Breaking News

[CRITIQUE] : Kiss of the Spider Woman


Réalisateur : Bill Condon
Avec : Diego Luna, Tonatiuh, Jennifer Lopez, Bruno Bichir,...
Distributeur : Sony Pictures Releasing France
Budget : -
Genre : Comédie Musicale, Drame, Romance.
Nationalité : Américain.
Durée : 2h08min.

Synopsis :
Valentín, prisonnier politique, partage sa cellule avec Molina, décorateur de vitrines incarcéré pour outrage à la pudeur. Une relation inattendue se noue entre les deux hommes, nourrie par les récits de Molina, qui entraîne son codétenu dans l’univers d’une comédie musicale hollywoodienne incarnée par la mythique diva Ingrid Luna.






Si de The Wedding Planner à Monster-in-Law en passant par les récents Marry Me et Shotgun Wedding, Jennifer Lopez, au-delà d'être depuis deux décennies maintenant une reine sans âge de la comédie romantique US autant qu'une experte fictionnelle de la romance sous fond de mariage, a étonnamment su muscler son jeu au fil des ans, au point de devenir totalement crédible aussi bien en héroïne badass avec qui il ne faut pas déconner (Hors d'Atteinte, Hustlers... ne citez pas Atlas, respectez-vous un minimum), qu'à la tête de rôle sensiblement plus charnus, même si les cinéastes ne se bousculent pas forcément pour lui offrir ce type de rôles à défendre.

Copyright Sony Pictures Releasing France

Autant dire donc qu'il y avait une réelle curiosité à la voir porter un projet tel que Kiss of The Spider Woman de Bill Condon, nouvelle adaptation du roman éponyme de Manuel Puig (mais avant tout et surtout de la comédie musicale à succès de Broadway par Terrance McNally) appelée à - inéluctablement - être comparée à l'excellente de Hector Babenco, tant il impliquait de capturer les aptitudes scéniques - difficulement discutables - de J-Lo, au coeur d'une comédie musicale censée reproduire le faste tout en Technicolor de l'âge d'or Hollywoodien, sans tomber dans l'exagération ni le pastiche irritant.

Et encore moins même, dans les méandres d'une artificialité théâtrale qui ne pouvait que lui pendre au nez vu sa gymnastique précaire : composer un film dans le film (contant l'histoire d'amour d'Aurora et Armando et du fait qu'elle devra sacrifier son amour à la « femme araignée », qui tue sa proie avec un baiser), où le fantasme d'un classique fictif made in Hollywood vient tromper la dureté carcérale de deux détenus au parcours dissemblables, Luis Molina (un décorateur de vitrines de mode qui purge une peine de huit ans pour attentat à la pudeur, en réalité pour avoir affirmer son homosexualité) et le revolutionnaire Valentin Arregui Paz (un marxiste torturé pour son opposition au régime), dans une prison argentine pendant pendant la « Guerre sale ».

Copyright Sony Pictures Releasing France

Une évasion imaginaire à l'initiative du premier (censer espionner le second et rapporter tout ce qu'il apprend sur la résistance), qui va permettre à ses deux victimes d'un régime dictatorial inhumain de nouer une camaraderie qui va vite se transformer en quelque chose de plus intime et profond, une dimension sentimentale et romantique sensiblement plus palpable que dans les précédentes adaptations et qui prend justement, métatextuellement, vie à travers cette comédie musicale fictive éponyme renouant avec le faste spectaculaire d'une époque où les productions se détachaient consciemment de la dure et brutale réalité - tout en lui conférant des accents latino-américains qui tranche avec le classicisme Hollywoodien.

Et c'est là, sans doute, la force de cette relecture nostalgique et appliquée voire même révisionniste en comparaison du film de Babenco (notamment dans sa réflexion sur la représentation des genres) : célébrer l'art comme une forme de résistance psychologique, sans dénaturer la noirceur viscérale du réel ni la complexité des liens humains et de la remise en question de leur condition sous l'oppression.
Si la mécanique s'avère peut-être un peu (beaucoup) trop schématique pour son bien à l'écran, elle offre néanmoins une belle exploration de la notion d'identité de genre opposé au climat anxiogène d'une violence systémique.

Copyright Sony Pictures Releasing France

Entre fantaisie et résilience humaine, porté autant par une technicité solide (une mise en scène appliquée de Condon, un magnifique travail sur les costumes de Colleen Atwood), que par une distribution au diapason (une J-Lo parfaite en diva à la fois électrisante et vulnérable, auquel répond un Tonatiuh à la prestation joliment poignante et sensible), Kiss of The Spider Woman légitime pleinement sa relecture mais vient surtout tromper les mauvais échos d'un flop retentissant sur ses terres, condamnant son exploitation hexagonale à une sortie presque générique.
C'est con, pour ce qui était voulu à la base, comme une locomotive à récompenses pour Sony Pictures, au coeur de l'actuelle course aux statuettes dorées...


Jonathan Chevrier