[CRITIQUE] : Blue Moon
Réalisateur : Richard Linklater
Acteurs : Ethan Hawke, Margaret Qualley, Bobby Cannavale, Andrew Scott,...
Distributeur : -
Budget : -
Genre : Biopic, Comédie, Drame, Musical.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h40min.
Synopsis :
1934. Lorenz Hart célèbre le grand succès de son ancien partenaire Richard Rodgers le soir de la première de sa comédie musicale Oklahoma ! à Broadway.
De loin l'un des cinéastes contemporains dont l'esprit - globalement libre - et le cinéma sont les plus proches de la Nouvelle Vague (sans même avoir à dégainer la comparaison facile entre la trilogie des Before, et le cinéma béni de Rohmer - les références au cœur de sa filmographie sont suffisamment nombreuses pour convaincre même le plus borné des spectateurs), il y avait quelque chose de logique, de naturel à voir Richard Linklater s'attaquer, modestement, à ce mouvement essentiel avec Nouvelle Vague.
Une plongée passionnée à travers la conception de ce qui deviendra, symboliquement, la naissance même de son explosion tout en modernité au sein du septième art hexagonal : les coulisses non-conventionnelles d'À Bout de Souffle de Jean-Luc Godard, dans ce qui découlait moins d'une auscultation pop et parodico-lessivée comme celle offerte par Michel Hazanavicius avec Le Redoutable, qu'un hommage certes moins maladroit et bien plus honnête même si loin d'être exempt d'asperités, à ce virage cinématographique décisif.
Pas totalement un exercice de style didactique (qui ne revendique jamais une quelconque valeur historique), et encore moins une simple réminiscence nostalgique du passé, mais plus un pastiche façon essai cinématographique direct - à la lisière de la kermesse cinéphile - sur une révolution donc, par un artiste fermement porté par l'idée que le cinéma, c'est tout simplement la vie en vingt-quatre images par seconde; le film laissait néanmoins un petit goût doux-amer en bouche, tant son enthousiasme ne masquait jamais assez son incapacité à réellement nous transporter.
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| Copyright Sabrina Lantos / Sony Pictures |
Trois mois plus tard mais plus dans une salle obscure, il nous revient avec une oeuvre qui lui ressemble peut-être encore un peu plus : Blue Moon, nouvelle suspension du temps (le thème le plus important de sa filmographie)/célébration d'une époque révolue à la fois profondément littéraire et cinématographique, au plus près du coeur meurtri et désenchanté du légendaire (et vraisemblablement autodestructeur) compositeur de Broadway Lorenz Hart, avant que la gloire et la passion ne s'éteignent en lui (même si celle-ci est encore nourrie par l'énergie du désespoir, de séduire une jeune femme pétillante dont il a le double de l'âge), comme la flamme de la vie.
À travers cette figure mélancolique, tout en souffrance et en frustrations (incarnée par son comédien fétiche, Ethan Hawke, affublé d'un horrible maquillage et d'une perspective un peu maladroite - dû à la petite taille avérée de Hart - mais qui, paradoxalement, compose l'une de ses plus belles performances à ce jour), Linklater tisse les contours d'un fascinant et volubile portrait sur la fragilité et l'insécurité de l'âme artistique, entre cynisme de façade, intelligence et angoisses profondes, où quand la lucidité de voir ses plus belles heures de gloire s'évaporer (comme la réalisation de ne pas pouvoir jouir du pouvoir rédempteur de l'amour), se voit doubler par la peur réelle de tomber dans l'oubli le plus complet.
D'une mélancolie déchirante, foncièrement volubile sans que la moindre de ses joutes verbales ne paraissent écrasante, Blue Moon se fait le canevas délicat et empathique d'un déclin tragique, dont la sincérité n'a d'égale que l'élégance subtile (un formalisme toujours aussi sobre que palpable, la patte de Linklater comme de Cameron Crowe).
Un biopic qui n'en est pas totalement un, par un cinéaste dont le cinéma n'est jamais aussi magique que lorsqu'il est fidèle a lui-même.
Jonathan Chevrier







