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[CRITIQUE] : La Couleuvre noire

Réalisateur : Aurélien Vernhes-Lermusiaux
Avec : Alexis Lozano Tafur, Miguel Ángel Viera, Ángela Rodríguez,...
Distributeur : ARP Sélection
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Français, Colombien, Brésilien.
Durée : 1h23min

Synopsis :
Après des années d’absence, Ciro revient chez lui, au chevet de sa mère. Dans ce désert colombien de la Tatacoa, il retrouve ceux qu’il avait fuis et affronte les derniers gardiens d’un territoire aussi fragile qu’envoûtant.





Difficile de ne pas dessiner quelques parallèles évidents entre le premier passage derrière la caméra du talentueux Aurélien Vernhes-Lermusiaux, Vers la Bataille, dégainé en catimini (pour ne pas dire dans l'indifférence générale, dans un contexte post-confinement qui n'aidait pas vraiment) dans les salles obscures en 2021, et son second long-métrage dont la sortie est toute aussi (injustement) mineure, La Couleuvre noire, comme si ce deuxième effort se faisait la continuité essentielle d'un ambitieux baptême du feu, le fruit de graines inspiratrices et créatives subtilement semés à travers une oeuvre sensiblement logée dans l'ombre du cinéma béni de Werner Herzog (on pense, instinctivement, à Aguirre, La Colère de Dieu), et esthétiquement incroyable (dominé par une photographie folle du génial David Chambille, DOP attitré de Bruno Dumont).

Les deux films se revendiquent comme des épopées minimalistes et humanistes à part au plus près de figures masculines à la recherche d'elles-mêmes, au coeur de récits d'aventure philosophico-initiatique, entre l'odyssée fantastico-westernienne et le drame initiatico-sensoriel, où Vernhes-Lermusiaux imprime chaque parcelle de sa pellicule tel un photographe à la méticulosité presque maladive, prêtant attention au moindre détail qui parsème son cadre, privilégiant le vertige des sens à une narration presque accessoire, épurée dans sa contextualisation comme dans ses dialogues.

Copyright Dublin Films - Burning - Vulcana Cinema - 2025

Contemplatif sans pour autant être poseur (gymnastique complexe mais habilement mené, dans les méandres tortueux et arides d'un désert de Tatacoa particulièrement cinégénique), ce second film pousse le procédé encore un peu plus loin, swingue plus dangereusement avec un rythme en dents de scie, alourdi sa prose d'un symbolisme qui se confronte frontalement comme atténue un brin l'immersion d'une errance qui se revendique aussi hypnotique que brute, dans son exploration des thématiques fascinantes du deuil, de la transmissions et de l'abandon - de soi, des siens comme de ses propres racines.

Odyssée existentielle et métaphorique, cinéma de sensation moins de narration qui prone l'importance du vertige face au rationnel, La Couleuvre noire est une œuvre puissante et envoûtante pas forcément charpentée pour tous les spectateurs mais qui confirme, si besoin était, l'avènement de l'un des grands cinéastes français de demain.


Jonathan Chevrier