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[CRITIQUE] : Dolly


Réalisateur : Rod Blackhurst
Avec : Max the Impaler, Fabianne Therese, Seann William Scott, Ethan Suplee,...
Distributeur : ESC Films
Budget : -
Genre : Épouvante-Horreur.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h23min

Synopsis :
Une jeune femme, Macy, lutte pour survivre après avoir été enlevée par une créature monstrueuse bien décidée à l’élever comme sa propre enfant.





Qu'est-ce qu'on aime les bons films d'horreur assez crasseux, de ceux dont la sécheresse visuelle et la limitation de moyens n'empêchent pas une certaine inspiration artistique ainsi qu'une envie de faire du vrai cinéma de genre amoureux sans tomber dans de la métatextualité tournant en rond. Il faut dire que l'on ne laisse pas toujours la place à pareils titres d'exister sur grand écran malgré l'appétit évident d'une large audience pour se faire peur à coup d'effets gores et autres moyens d'effroi. Voilà donc le plaisir que l'on ressent à savoir qu'un Dolly trouve son chemin dans nos salles de cinéma tant on y ressent un amour total pour l'horreur tout en créant son propre univers.
Le réalisateur Rod Blackhurst installe rapidement ses personnages dans un schéma attendu concernant le rapport au couple et à la reconstruction familiale, un sujet qui va nourrir le long-métrage dans son horreur et son besoin d'acceptation de sa menace principale. La base est certes classique mais cela apporte quelque chose d'amusant dans sa manière de détruire ce rapport au bonheur apparent et à la tranquillité attendue du cycle familial avec un personnage qui tue en voyant les autres comme des poupées interchangeables, avec ce que cela peut impliquer de fond dans le rapport au corps féminin. On esquive quand même des points qui auraient été plus « choquants » mais contre-productifs thématiquement tout en contribuant à des effets graphiques douloureux, ce qui fera sans aucun doute plaisir aux amateurs de cinéma d'horreur en quête de moments craspecs avec des trucages physiques.


Dans le rôle-titre, Max Lindsey impose une physicalitéà proposavec une brutalité bien à propospar l'approche visuelle du film.
Ainsi, Rod Blackhurst se repose sur des codes attendus dans leur nature menaçante (les poupées, la forêt, la maison décrépie) mais le fait avec une sincérité d'approche qui parvient à donner sa propre identité visuelle au long-métrage. On y ressent bien évidemment des influences attendues mais le réalisateur parvient à en faire fi pour donner plutôt une forme d'amour pour Dolly et un soin à la fuite éperdue de son héroïne cherchant à lui échapper. Cela apporte une certaine générosité qui, sans révolutionner le genre, fait grandement plaisir sans se moquer de son public.
On a ainsi aimé l'approche quasi régressive et la sécheresse de ses effets graphiques, faisant de Dolly une très sympathique série B horrifique qui sait divertir avec soin et passion. Les personnes qui espèrent du spectacle horrifique solide et généreux en auront pour leur argent, tout en se greffant de thématiques attendues mais assez bien inscrites dans le récit pour lui donner un peu plus d'épaisseur. Il n'y a donc rien de surprenant à voir un culte arriver autour de sa menace principale, nourrie par la physicalité de Max Lindsey et la construction iconique par un réalisateur que l'on sent investi au premier degré, ce qui fait plaisir quand on a connu la vague de slashers post-modernes qui oubliaient leurs personnages pour mieux les sacrifier sur l'autel du cynisme un peu (beaucoup) vain.


Liam Debruel


Copyright Witchcraft Motion Picture Company


Un tueur masqué au physique de titan nourrit au maïs radioactif, des victimes clairement sans défense - et définitivement trop naïves pour ce monde - appelées à s'en prendre plein la poire, une baraque isolée et délabrée où personne ne vous entendra crier ni souffrir : y'a pas à tortiller de la fesse gauche, Dolly est tellement surchargé en clichetons faciles, qu'il est impossible de ne pas le classer sans trop réfléchir du côté des rip-offs mal lunés de Massacre à la tronçonneuse et de tous ses heritiers pas toujours désirés, venant entâcher l'héritage cinématographique d'un Tobe Hooper qui s'était déjà bien échiné à saboter son œuvre lui-même.
Le tout avec un Sean William " Stifler forever " Scott en lead masculin plus proche du caméo qu'autre chose, qui commence a gentiment mais sûrement faire de l'épouvante ricaine fauchée mais vénère et sanglante, son nouveau terrain de jeu (il est exceptionnel, en complet contre-emploi, dans The Wrath of Becky de Matt Angel et Suzanne Coote).


En tant que potentiel pastiche de l'horreur viscérale des 70s (où de biopic improbable et anti-hagiographique à la chanteuse Dolly Parton, pourquoi pas), le film de Rod Blackhurst aurait pu sensiblement réserver son lot de satisfaction, notamment du côté d'une technique franchement irréprochable (entre un tournage entièrement au Super 16, une photographie granuleuse et une DA suitant formidablement bien le sang et la crasse) où même d'une figure horrifique muette et imposante à la puissance - et au look - grotesque surréaliste (Dolly, une cousine de Jason Vorhees un peu trop fan de poupées, incarnée par Max Lindsey aka Max the Impaler, pour les fans de catchs sûrs), mais en tant que pur bis d'exploitation, cette fable morbide au pitch ramassé juste ce qu'il faut (une randonnée sauce demande en mariage tourne mal, le gars est déboîté à coup de pelle et la nana se fait kidnapper par une Dolly en quête de maternité, qui veut en faire rien de moins que son bébé bigger than life) manque cruellement de chair (une maigre exploration d'une aversion pour la maternité, pour une final girl devenant l'enfant forcée d'une autre) et d'os (une violence sèche et brute mais trop sporadique, que ne vient pas à relever une atmosphère mi-perverse, mi-ironique), tant son inventivité se heurte aux carences même de son concept, à la structure chapitrée prévisible et aux relans rétrogrades costauds.

Du bis pas assez relax, kitsch et convenu, qui s'enferme lui même entre les limites d'une popote familière qui aurait pu en avoir sacrément dans le biberon.


Jonathan Chevrier