de thématiques complexes (culture de la performance, santé mentale, construction du socle d'une future vie d'adulte sous le sceau des injonctions,...), La Danse des Renards, porté par une solide distribution vedette qui contribue pleinement à l'authenticité voulu par Valéry Carnoy, est un premier effort maîtrisé et captivant, une observation crue et vivante de la résilience d'un gamin qui forge son identité dans la sueur, la douleur et les larmes.

Vivement la suite donc.


Jonathan Chevrier