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[CRITIQUE] : Drunken Noodles


Réalisateur : Lucio Castro
Avec : Laith Khalifeh, Ezriel Kornel, Matthew Risch,...
Distributeur : Outplay Films
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Américain, Argentin.
Durée : 1h21min.

Synopsis :
Adnan, un jeune étudiant en art, arrive à New York pour y passer l’été. Il effectue un stage dans une galerie où est exposé un artiste atypique et plus âgé qu’il a croisé par le passé. Alors que des moments de son passé et de son présent s’entrelacent, une série de rencontres — à la fois artistiques et érotiques — ouvrent des brèches dans sa réalité quotidienne.





Il y a quelque chose d'indéniablement séduisant dans le cinéma de Lucio Castro. Depuis End of the Century (2019), son premier long métrage remarqué à New Directors/New Films, le réalisateur argentin installé à New York, s'est imposé comme une voix singulière du cinéma queer indépendant, capable de faire cohabiter désir charnel et méditation cosmique avec une économie de moyens déconcertante. Drunken Noodles, présenté à Cannes dans la section ACID, confirme ce talent mais révèle aussi ses limites avec une franchise que le film lui-même semble s'interdire.

L'histoire, si tant est qu'on puisse parler d'histoire, suit Adnan (Laith Khalifeh), étudiant en art passant l'été à garder l'appartement et le chat d'un oncle fortuné à Brooklyn. Il décroche un stage dans une galerie exposant les broderies érotiques d'un artiste septuagénaire, Sal (Ezriel Kornel), qu'il a déjà croisé dans le passé. Entre la ville et la nature, le présent et le passé, se tissent cinq chapitres non chronologiques racontant les rencontres intimes d'un jeune homme à la dérive, entre drague dans les parcs, liaison avec un livreur de repas et cohabitation compliquée avec un ex.

Copyright Outplay

Drunken Noodles ne manque pas d'atouts. La photographie de Barton Cortright baigne chaque scène dans une lumière naturelle moite et dorée qui restitue avec justesse la torpeur estivale new-yorkaise. Khalifeh incarne Adnan avec une impassibilité qui n'est pas de l'indifférence mais plutôt une forme de disponibilité au monde, un corps en attente de ce qui va lui arriver. Les moments de réalisme magique comme une rencontre nocturne avec un faon dans les bois ou le double plus libidineux d'un petit ami, fonctionnent parce qu'ils surviennent avec la même désinvolture que le reste, sans rupture de ton ni soulignement appuyé.

Pourtant, quelque chose résiste à l'adhésion complète. Le problème tient moins à l'ambition du film qu'à l'impression tenace que Castro confond le flottement formel avec la profondeur émotionnelle. Adnan est une figure d'une plasticité presque trop commode : son absence de consistance psychologique, censée faire de lui un prisme sur le monde, finit par l'évider. On passe de rencontre en rencontre sans que la structure non-linéaire ne révèle grand-chose de plus que ce que la narration chronologique aurait livré. L'arc du personnage, celui qu'il est au début-fin devrait différer de celui de la fin-début, reste troublant de platitude.

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Reste que Castro garde un œil chaleureux, un vrai sens du rythme sensuel, et une façon de filmer le sexe gay sans les oripeaux habituels de la culpabilité ou de l'édification militante. Dans un paysage art et essai encore frileusement puritain, ce n'est pas rien. Drunken Noodles est un film à moitié réussi fait par un cinéaste entièrement sincère. C'est suffisant pour le regarder, insuffisant pour ne pas l’oublier.


Jess Slash'her