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[PAS DE BUG EN L'AN 2000!] : #2. Chicago

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" " Quoi ? Encore une nouvelle section sur votre site ? " Bah oui, on aime parler cinema et surtout compartimenter nos billets. Tu crois qu'on devrait consulter ?
Arf, pas besoin de te demander cher lecteur, toutes les voix dans nos têtes disent que tout va bien...
Enfin... bref, dans cette section tu l'auras compris, on va faire comme pour les sections 80s et 90s, mais avec les années 2000 et une production qui risque de titiller la nostalgie des millenials... où pas.
Bref, lâches ta PSP, armes-toi de ton Mp3 (on avait pas tous des Ipod, redescends) et embrasses toute cette douce vague de mélancolie qui s'apprête à foncer sur ta poire !



#2. Chicago de Rob Marshall (2003)


La comédie musicale Chicago se produit depuis novembre dernier au Casino de Paris. L’occasion parfaite de revenir sur la version de Rob Marshall sortie en 2002. C’est la 4e adaptation de la pièce de théâtre éponyme écrite par Maurine Dallas Watkins en 1926. Cette journaliste s’est inspirée du procès de Beulah May Sheriff qui a eu lieu en 1924 à Chicago. Un banal fait divers d’homicide et d'adultère. Après deux versions cinématographiques en 1924 et 1942, Bob Fosse et Fred Ebb proposent une version en comédie musicale. En 2002, sort donc la version de Rob Marshall, et fait l’ouverture de la Berlinale en 2003. Succès critique et public, il obtient la consécration aux Oscars en étant nommé 13 fois, et recevant 6 récompenses, dont celle du meilleur film. Il rafle de nombreuses autres statuettes dans différentes cérémonies. Et le moins, que l’on puisse dire, c’est qu’il les mérite largement.

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Chicago de Rob Marshall raconte l’histoire des meurtrières Roxie Hart et Velma Kelly. La première a tué son amant, et la seconde son mari et sa sœur. Toutes deux, cherche à éviter la peine capitale, mais aussi devenir et rester célèbre dans le monde des musicals. Aidées par Billy Flynn, célèbre et brillant avocat, elles vont tout faire pour arriver à leur fin, même les plus vils coups bas.
Dès la scène d’ouverture, on arrive à saisir le ton et le style qu’aura Chicago. Une scène mélangeant une représentation très classique de séquence de musical, et le thriller policier. Un début in medias res qui peut désorienter. Qui est cette chanteuse/danseuse qui se donne à 100 % pour son rôle malgré l'arrivée de la police ? Qui est cette jeune femme, les yeux plein d’étoile, et qui semble rêver cette vie d’artiste ? Mais c’est dans ces mêmes minutes que l’intrigue de Chicago est présentée. Et quelques phrases suffisent aussi à planter une idée de mise en scène brillante pour le reste du film.

Roxie Hart s’adresse à son amant ayant des contacts dans un bar de jazz, ce dernier l’ayant promis de la pistonner (ce qui s’avère totalement faux). “Je prends des notes tout le temps”, indique-t-elle. “Dès que j’ai une idée pour un numéro, je le note. ” Ces simples mots permettent de mettre en place une idée artistique vraiment intéressante. Toutes les séquences de comédie musicale, en-dehors de celles se déroulant sur scène, seront en réalité issues de l’imagination de Roxie. Ainsi se succède une multitude de numéros d’une grande poésie, à la mise en scène sublime. Rob Marshall s’amuse à alterner scène de la vie réelle et instant imaginaire de Roxie, nous renvoyant constamment à la tristesse ou à la dureté des séquences qu’on nous montre. Par cela, Marshall et Bill Condon, le scénariste du film, élève l'œuvre dans une dimension méta passionnante, et élargit sa profondeur.

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Avec Chicago, les deux auteurs vont questionner le rapport du public au fait divers. Afin de retrouver, faire libérer ses clientes, Billy Flynn va jouer avec les médias, faire d’elles des stars, médiatiser les procès et attirer la sympathie du public. Mais les journaux et les lecteurs n’ont de place que pour une seule coqueluche, causant cet affrontement entre les deux criminelles rester le centre de l’intérêt. Pour un film sorti en 2002, mais surtout pour une œuvre créée en 1926, Chicago est très en avance sur son temps.
À l’heure d’Internet où les informations circulent en permanence et à grande vitesse, les questionnements sur la sur-médiatisation et la course à l’audimat sont centrales. Combien de fois avons-nous vu des affaires sordides, terribles et importantes faire le “buzz”, prendre tout l’espace médiatique, puis disparaître ou perdre l’intérêt des spectateurs au profit d’un nouvel évènement ? On transforme des meurtres, des génocides ou des catastrophes en objets de divertissement pendant quelques semaines/mois. 

On en fait des séries, des films, des “trends” et des “memes” pour les réseaux. On en tire tout ce que l’on peut en extraire. Puis, on s’en lasse aussi vite que c’est arrivé. Et quoi de mieux qu’utiliser la comédie musicale et le cabaret, représentation la plus pure de l’extravagance et du grand spectacle, pour critiquer la transformation de l’information, mais aussi des affaires judiciaires et des procès, en un divertissement. Le réalisateur nous offre d’ailleurs l’une des scènes de procès les plus folles du cinéma.
À cela s’ajoute un aspect féministe passionnant. Alors que l’on a plus l’habitude de voir des personnages masculins perpétrer des “crimes passionnels” (un terme qui n’a pas beaucoup de sens d’ailleurs) au cinéma, cette fois c’est l’inverse. Chicago offre une représentation de la colère féminine particulièrement intéressante et qui change de d’habitude.

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Rob Marshall joue avec les codes de la comédie musicale, mais aussi de la narration pour offrir une œuvre singulière et passionnante en avance sur son époque, et qui résonne encore aujourd’hui sur de nombreux aspects. C’est brillant dans l’écriture, la mise en scène, les performances, et même dans les chansons.

Livio Lonardi