[CRITIQUE] : Les Dimanches
Réalisatrice : Alauda Ruíz de Azúa
Avec : Blanca Soroa, Patricia López Arnaiz, Juan Minujin, Nagore Aranburu,...
Distributeur : Le Pacte
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Espagnol, Français.
Durée : 1h58min.
Synopsis :
Ainara, 17 ans, élève dans un lycée catholique, s'apprête à passer son bac et à choisir son futur parcours universitaire. A la surprise générale, cette brillante jeune fille annonce à sa famille qu'elle souhaite participer à une période d’intégration dans un couvent afin d'embrasser la vie de religieuse. La nouvelle prend tout le monde au dépourvu. Si le père semble se laisser convaincre par les aspirations de sa fille, pour Maite, la tante d’Ainara, cette vocation inattendue est la manifestation d'un mal plus profond...
Quand bien même le coming-of-age n'a de cesse de pulluler avec assurance aussi bien sur le petit que sur le grand écran, rares sont les œuvres à aborder une forme de rébellion adolescente sous le prisme d'un renoncement à Dieu et à l'idée d'une vie entièrement dictée par la religion.
C'est le parti pris audacieux et discret, même si pas toujours adroitement structuré, choisit par la cinéaste basque Alauda Ruíz de Azúa pour son second long-métrage, Les Dimanches, noué autour d'un questionnement particulièrement fascinant (comment une famille peut/doit réagir lorsqu'elle apprend qu'un de ses membres, une jeune adolescente, choisit Dieu au détriment de la découverte du monde et d'une vie qui n'est pas régie par le poids de la foi - et des contraintes - religieuse), comme des aternoiements d'une jeune gamine de dix-sept ans particulièrement intelligente, Ainara, qui a décemment un bel avenir devant elle malgré les fragilités évidentes de son cercle familial particulièrement restreint : un père veuf et discret qui peine à jongler avec ses devoirs affectifs comme avec l'équilibre économique de son foyer, et une tante férocement laïque, qui assume le statut de figure maternelle que le destin a laissé vacant.
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Toute cette dynamique précaire explose en lambeaux lorsque Ainara annonce qu'elle souhaite participer à une période d’intégration dans un couvent afin d'embrasser la vie de religieuse.
Un cataclysme intime que la cinéaste n'embrasse pas au coeur d'une crise familiale hystérico-dramatique, mais bien au détour d'un examen comportemental dense et complexe, au plus près de la douleur sourde et de l'incompréhension d'une décision radicale qui met en lumière les insécurités comme les contradictions de figures acculées (entre la passivité d'un père qui refuse tout conflits, et l'opposition furieuse et dogmatique d'une tante à la vision laïque exacerbée, qui pense le couvent comme une prison), tout en enfermant sa jeune héroïne dans une opacité certes ambiguë mais sensiblement frustrante, tant les raisons mêmes de sa vocation ne sont qu'à peine esquissées.
L'ambiguïté plus que l'étude psychologique de son sujet, un choix audacieux mais plutôt bien charpenté, quand bien même l'on pourra regretter un manque cruel d'impartialité dans sa prose (une position cléricale bien plus assurée et confiante, opposée à une vision amère et caricaturale, sans veritables nuances, à qui il est impossible d'avoir le dernier mot), voire une propension à rallonger plus que de raison quelques joutes verbales certes crédibles et magnifiquement emballées.
Pas sans aspérités donc, mais captivant.
Jonathan Chevrier


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