[CRITIQUE] : Les échos du passé
Réalisatrice : Mascha Schilinski
Acteurs : Hanna Heckt, Lena Urzendowsky, Laeni Geiseler, Susanne Wuest,...
Distributeur : Diaphana Distribution
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Allemand.
Durée : 2h29min.
Synopsis :
Quatre jeunes filles à quatre époques différentes. Alma, Erika, Angelika et Lenka passent leur adolescence dans la même ferme, au nord de l’Allemagne. Alors que la maison se transforme au fil du siècle, les échos du passé résonnent entre ses murs. Malgré les années qui les séparent, leurs vies semblent se répondre.
Tout n'est qu'une question de chute où plutôt de rechute, au coeur du formidable Les échos du passé (co-Prix du Jury sur la derniere Croisette avec Sirāt d'Oliver Laxe, tout de même), estampillé second long-métrage de la cinéaste allemande Mascha Schilinski (comme l'affirme totalement son titre international - un poil didactique il est vrai -, Sound of Falling), une chute résolument plus psychologique et temporelle que véritablement physique, capturée au détour de quatre générations de jeunes femmes liées par des liens de parenté profondément traumatisés et ambigus, comme par celui plus métaphorique des murs bouffés par les secrets, la cruauté (sous toutes ses formes) et les non-dits, d'une ferme de la campagne allemande où elles ont toutes vécues.
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| Copyright Fabian Gamper - Studio Zentral |
Soit quatre héroïnes, Alma (qui grandit en plein Empire allemand et peu avant la Première Guerre mondiale, dans une famille marquée par la religiosité, préoccupée par sa propre mortalité lorsqu'elle découvre qu'elle partage le même prénom que sa sœur défunte), Erika (dont l'enfance est marquée par la Seconde Guerre mondiale, une gamine fascinée - intimement comme sexuellement - par son oncle Fritz, victime de guerre mutilée et alitée), Angelika (une adolescente rebelle qui vit au coeur des 80s et de l'époque de la RDA, dans une famille excentrique et perverse qui tente de profiter de sa sexualité naissante) et Nelly (catapultée de nos jours, hantée par le poids et les fantômes du passé, alors que ses parents souhaitent rénover la ferme désormais délabrée).
Quatre figures - littéralement - fantomatiques (un sentiment renforcé par la photographie granuleuse de Fabian Gamper, qui compose de veritables tableaux vivants et en mouvements, comme il rend sensiblement flou les corps, presque happés par leur angoisses) qui traverse un temps emprunt de souffrance et de douleur, et dont la narration à la chronologie volontairement non-conventionnelle (sans pour autant que le spectateur soit désorienté pour autant, puisque l'action est confiné en un seul lieu) et dénuée de tout artifice romanesque, capture par bribes essentielles les destinées sans jamais sortir de la simultanéité de la routine cyclique et pesante de leur quotidien, sans jamais se distancer des échos étouffés de blessures toutes aussi héréditaires qu'indélébiles.
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Fresque historique et introspective d'une maturité proprement impressionnante (presque l’histoire d'un siècle, de la douleur de la guerre et ses blessures physiques et psychologiques, à la sujétion des femmes nouées aux valeurs biaisées qui s'héritent sans être remisent en cause, en passant par les mystères et les non-dits de l'enfance comme la co-existence des morts auprès des vivants par la force des espaces de vies partagés), dont la fluidité organique comme la puissance stylistique est à la fois la plus grande force comme la plus grande faiblesse (le manque de narration prégnante implique que l'histoire se replie un peu trop sur elle-même, tandis que la quête constante d'un vertige sensotiel étouffe parfois ce que les images cherchent à exprimer de façon impactante), Les échos du passé, véritable mosaïque sensorielle et mélancolique (cousine du brillant The Devil's Bath de Severin Fiala et Veronika Franz), est de ces œuvres entières et foisonnantes qui méritent de multiples visions pour en digérer toute la densité comme la beauté.
Avec le dernier Jarmusch, une nouvelle preuve que l'année ciné 2026 débute merveilleusement bien.
Jonathan Chevrier
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Les Échos du passé est un véritable enchantement cinématographique, une œuvre ambitieuse et profondément humaine qui transcende la simple narration pour devenir une expérience sensorielle et poétique. Réalisé par Mascha Schilinski, ce drame historique et intime déploie sur plus d’un siècle la vie de quatre jeunes filles, Alma, Erika, Angelika et Lenka, ayant toutes un lien secret avec une même ferme du nord de l’Allemagne. À travers leurs destins singuliers reliés par le lieu et par une mémoire viscérale, le film propose une méditation bouleversante sur le temps, la transmission et la condition féminine. Sur le plan technique, le film est une réussite éclatante. La mise en scène est d’une finesse remarquable, capable de rendre chaque plan à la fois narratif et symbolique. Les cadres sont choisis avec une précision qui donne à chaque espace (couloirs de ferme, champs silencieux, pièces désertes) une résonance presque vivante. La photographie de Fabian Gamper façonne des atmosphères uniques pour chaque époque, avec des palettes chromatiques subtiles qui oscillent entre la douceur sépia et des couleurs plus frémissantes, créant ainsi une continuité visuelle et émotionnelle tout au long du film.
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Le son joue un rôle central dans cette œuvre contemplative : loin d’être un simple accompagnement, il devient un partenaire narratif. Musiques et ambiances sonores tissent un camaïeu d’émotions qui sous-tend chaque séquence, parfois presque silencieuse, parfois intensément rythmée, et qui donne au spectateur une expérience immersive rare un peu comme si le lieu lui-même murmurait ses secrets.
Ce qui fait la force du film, au-delà de sa forme, c’est sa capacité à faire ressentir l’intériorité de ses personnages. Chaque jeune fille est interprétée avec une délicatesse troublante par un casting d’une grande justesse, explorant des nuances psychologiques fines et complexes sans jamais recourir à des excès dramatiques. Les voix off, judicieusement intégrées, donnent au spectateur accès à leurs pensées les plus intimes, tissant une chorale de subjectivités qui enrichit profondément la dramaturgie.
La structure narrative du film est audacieuse. Plutôt que de suivre une progression linéaire, Schilinski préfère une construction en échos, résonances et motifs visuels répétitifs. Cette architecture narrative, loin d’être un simple effet de style, sert une thématique essentielle : le poids du passé ne s’efface jamais complètement, il s’inscrit dans l’espace même et dans les êtres qui s’y meuvent. Ce choix, subtilement orchestré, donne au film un caractère intemporel et universel, invitant le spectateur à s’interroger sur sa propre mémoire, ses propres héritages et les cicatrices silencieuses qui façonnent nos vies.
Enfin, la dimension féminine de l’œuvre est frappante et admirable. A travers ces quatre portraits de jeunes filles de différentes époques, le film propose un regard profondément empathique, inclusif et féministe. Au-delà des contextes historiques spécifiques, ce sont des expériences de vie, des désirs, des frustrations et des résistances qui sont explorés, toujours avec une grande dignité et une compréhension subtile de la complexité humaine.
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En somme, Les Échos du passé est un film d’une rare profondeur émotionnelle et technique, une œuvre qui se vit autant qu’elle se voit. Il mérite une place parmi les grands films d’auteur contemporains pour son audace narrative, sa beauté visuelle et sonore, et sa capacité à toucher durablement les émotions. Une expérience cinématographique intense, poétique et inoubliable.
Jess Slash'her



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