Breaking News

[CRITIQUE] : Furcy, né libre


Réalisateur : Abd Al Malik
Acteurs : Makita Samba, Romain Duris, Ana Girardot, Vincent Macaigne,...
Distributeur : Memento
Budget : -
Genre : Biopic, Drame, Historique, Judiciaire.
Nationalité : Français.
Durée : 1h48min.

Synopsis :
Île de la Réunion, 1817. À la mort de sa mère, l'esclave Furcy découvre des documents qui pourraient faire de lui un homme libre. Avec l’aide d’un procureur abolitionniste, il se lance dans une bataille judiciaire pour la reconnaissance de ses droits.

Inspiré d’une histoire vraie. Adaptée du livre "L'Affaire de l'esclave Furcy" de Mohammed Aïssaoui.





On avait été de ceux a avoir été agréablement surpris par le premier passage derrière la caméra du rappeur, écrivain et désormais cinéaste Abd Al Malik, Qu’Allah bénisse la France, adaptation de son roman autobiographique éponyme (primé au TIFF, ça fait beau sur le CV), exploration mélancolique et sincère de sa jeunesse au coeur d'une cité strasbourgeoise.
Un premier effort résolument littéraire même si pas dénué de quelques aspérités évidentes (comme tout premier film), capturé dans un noir et blanc tout aussi léché que rugueux qui évoquait, instinctivement, La Haine de Mathieu Kassovitz; une influence marquée et assumée, pas un hasard visuellement avec la présence du talentueux Pierre Aïm à la photographie.

Une oeuvre qui s'échinait avec subtilité à tromper les idéaux archaïques de la vie en banlieue comme de la foi musulmane (qui, une décennie plus tard, n'ont paradoxalement jamais paru aussi fort), pour mieux arborer les contours d'une fable socialo-moraliste à l'humanité désarmante.
Douze ans plus tard et non sans une certaine attente, il revient avec un film dit de la confirmation résolument plus ambitieux et casse-gueule, s'inscrivant - sur le papier - dans les pas du récent Ni chaînes ni maîtres de Simon Moutaïrou : Furcy, né libre.

Copyright Memento Distribution

Soit une libre adaptation du roman L'Affaire de l'esclave Furcy de Mohammed Aïssaoui, qui se revendique moins comme une oeuvre à proprement dite sur l'esclavage mais plus une réflexion sur son abolition arpentant le terrain sinueux du drame procédural (peut-être les meilleures séquences du film), au détour du combat judiciaire du dit Furcy pour entériner sa liberté et faire reconnaître l'illégalité de son statut d'esclave.
Le tout dans une expression (très) peu politique (ni frappé d'un réel ancrage social) et à l'écriture conventionnelle, mais heureusement dénuée de tout sensationnalisme - malgré quelques séquences à la dureté crue essentielle - de l'horreur des sévices subis par des millions d'hommes et de femmes.

Une gymnastique un peu (beaucoup) trop complexe pour une oeuvre douloureusement bancale (même dans sa mise en scène, parfois un poil déconcertante même si elle a le mérite d'oser) et redondante au rythme décousu, qui n'arrive jamais réellement à tirer pleinement partie de la puissance - et des possibilités - de son sujet, ni de la justesse de ses interprétations (mention à Makita Samba, d'une prestance folle, et à un Vincent Macaigne toujours juste, là où Romain Duris cabotine plus joyeusement).
Humaniste et nécessaire sur le papier, mais bien trop fastidieux dans l'exécution de ses pourtant belles intentions pour pleinement faire mouche.


Jonathan Chevrier