[CRITIQUE] : Jusqu'à l'aube
Réalisateur : Shō Miyake
Acteurs : Hokuto Matsumura, Mone Kamishiraishi, Ryô, Ken Mitsuishi,...
Distributeur : Art House
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Japonais.
Durée : 1h59min.
Synopsis :
Misa et Takatoshi ne se connaissent pas encore lorsqu’ils rejoignent une petite entreprise japonaise d’astronomie. En quête d’un nouvel équilibre, ils ont délaissé une carrière toute tracée : elle, en raison d’un syndrome prémenstruel qui bouleverse son quotidien ; lui, à cause de crises de panique aiguës. Peu à peu, ils apprennent à travailler autrement, se rapprochent, s’apprivoisent… et découvrent qu’une présence suffit parfois à éclairer la nuit.
Misa et Takatoshi ont tous deux des difficultés à garder leur travail. La première souffre de syndromes prémenstruels handicapants et le second de crises de panique. Ils vont se faire engager dans une petite entreprise d'astronomie qui vit à un rythme humain. Leur rencontre et la bienveillance de leurs collègues vont les aider à gérer leurs maux respectifs.
Shō Miyake est un jeune réalisateur originaire d'Hokkaido. Il réalise en 2012 son premier long métrage, Playback, sélectionné en compétition à Locarno. Un film en noir et blanc, aussi doux que mélancolique, qui voit un trentenaire en pleine crise revivre son adolescence. Le réalisateur enchaîne alors les films qui reçoivent un bel accueil en festival: And Your Bird Can Sing (2018) à la Berlinale, The Cockpit (2014) au Cinéma du Réel et Un été en hiver (2025) à Locarno. Shō Miyake est aussi à l'origine de la série Ju-On, disponible sur Netflix, qui vient compléter la saga horrifique.
Jusqu'à l'aube est l'adaptation du roman éponyme de l'autrice Maiko Seo. Shō Miyake a été séduit par la beauté de la simplicité et de la normalité des personnages. Ce fut un défi pour lui de retranscrire à l'image l'intériorité du duo cabossé par la vie. Il fut aidé dans ce projet par son actrice principale, Mone Kamishiraishi qui était déjà une grande admiratrice du roman. Pour le prologue du film, le réalisateur recourt à une voix off pour souligner cette intériorité. Fort heureusement, ce procédé éculé est abandonné après les dix premières minutes pour se concentrer sur des choix de mises en scène plus pertinents: des petits gestes, des silences, une douceur dans le montage…
Jusqu'à l'aube est un film sur le fil, en équilibre précaire entre le sublime et le tarte. Il réussit ce tour de force en évitant certains clichés. Principalement, le fait que les deux protagonistes ne tombent jamais amoureux l'un de l'autre. Il est rafraîchissant de voir une complicité naître entre un homme et une femme qui n'ait pas pour finalité une romance. L'amitié est l'une des valeurs phares de ces dernières années. Il est plaisant de le voir dans ce genre de film. Cependant, la représentation de Misa n'échappe pas au trope de la Manic Pixie Dream Girl. Cette dernière semble plus atypique et originale que Takatoshi. Surtout, nous la voyons beaucoup plus s'occuper de lui que l'inverse. Ce qui ne ternit que légèrement une relation tout de même adorable.
D'autant plus que cette amitié s'inscrit particulièrement bien dans la dynamique de Jusqu'à l'aube. Le film met en avant la douceur d'une vie en communauté fondée sur l'entraide. Il se dégage de la société où travaillent Misa et Takatoshi un calme cotonneux. L'immeuble est désuet, les heures d'arrivée au travail sont aléatoires et la surproductivité n'est pas un but en soi. Les employés de cette petite entreprise semblent si sereins lorsqu'ils assemblent et emballent leur télescope, comme si le temps n'avait aucune incidence sur leurs gestes.
Il y a quelque chose de presque punk dans la démarche consistant à montrer un environnement de travail où la productivité n'est pas reine, particulièrement au Japon. Les conditions de travail y sont si toxiques qu'un mot a été inventé dans les années 80 pour désigner le fait de mourir à cause d'une surcharge de travail : "karoshi".
Entre la législation qui est du côté des employeurs et la culture du travail omniprésente, il n'est pas impossible au Japon de mourir à son poste de travail à cause du stress ou de se suicider pour ces mêmes raisons. Jusqu'à l'aube propose une autre vision du monde du travail, plus humaine et plus respectueuse.
Jusqu'à l'aube est aussi un film poétique. Le roman place l'intrigue dans une entreprise de métallurgie. Shō Miyake le situe dans les étoiles. Choix particulièrement à propos pour caractériser des personnages rêveurs et solitaires qui cherchent leur chemin dans la vie. Cette impression de douceur et de poésie et amplifié par la douche musique d'Hi'Spec et par le travail de photographie de Yuta Tsukinaga, lumineux, désaturé, presque pastel.
Jusqu'à l'aube est un film lumineux sur l'importance du vivre ensemble et de l'amitié. Une œuvre aussi punk que poétique, qui invite à lever le pied pour profiter du monde qui nous entoure.
Shō Miyake confirme sa place de réalisateur japonais à suivre.
Éléonore Tain
Acteurs : Hokuto Matsumura, Mone Kamishiraishi, Ryô, Ken Mitsuishi,...
Distributeur : Art House
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Japonais.
Durée : 1h59min.
Synopsis :
Misa et Takatoshi ne se connaissent pas encore lorsqu’ils rejoignent une petite entreprise japonaise d’astronomie. En quête d’un nouvel équilibre, ils ont délaissé une carrière toute tracée : elle, en raison d’un syndrome prémenstruel qui bouleverse son quotidien ; lui, à cause de crises de panique aiguës. Peu à peu, ils apprennent à travailler autrement, se rapprochent, s’apprivoisent… et découvrent qu’une présence suffit parfois à éclairer la nuit.
Misa et Takatoshi ont tous deux des difficultés à garder leur travail. La première souffre de syndromes prémenstruels handicapants et le second de crises de panique. Ils vont se faire engager dans une petite entreprise d'astronomie qui vit à un rythme humain. Leur rencontre et la bienveillance de leurs collègues vont les aider à gérer leurs maux respectifs.
Shō Miyake est un jeune réalisateur originaire d'Hokkaido. Il réalise en 2012 son premier long métrage, Playback, sélectionné en compétition à Locarno. Un film en noir et blanc, aussi doux que mélancolique, qui voit un trentenaire en pleine crise revivre son adolescence. Le réalisateur enchaîne alors les films qui reçoivent un bel accueil en festival: And Your Bird Can Sing (2018) à la Berlinale, The Cockpit (2014) au Cinéma du Réel et Un été en hiver (2025) à Locarno. Shō Miyake est aussi à l'origine de la série Ju-On, disponible sur Netflix, qui vient compléter la saga horrifique.
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| Copyright 2024 Maiko SEO – “All the Long Nights” Film Partners / Art House |
Jusqu'à l'aube est l'adaptation du roman éponyme de l'autrice Maiko Seo. Shō Miyake a été séduit par la beauté de la simplicité et de la normalité des personnages. Ce fut un défi pour lui de retranscrire à l'image l'intériorité du duo cabossé par la vie. Il fut aidé dans ce projet par son actrice principale, Mone Kamishiraishi qui était déjà une grande admiratrice du roman. Pour le prologue du film, le réalisateur recourt à une voix off pour souligner cette intériorité. Fort heureusement, ce procédé éculé est abandonné après les dix premières minutes pour se concentrer sur des choix de mises en scène plus pertinents: des petits gestes, des silences, une douceur dans le montage…
Jusqu'à l'aube est un film sur le fil, en équilibre précaire entre le sublime et le tarte. Il réussit ce tour de force en évitant certains clichés. Principalement, le fait que les deux protagonistes ne tombent jamais amoureux l'un de l'autre. Il est rafraîchissant de voir une complicité naître entre un homme et une femme qui n'ait pas pour finalité une romance. L'amitié est l'une des valeurs phares de ces dernières années. Il est plaisant de le voir dans ce genre de film. Cependant, la représentation de Misa n'échappe pas au trope de la Manic Pixie Dream Girl. Cette dernière semble plus atypique et originale que Takatoshi. Surtout, nous la voyons beaucoup plus s'occuper de lui que l'inverse. Ce qui ne ternit que légèrement une relation tout de même adorable.
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D'autant plus que cette amitié s'inscrit particulièrement bien dans la dynamique de Jusqu'à l'aube. Le film met en avant la douceur d'une vie en communauté fondée sur l'entraide. Il se dégage de la société où travaillent Misa et Takatoshi un calme cotonneux. L'immeuble est désuet, les heures d'arrivée au travail sont aléatoires et la surproductivité n'est pas un but en soi. Les employés de cette petite entreprise semblent si sereins lorsqu'ils assemblent et emballent leur télescope, comme si le temps n'avait aucune incidence sur leurs gestes.
Il y a quelque chose de presque punk dans la démarche consistant à montrer un environnement de travail où la productivité n'est pas reine, particulièrement au Japon. Les conditions de travail y sont si toxiques qu'un mot a été inventé dans les années 80 pour désigner le fait de mourir à cause d'une surcharge de travail : "karoshi".
Entre la législation qui est du côté des employeurs et la culture du travail omniprésente, il n'est pas impossible au Japon de mourir à son poste de travail à cause du stress ou de se suicider pour ces mêmes raisons. Jusqu'à l'aube propose une autre vision du monde du travail, plus humaine et plus respectueuse.
Jusqu'à l'aube est aussi un film poétique. Le roman place l'intrigue dans une entreprise de métallurgie. Shō Miyake le situe dans les étoiles. Choix particulièrement à propos pour caractériser des personnages rêveurs et solitaires qui cherchent leur chemin dans la vie. Cette impression de douceur et de poésie et amplifié par la douche musique d'Hi'Spec et par le travail de photographie de Yuta Tsukinaga, lumineux, désaturé, presque pastel.
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Jusqu'à l'aube est un film lumineux sur l'importance du vivre ensemble et de l'amitié. Une œuvre aussi punk que poétique, qui invite à lever le pied pour profiter du monde qui nous entoure.
Shō Miyake confirme sa place de réalisateur japonais à suivre.
Éléonore Tain








