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[CRITIQUE] : Peaky Blinders : L'Immortel


Réalisateur : Tom Harper
Avec : Cillian Murphy, Rebecca Ferguson, Barry Keoghan, Tim Roth, Sophie Rundle, Stephen Graham,...
Distributeur : Netflix France
Budget : -
Genre : Drame, Historique, Policier.
Nationalité : Britannique.
Durée : 1h51min

Synopsis :
En guise de saison 7, un long métrage pour conclure la série consacrée à la famille Shelby et aux gangsters de Peaky Blinders.





L'idée d'une suite cinématographique (enfin presque, pensons cela comme un bon gros téléfilm de plateforme méchamment friqué) à Peaky Blinders pouvait paraître aussi invraisemblable que celui d'une suite à Breaking Bad et son final aussi satisfaisant qu'explosif : revenir sur un maelstrom grisant et furieux apparaît moins comme une vraie pensée artistique, que la volonté opportuniste de la firme au Toudoum Netflix (ici liée à la BBC) de tâter massivement du billet vert sur une nostalgie encore fraîche, couplée à un véritable aveu de faiblesse de la part d'un Steven Knight ne pouvant pas (encore) se défaire de son chef-d'oeuvre, tel un George Lucas qui prolongeait toujours un peu plus son rêve à travers les galaxies.

Copyright Robert Viglasky/Netflix

Mais si Gilligan avait, quoiqu'il arrive, réussi avec brio à briser le sortillège de la malédiction de l'opus de trop, en offrant une série spin-off encore plus mémorable que son ainé - la merveilleuse Better Call Saul -, c'est sans filet de sécurité que s'est concocté Peaky Blinders : L'Immortel, échoué à un Tom Harper à la carrière en dents de scie (les chouettes Wild Rose et Les Aéronautes, les catastrophiques La Dame en noir 2 : L'Ange de la mort et Agent Stone) et n'ayant peut-être pas la caméra assez solide pour transcender ce qui ressemble moins à des adieux plein de promesses qu'à des retrouvailles tardives et pas forcément désirées, confrontant un Thomas Shelby à la renaissance poétique dans le dernier épisode de la série, à une Seconde Guerre mondiale sanglante qui le renvoie à ses erreurs passées comme à un héritage qu'il va devoir préserver au forceps, dans une Birmingham qui - comme lui - n'est plus vraiment la même.

Et c'est là toute la tragédie d'une œuvre qui elle-même, bouleverse sa dynamique en s'éloignant consciemment de ses bases (un cocktail détonnant et captivant entre critique sociale acerbe, film de gangsters tendu, luttes de pouvoirs sanglantes et épiques, et portrait passionné et passionnante d'une figure à la fois complexe et destructrice), pour mieux voguer vers celles plus fragiles d'un thriller d'espionnage à l'action répétitive, peinant méchamment au démarrage et prévisible as hell (jusque dans son final qui se rêve tragique, mais qui ne fait que salir encore un peu plus son matériau d'origine), où les conflits géopolitiques n'arrivent jamais véritablement à s'emboîter dans un univers qui a perdu tout son charme.
La faute à une écriture sur-explicative et redondante qui tente de les insérer à la truelle, à l'image même de ses nouvelles figures venues 
supplanter les anciens - dont on se débarrasse lâchement - et auxquelles il est difficile de réellement s'attacher (d'une Rebecca Ferguson totalement sous-utilisée à un Tim Roth qui donne peu de corps à un vilain principal affreusement banal, sans oublier un Barry Keoghan que l'on a rarement vu aussi cabotineur et peu convainquant en Duke Shelby).

Copyright Robert Viglasky/Netflix

Loin de l'ultime éloge méritoire à une série fantastique, théorisant ironiquement sur les notions de regrets et de culpabilité (ce que n'ont pas ses producteurs, en l'usant jusqu'à la moelle pour mieux la trahir) et où Cillian Murphy joue les fantômes magnifiques tentant de sauver les meubles entre deux saccages en règle (même si l'atmosphère du show est parfois retranscrite, la mise en scène d'Harper, pourtant réalisateur sur plusieurs épisodes, apparaît furieusement plate et sans ambition, même pour une oeuvre made in plateforme de streaming), Peaky Blinders : L'Immortel et sa nostalgie discutable, in fine moins El Camino : Un film Breaking Bad que Many Saints of Newark - Une histoire des Soprano, incarne un dernier tour de piste dispensable dans le monde familier de Peaky Blinders (les graines du futur spin-off sont distillés sans une once de subtilité), appelé à diviser les aficionados purs et durs même s'il saura en contenter, aussi, plus d'un dans son fan service (peu) réconfortant.

Rassurons-nous en nous disant qu'il nous restera toujours la série, à revoir encore et encore...


Jonathan Chevrier