[CRITIQUE] : La Femme Cachée
Réalisateur : Bachir Bensaddek
Avec : Antoine Bertrand, Nailia Harzoune, Athéna Henry, Rabah Bouberras,...
Distributeur : Vues du Québec distribution
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Canadien.
Durée : 1h41min.
Synopsis :
Hantée par un passé qu’elle a tenté de fuir, Halima accepte à contrecœur que son conjoint Sylvain l’accompagne en France dans sa recherche des membres de sa famille. Sur place, elle doit d’abord affronter les souvenirs et les fantômes qui hantent la maison familiale, puis revivre l’austérité et le climat de terreur infligé par son père, un homme autoritaire, replié sur lui-même et ostracisé par son statut de harki.
Quand bien même sa présence en salles où sur nos écrans, ne se fait pas forcément des plus évidentes, le cinéma canadien - et par extension, son pendant québécois - réussit néanmoins à régulièrement transpercer la (très) riche proposition annuelle pour nous dégainer quelques séances hautement recommandables.
Passé le plutôt chouette Bergers de Sophie Desrape (logé entre la comédie touchante sous fond de dépaysement et le drame minimaliste, même si un poil plombé par ses dialogues limités), le bon western spaghetti nihiliste et brutal Du Sang dans la neige de Elliott Lester, sensiblement dans l'ombre du Grand Silence de Corbucci (malheureusement cantonné à la case VOD dans l'hexagone) où encore le vrai/faux biopic délicat et humaniste Dis-moi pourquoi ces choses sont si belles de Lyne Charlebois (atypique et romanesque célébration de la curiosité comme de l'abandon à l'autre à une heure où les rapports sentimentaux contemporains n'ont de cesse d'être parasités par la futilité).
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La Femme cachée de Bachir Bensaddek s'inscrit naturellement dans cette belle petite liste, drame intime certes familier mais délicat vissé sur la difficile reconstruction d'une jeune femme mutique en passe d'être mère pour la seconde fois (une nouvelle qui est à la fois une source de bonheur, mais aussi le catalyseur d'une vague de souvenirs qui ont tout d'une bombe à retardement qui d'exploser à tout moment), qui décide à contrecœur d'affronter les traumatismes cachés de son passé au détour d'un retour difficile en France, en confrontant son frère et son frère, tout en encaissant les répercussions de cette confrontation familiale, à travers un mariage frappé par la compréhension et la résilience sans pour autant être chiche en conflits.
Exploration douloureuse des cicatrices d'une enfance marquée par une violence toute aussi physique que psychologique, lancée sur la voie pleine d'espoir et saine d'une guérison certes tardive mais essentielle, Bensaddek joue la carte de la sobriété et de la retenue sans jamais se perdre dans un voyeurisme ni un sentimentalisme putassier, au détour d'une œuvre sensible et sous tension, portée par la prestation tout en justesse de Nailia Harzoune (et à qui repond un excellent Antoine Bertrand).
Rien de révolutionnaire à l'horizon donc, mais un beau moment de cinéma.
Jonathan Chevrier


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