[COEURS D♡ARTICHAUTS] : #40. Sleepless in Seattle
Parce que l'overdose des téléfilms de Noël avant même que décembre ne commence, couplé à une envie soudaine de plonger tête la première dans tout ce qui est feel good et régressif, nous a motivé plus que de raison à papoter de cinéma sirupeux et tout plein de guimauve; la Fucking Team vient de créer une nouvelle section : #CoeursdArtichauts, une section ou on parlera évidemment de films/téléfilms romantiques, et de l'amour avec un grand A, dans ce qu'il a de plus beau, facile, kitsch et même parfois un peu tragique.Parce qu'on a tous besoin d'amour pendant les fêtes (non surtout de chocolat, de bouffe et d'alcool), et même toute l'année, préparez votre mug de chocolat chaud, votre petite (bon grande) assiette de cookies et venez rechauffer vos petits coeurs de cinéphiles fragiles avec nous !
#40. Nuits Blanches à Seattle de Nora Ephron (1993)
Toutefois, on regarde sans bouder Nuits Blanches à Seattle, qui dégage un véritable charme, notamment parce qu'il assume à fond son idée de base : être un conte de fées moderne où tout semble possible, même traverser les Etats-Unis d'ouest en est pour dénicher la perle rare (c'est le destin, si on suit la logique d'Annie). Les plans numériques (un peu vieillis aujourd'hui) avec une carte du pays, un avion schématisé qui vole au-dessus, ou encore ce gros cœur rouge affiché sur l'Empire State Building, enfoncent le clou du rêve romantique en jouant volontairement avec les codes et les symboles les plus kitsch. Ces symboles sont aussi partout dans la relecture de Elle et lui (An Affair to Remember) de Leo McCarey. On parle ici de la version de 1957 avec Cary Grand et Deborah Kerr, qui est déjà un remake du film Elle et lui (Love Affair) sorti en 1939... et déjà réalisé par McCarey (vous suivez ?). Là encore, Annie ainsi que tout l'entourage des personnages principaux (n'oublions pas non plus le liftier de l'Empire State Building) adorent ce film et rêvent au fond d'eux que les événements fassent écho à cette histoire, que le fantasme de la fiction devienne réalité pour de vrai.
Cette idée de conte de fées moderne est aussi exploitée par le son – la voix, si on veut être précis. Avant de tomber amoureuse de Sam, Annie tombe amoureuse d'une voix. Elle n'imagine jamais son physique, en revanche elle se projette à fond dans l'histoire douloureuse qu'il raconte à la radio : lui en père dévoué au petit Jonah (qui a appelé l'émission sans même consulter son père), en veuf éploré qui fait de son mieux pour tenir debout et élever son fils. Avant même de parler de sentiments amoureux envers Sam – au-delà d'être intriguée par cet homme qu'elle n'a jamais vu (idée qu'Ephron reprendra d'ailleurs avec le même duo Ryan-Hanks dans Vous avez un message) – Annie tombe avant tout amoureuse d'un récit. Et n'oublions pas que l'art du conte passe d'abord par l'oralité. Pour amplifier encore plus ce pouvoir de la voix et du récit avant le physique (on reviendra juste après sur ce point), Nora Ephron mise beaucoup sur une douce musique jazzy, que les studios ont d'ailleurs rejetée au départ (ils voulaient mettre de la pop contemporaine mais la réalisatrice a tenu bon). Le choix du jazz renvoie évidemment aux romances hollywoodiennes des années 50, déjà évoquée par la mise en abyme de Elle et lui. Mais ça va plus loin que la simple référence : ces chansons racontent quelque chose sur les personnages – sur Annie, qui rêve d'un vrai amour, et sur Sam, insomniaque et mélancolique.
Revenons justement aux personnages, facilement identifiables pour les spectateurs. Comme on l'a déjà évoqué pour Annie, c'est une rêveuse qui pleure devant des films romantiques – exactement comme le font (probablement) les spectatrices de Nuits Blanches à Seattle (devant ce film ou un autre du même genre). Là encore, le long-métrage fonctionne totalement sur un système de mise en abyme. Cela dit, être une rêveuse ne signifie pas être passive face aux événements. Si Annie croit au destin et développe une conviction profonde qu'elle doit rencontrer Sam à tout prix, ce n'est pas vraiment (ou pas totalement) le destin qui les réunit. Annie est une femme qui agit. Et c'est précisément ce qui la rend si attachante et rafraîchissante (et entre nous, dans son côté obscur de stalkeuse – avant l'ère des réseaux sociaux – je m'y reconnais un peu, avouons-le). Autre chose qui fonctionne bien : alors que Meg Ryan et Tom Hanks ne partagent qu'une seule petite scène ensemble, on croit totalement qu'ils pourraient former un couple. Il faut dire qu'à cette époque, tous les deux ont l'air simples, accessibles, ce qui facilite grandement le processus d'identification du spectateur. Ils étaient déjà des stars, mais ils n'en ont jamais l'air à l'écran. En plus, Tom Hanks porte particulièrement bien les pulls moches (bien avant Colin Firth dans Le Journal de Bridget Jones), à une époque où pas encore trop d'hommes se ruiner pour en porter (oui, il y a maintenant un vrai business du pull moche, sachez-le).
Il faut alors percevoir Nuits Blanches à Seattle comme un film complémentaire à Quand Harry rencontre Sally. D'un côté, Harry et Sally se croisent encore et encore, ils mettent des années à admettre qu'ils s'aiment vraiment ; de l'autre, Annie et Sam développent des sentiments sans (presque) jamais se voir, dans un espace-temps bien plus resserré. Nuits Blanches à Seattle est donc une comédie romantique qui assume totalement son genre, qui embrasse ses codes sans complexe et qui sait jouer avec ses spectateurs. Dans une mise en scène élégante, Nora Ephron prend le temps de s'intéresser à ces deux mondes parallèles qui s'effleurent jusqu'à la réunification tant attendue. Grâce à un scénario plus intéressant qu'il n'y paraît, elle signe un film charmant, touchant, avec quelques petites touches d'humour subtiles. On se laisse porter par un rythme tranquille et on sait, sans que cette idée pose problème, que les personnages, incarnés par un Hanks et une Ryan très charismatiques, finiront par se retrouver d'une façon ou d'une autre.
Tinalakiller
Dans l'une des dernières scènes de Quand Harry rencontre Sally du regretté Rob Reiner, les deux personnages principaux avouent enfin leurs sentiments réciproques en plein nouvel An. Scénariste de cette référence absolue de la comédie romantique, Nora Ephron reprend le même environnement hivernal pour ses Nuits Blanches à Seattle. Soyons honnête dès le départ : Nuits Blanches à Seattle n'atteint pas la maestria du long-métrage de Reiner (qui fait d'ailleurs une apparition dedans). Pourtant, le film d'Ephron est bien meilleur qu'il n'en a l'air même si certains éléments peuvent sembler repoussants de prime abord.
Pour commencer, on retrouve tous les ingrédients habituellement insupportables dans les comédies romantiques qui passent sur M6 et Netflix : une romance qui démarre pile à Noël, entre une jolie journaliste qui s'apprête à épouser un mec hyper gentil et charmant (on parle de Bill Pullman quand même), mais chiant comme la pluie, et un veuf (gentil aussi) père d'un petit garçon tout mignon. La journaliste qui se prénomme Annie (et non Sally), c'est Meg Ryan, la chouchoute d'Ephron. Le veuf en question, Sam, c'est Tom Hanks, pas encore doublement oscarisé (mais plus très loin à cette période).
Revenons donc à nos moutons, ou plutôt entre Seattle et Baltimore. Nuits Blanches à Seattle, qui a cartonné dans les salles en 1993 (aka mon année de naissance, donc objectivement la meilleure année au monde, on est d'accord), a sur le papier tout pour (me) fuir. Si on reste poli, on dira que l'aspect romantique est très appuyé ; d'autres diront franchement que c'est niais à souhait. Ensuite, on peut râler sur le pauvre Sam, déjà bien assez endeuillé comme ça, qui subit à peu près tout ce qui lui arrive : d'abord à cause de son gosse Jonah – certes hyper dégourdi pour ses 8 ans, mais qui a le culot monumental de se mêler de ce qui ne le regarde pas (et pour ne rien arranger, pour son âge, il en sait un peu trop sur le sexe, ce petit est déroutant) – ensuite par Annie elle-même (on y reviendra). Enfin, certains spectateurs pestent encore contre cette rencontre tant attendue entre Annie et Sam, en haut de l'Empire State Building, qui n'arrive que dans les cinq dernières minutes... et pour couronner le tout, ils n'échangent même pas un baiser.
Pour commencer, on retrouve tous les ingrédients habituellement insupportables dans les comédies romantiques qui passent sur M6 et Netflix : une romance qui démarre pile à Noël, entre une jolie journaliste qui s'apprête à épouser un mec hyper gentil et charmant (on parle de Bill Pullman quand même), mais chiant comme la pluie, et un veuf (gentil aussi) père d'un petit garçon tout mignon. La journaliste qui se prénomme Annie (et non Sally), c'est Meg Ryan, la chouchoute d'Ephron. Le veuf en question, Sam, c'est Tom Hanks, pas encore doublement oscarisé (mais plus très loin à cette période).
Revenons donc à nos moutons, ou plutôt entre Seattle et Baltimore. Nuits Blanches à Seattle, qui a cartonné dans les salles en 1993 (aka mon année de naissance, donc objectivement la meilleure année au monde, on est d'accord), a sur le papier tout pour (me) fuir. Si on reste poli, on dira que l'aspect romantique est très appuyé ; d'autres diront franchement que c'est niais à souhait. Ensuite, on peut râler sur le pauvre Sam, déjà bien assez endeuillé comme ça, qui subit à peu près tout ce qui lui arrive : d'abord à cause de son gosse Jonah – certes hyper dégourdi pour ses 8 ans, mais qui a le culot monumental de se mêler de ce qui ne le regarde pas (et pour ne rien arranger, pour son âge, il en sait un peu trop sur le sexe, ce petit est déroutant) – ensuite par Annie elle-même (on y reviendra). Enfin, certains spectateurs pestent encore contre cette rencontre tant attendue entre Annie et Sam, en haut de l'Empire State Building, qui n'arrive que dans les cinq dernières minutes... et pour couronner le tout, ils n'échangent même pas un baiser.
Toutefois, on regarde sans bouder Nuits Blanches à Seattle, qui dégage un véritable charme, notamment parce qu'il assume à fond son idée de base : être un conte de fées moderne où tout semble possible, même traverser les Etats-Unis d'ouest en est pour dénicher la perle rare (c'est le destin, si on suit la logique d'Annie). Les plans numériques (un peu vieillis aujourd'hui) avec une carte du pays, un avion schématisé qui vole au-dessus, ou encore ce gros cœur rouge affiché sur l'Empire State Building, enfoncent le clou du rêve romantique en jouant volontairement avec les codes et les symboles les plus kitsch. Ces symboles sont aussi partout dans la relecture de Elle et lui (An Affair to Remember) de Leo McCarey. On parle ici de la version de 1957 avec Cary Grand et Deborah Kerr, qui est déjà un remake du film Elle et lui (Love Affair) sorti en 1939... et déjà réalisé par McCarey (vous suivez ?). Là encore, Annie ainsi que tout l'entourage des personnages principaux (n'oublions pas non plus le liftier de l'Empire State Building) adorent ce film et rêvent au fond d'eux que les événements fassent écho à cette histoire, que le fantasme de la fiction devienne réalité pour de vrai.
Cette idée de conte de fées moderne est aussi exploitée par le son – la voix, si on veut être précis. Avant de tomber amoureuse de Sam, Annie tombe amoureuse d'une voix. Elle n'imagine jamais son physique, en revanche elle se projette à fond dans l'histoire douloureuse qu'il raconte à la radio : lui en père dévoué au petit Jonah (qui a appelé l'émission sans même consulter son père), en veuf éploré qui fait de son mieux pour tenir debout et élever son fils. Avant même de parler de sentiments amoureux envers Sam – au-delà d'être intriguée par cet homme qu'elle n'a jamais vu (idée qu'Ephron reprendra d'ailleurs avec le même duo Ryan-Hanks dans Vous avez un message) – Annie tombe avant tout amoureuse d'un récit. Et n'oublions pas que l'art du conte passe d'abord par l'oralité. Pour amplifier encore plus ce pouvoir de la voix et du récit avant le physique (on reviendra juste après sur ce point), Nora Ephron mise beaucoup sur une douce musique jazzy, que les studios ont d'ailleurs rejetée au départ (ils voulaient mettre de la pop contemporaine mais la réalisatrice a tenu bon). Le choix du jazz renvoie évidemment aux romances hollywoodiennes des années 50, déjà évoquée par la mise en abyme de Elle et lui. Mais ça va plus loin que la simple référence : ces chansons racontent quelque chose sur les personnages – sur Annie, qui rêve d'un vrai amour, et sur Sam, insomniaque et mélancolique.
Revenons justement aux personnages, facilement identifiables pour les spectateurs. Comme on l'a déjà évoqué pour Annie, c'est une rêveuse qui pleure devant des films romantiques – exactement comme le font (probablement) les spectatrices de Nuits Blanches à Seattle (devant ce film ou un autre du même genre). Là encore, le long-métrage fonctionne totalement sur un système de mise en abyme. Cela dit, être une rêveuse ne signifie pas être passive face aux événements. Si Annie croit au destin et développe une conviction profonde qu'elle doit rencontrer Sam à tout prix, ce n'est pas vraiment (ou pas totalement) le destin qui les réunit. Annie est une femme qui agit. Et c'est précisément ce qui la rend si attachante et rafraîchissante (et entre nous, dans son côté obscur de stalkeuse – avant l'ère des réseaux sociaux – je m'y reconnais un peu, avouons-le). Autre chose qui fonctionne bien : alors que Meg Ryan et Tom Hanks ne partagent qu'une seule petite scène ensemble, on croit totalement qu'ils pourraient former un couple. Il faut dire qu'à cette époque, tous les deux ont l'air simples, accessibles, ce qui facilite grandement le processus d'identification du spectateur. Ils étaient déjà des stars, mais ils n'en ont jamais l'air à l'écran. En plus, Tom Hanks porte particulièrement bien les pulls moches (bien avant Colin Firth dans Le Journal de Bridget Jones), à une époque où pas encore trop d'hommes se ruiner pour en porter (oui, il y a maintenant un vrai business du pull moche, sachez-le).
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Il faut alors percevoir Nuits Blanches à Seattle comme un film complémentaire à Quand Harry rencontre Sally. D'un côté, Harry et Sally se croisent encore et encore, ils mettent des années à admettre qu'ils s'aiment vraiment ; de l'autre, Annie et Sam développent des sentiments sans (presque) jamais se voir, dans un espace-temps bien plus resserré. Nuits Blanches à Seattle est donc une comédie romantique qui assume totalement son genre, qui embrasse ses codes sans complexe et qui sait jouer avec ses spectateurs. Dans une mise en scène élégante, Nora Ephron prend le temps de s'intéresser à ces deux mondes parallèles qui s'effleurent jusqu'à la réunification tant attendue. Grâce à un scénario plus intéressant qu'il n'y paraît, elle signe un film charmant, touchant, avec quelques petites touches d'humour subtiles. On se laisse porter par un rythme tranquille et on sait, sans que cette idée pose problème, que les personnages, incarnés par un Hanks et une Ryan très charismatiques, finiront par se retrouver d'une façon ou d'une autre.
Tinalakiller










