[CRITIQUE] : Le Mage du Kremlin
Réalisateur : Olivier Assayas
Acteurs : Paul Dano, Alicia Vikander, Jude Law, Tom Sturridge,...
Distributeur : Gaumont Distribution
Budget : -
Genre : Thriller.
Nationalité : Français.
Durée : 2h25min
Synopsis :
Russie, dans les années 1990. L’URSS s’effondre. Dans le tumulte d’un pays en reconstruction, un jeune homme à l’intelligence redoutable, Vadim Baranov, trace sa voie. D’abord artiste puis producteur de télé-réalité, il devient le conseiller officieux d’un ancien agent du KGB promis à un pouvoir absolu, le futur « Tsar » Vladimir Poutine. Plongé au cœur du système, Baranov devient un rouage central de la nouvelle Russie, façonnant les discours, les images, les perceptions. Mais une présence échappe à son contrôle : Ksenia, femme libre et insaisissable, incarne une échappée possible, loin des logiques d’influence et de domination. Quinze ans plus tard, après s’être retiré dans le silence, Baranov accepte de parler. Ce qu’il révèle alors brouille les frontières entre réalité et fiction, conviction et stratégie.
Le Mage du Kremlin est une plongée dans les arcanes du pouvoir, un récit où chaque mot dissimule une faille.
Du pathétique des souvenirs et des racines familiales, à l'absurdité du quotidien et de ses petites scènes de ménages, on avait laissé le - riche - cinéma d'Olivier Assayas sur une note pour le moins mitigée (restons poli) : Hors du temps, où le cinéaste tentait avec plus ou moins de maladresses, de tisser une sorte de balade burlesque et douce-amère sur la mélancolie du temps qui passe, tout autant que sur le ridicule d'une époque pas si lointaine où la proximité forcée, la connexion aux autres et même à soi, étaient essentielles.
Venant de l'un des faiseurs de rêves les plus compétents à retracer sans afféteries les bouleversements anthropologiques et culturels du monde contemporain, la déception était donc plutôt corsée.
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| Copyright Carole Bethuel - 2025 CURIOSA FILMS- GAUMONT - FRANCE 2 CINEMA |
Un an et demi plus tard, et sensiblement adoubé par une présence à la dernière Mostra de Venise, le bonhomme fait son retour avec un nouvel effort résolument plus ambitieux et complexe sur le papier : couvrir l'ascension au pouvoir de Vladimir Poutine, au détour d'un portrait fermement enraciné dans la Russie post-chute du mur de Berlin/chute de l'Union soviétique, vissé sur le regard d'une figure détournée, Vadim Baranov, un personnage fictif inspiré du conseiller politique et ami du président - Vladislav Sourkov -, au parcours pour le moins atypique (directeur de théâtre, producteur de télévision, consultant en communication, ancien premier ministre,...).
Adapté l'excellent et satirique roman éponyme de Giuliano da Empoli et co-écrit avec le réalisateur Emmanuel Carrère (qui s'offre une apparition mémorable), sur le papier, Le Mage du Kremlin cherchait donc à jouer la carte de la chronique historique ludico-glaçante aux touches Scorsesiennes (une voix-off gentiment présente, une mise en scène particulièrement énergique - travelings latéraux à foison - et enlevée) et Rosselliniennes (aucun jugement idéologique ni moral à la clé), visant à résumer/analyser froidement trente ans de l'évolution/reconstruction de la politique russe de l'effervescence des années 90 à - quasiment - notre présent; le tout autour d'un tandem Paul Dano/Jude Law capillairement très (trop) investis.
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À l'écran, la limonade ne prend que partiellement, tant Assayas accouche d'une sorte de guide (excessivement) volubile et didactique du maintien du pouvoir souverain et du soutien populaire, qui relate chaque événement marquant sans réellement les aborder en profondeur, au détour d'une narration certes scrupuleusement documentée mais à la structure sensiblement redondante - sans compter un final brutal et gratuit.
Dommage, tant la pertinence de voir la politique comme un morceau spectacle grotesque et kitsch qui n'a pas grand chose à envier au cynisme des émissions de télé-réalité, pour mieux pointer symboliquement toute l'absurdité effrayante de notre époque, valait pourtant à elle seule son pesant de pop-corn...
Jonathan Chevrier



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