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[CRITIQUE] : Rue Málaga


Réalisatrice : Maryam Touzani
Acteurs : Carmen Maura, Marta Etura, Ahmed Boulane, María Alfonsa Rosso,...
Distributeur : Ad Vitam
Budget : -
Genre : Comédie Dramatique.
Nationalité : Français, Marocain, Espagnol, Allemand, Belge.
Durée : 1h56min.

Synopsis :
Maria Angeles, une Espagnole de 79 ans, vit seule à Tanger, dans le nord du Maroc, où elle profite de sa ville et de son quotidien. Sa vie bascule lorsque sa fille Clara arrive de Madrid pour vendre l’appartement dans lequel elle a toujours vécu. Déterminée à rester dans cette ville qui l'a vue grandir, elle met tout en œuvre pour garder sa maison et récupérer les objets d'une vie. Contre toute attente, elle redécouvre en chemin l’amour et le désir.





On avait laissé le magnifique cinéma de la cinéaste Maryam Touzani avec le tendre et déchirant Le Bleu du Caftan, fable domestique aussi douce et impétueuse que pudique et formidablement en phase avec les sensibilités modernes, où l'amour - sous toutes ses formes, amical, platonnique où même passionnel - survivait tout autant aux affres de la persécution d'une société répressive qu'à l'inéluctabilité de la mort.
Un drame délicat, bienveillant et plein d'amour à l'image même de son oeuvre.

De délicatesse et de bienveillance, il en est à nouveau question avec son quatrième long-métrage, Rue Málaga, qui fait écho au récent Les Voyages de Tereza de Gabriel Mascaro, dans sa manière de ramener le troisième âge à sa vulnérabilité, à son obligation viscérale d'affirmer son existence et sa liberté (d'être, de penser, de vivre selon ses propres termes) même face à sa propre progéniture.

Copyright Les Films du Nouveau Monde

On y suit tout du long, les aternoiements de la captivante et ferocement attachante María Ángeles, une femme espagnole à l'aube de ses quatre-vingts printemps dont la vie est fermement enracinée dans son quotidien au coeur de l'ensoleillée Tanger, chaque millimètre de son appartement cartographiant son âme comme une existence riche en aspérités et en histoires.
Une âme en totale adéquation avec son environnement, dont la quiétude est bouleversée par la chair de sa chair, une fille sensiblement plus (trop?) pragmatique et au présent chaotique, qui vit avec ses enfants en Espagne et lui annonce qu’elle va vendre son appartement pour la placer en maison de retraite.

Un choc intime et émotionnel sous fond de fracture intergénérationnelle (plus complexe qu'il n'y paraît, tout en nécessités contradictoires), une expulsion non seulement de son lieu de vie mais qui s'en va la dépouiller de sa propre existence et de son sens, un déracinement sourd qui va non seulement montrer sa résiliation extraordinaire, que sa propension à lutter, à refuser de se soumettre - non sans une répartie piquante - face à l'absurdité douloureuse de sa situation, face à l'incapacité de pouvoir décider la narration des derniers chapitres de sa propre histoire.

Copyright Les Films du Nouveau Monde

Méditation tout autant intime qu'universelle, entre nostalgie, mélancolie et rédemption, où la caméra complice épouse sans réserve la partition d'une justesse rare de la formidable Carmen Maura, dont le corps comme les regards expriment tous les mots/maux; Rue Málaga est un portrait poignant et solaire d'une femme qui revendique son droit inaliénable d'être et d'exister selon sa volonté.
Une énième pépite par une cinéaste qui les compte à la pelle.


Jonathan Chevrier