Breaking News

[CRITIQUE] : Twinless


Réalisateur : James Sweeney
Acteurs : Dylan O'Brien, James Sweeney, Lauren Graham,...
Distributeur : Sony Pictures Home Entertainment
Budget : -
Genre : Comédie, Drame.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h40min.

Synopsis :
Deux jeunes hommes se rencontrent dans un groupe de soutien pour le deuil de jumeaux.





Au sein d'une comédie américaine dont l'état de sécheresse depuis une bonne quinzaine d'années, à dépasser le stade du gentiment alarmant, force est d'admettre que la seconde moitié de l'année ciné 2025 nous a apporté quelques vrais éléments de satisfaction pour appuyer la thèse que l'éclaircie débarque bien après la pluie : Y'a-t-il un flic pour sauver le monde ? d'Akiva Schaffer, Libre échange de Michael Angelo Covino où encore Friendship d'Andrew DeYoung, trois péloches qui non sans quelques pannouilles certes, faisaient preuve autant de mordant que d'originalité pour susciter le rire chez un auditoire qui en était de plus en plus privé.

Copyright Roadside Attractions

C'est sensiblement dans la lignée de ce dernier que s'inscrit Twinless, second long-métrage d'un James Sweeney dont on avait beaucoup aimé le premier effort, Straight Up, petit bout de cinéma authentique et mélancolique qui impressionnait autant dans sa politique identitaire que dans sa mise en images des périls de l'aliénation moderne et de la peur générationnelle d'être seul (avec un regard toujours bienveillant sur ceux qui ne se reconnaissent absolument pas dans la normalisation forcée de la société contemporaine).

Frappé par la même énergie comme la même dynamique de personnages - deux figures cabossées par la vie -, pour lequel Sweeney s'offre à nouveau un rôle de choix, cette seconde monture dont le pitch de départ pourrait laisser penser à une sorte de simili-parodie d'une romcom conventionnelle as hell made in Hallmark (deux jeunes hommes se rencontrent dans un groupe de soutien pour le deuil de jumeaux), avant de virer mignon vers une déclinaison un poil Lanthimos-esque, creuse encore un peu plus sa réflexion sur la déconnexion émotionnelle et l'isolement contemporain au détour de la notion de deuil (et de la superficialité de la réponse sociétale à celui-ci), comme celle de la définition de notre identité propre au-delà d'une dynamique complexe - la gémellité - et des attentes que l'on projette sur soi.

Copyright Roadside Attractions

Flanqué dans un Portland aux douloureux contours de purgatoire pluvieux et désenchanté (terrain propice pour scruter la solitude insondable contemporaine), tout du long logé entre le récit introspectif nuancé et un suspens dérangeant/troublant, Twinless, qui passe de la comédie dramatique au thriller psychologico-sexuel avec un détachement déconcertant (une manipulation subtile, à l'image de l'une de ses figures titres), est une fascinante et insaisissable proposition échappe comme ses personnages (qui, au lieu de surmonter leur douleur, apprennent à exister au coeur d'elle-même), à toute caractérisation facile et vulgaire.
On aimait déjà beaucoup James Sweeney, il devient évident désormais qu'il est l'une des figures les plus passionnantes à suivre du moment, au coeur d'un circuit indépendant américain qui les compte pourtant à la pelle.


Jonathan Chevrier