[CRITIQUE] : Pour Klára
Réalisateur : Olmo Omerzu
Avec : Barry Ward, Dexter Franc, Antonín Chmela,...
Distributeur : Epicentre Films
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Tchèque, Français, Croate, Slovène Polonais.
Durée : 1h55min.
Synopsis :
Sous le soleil de l’Adriatique, David espère profiter des vacances avec ses deux enfants dans l’espoir de ressouder les liens familiaux. Alors que Klára vit son premier amour, un événement brutal vient troubler cette parenthèse et force la famille à rentrer plus tôt que prévu. Déjà vulnérable, la jeune fille en est profondément affectée, poussant ses parents à franchir certaines limites pour la protéger…
Il y a quelque chose de frustrant dans Pour Klára et cette frustration tient précisément à ce que le film laisse entrevoir sans jamais s'y engager vraiment. Olmo Omerzu installe un cadre séduisant : un camping en bord de mer, une famille recomposée en fragile équilibre, une adolescente qui se laisse dépérir et puis, progressivement, on attend que quelque chose advienne. Et on attend longtemps.
Le sujet est pourtant d'une richesse réelle. Les troubles alimentaires de Klára auraient pu constituer le cœur brûlant d'un film sur l'impuissance parentale, sur cette terreur silencieuse de voir son enfant se détruire sans pouvoir l'en empêcher. Mais le cinéaste slovène semble intimidé par son propre matériau. Il tourne autour, observe de loin, privilégie la suggestion là où la brutalité s'imposerait. Klára reste une énigme non par choix esthétique assumé, mais par esquive. Son prénom orne le titre, son intériorité reste hors champ.
La mécanique du récit souffre d'un déséquilibre structurel assez gênant. La première partie s'étire dans une langueur qui se voudrait contemplative mais vire à l'enlisement. Puis, lorsqu'un événement extérieur vient brusquement redistribuer les cartes, le film change de registre sans vraiment s'y préparer, ni préparer le spectateur. Cette bascule vers quelque chose de plus sombre, de plus ambigu moralement, arrive comme un invité surprise que personne n'a eu le temps d'accueillir. Le thriller affleure, mais sans jamais mordre.
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On pense inévitablement à ce que ce film aurait pu être entre des mains plus radicales. La matière était là pour un récit âpre sur les mensonges que les parents se racontent pour survivre à leur propre défaillance. Pour une exploration des zones grises de l'amour familial, de ces protections qui virent à la manipulation sans que personne n'ait vraiment décidé de franchir la ligne. Omerzu effleure cette noirceur mais se refuse à y plonger, comme s'il craignait de perdre la sympathie du spectateur envers ses personnages. C'est un calcul qui appauvrit le film considérablement.
La mise en scène, elle, est propre. Trop propre. Les décors côtiers sont lumineux, la photographie appliquée, le rythme maîtrisé dans sa forme sinon dans sa dramaturgie. Tout cela sent le film bien élevé, soucieux de ne froisser personne. Or un sujet comme celui-ci appelle exactement le contraire : du froissement, de l'inconfort, des angles qui font mal.
Pour Klára n'est pas un mauvais film au sens où il serait raté techniquement ou mal interprété. C'est un film tiède, ce qui est peut-être pire. Il contient en lui les germes d'une œuvre vraiment troublante et choisit, à chaque croisement, la route la plus balisée. On en ressort sans colère, sans émotion forte, avec cette légère mélancolie des occasions manquées.
Jess Slash'her


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