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[CRITIQUE] : Une page après l’autre



Réalisateur : Nick Cheuk
Acteurs : Lo Chun Yip, Ronald Cheng, Hanna Chan,...
Distributeur : Wayna Pitch
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Hongkongais,  Singapourien.
Durée : 1h35min

Synopsis :
Suite à la découverte d’une lettre de suicide, un enseignant se lance à la recherche de l’élève qui aurait pu l'écrire. Cette enquête le replonge alors dans son propre passé.



Il semble difficile actuellement de faire du cinéma chargé émotionnellement au vu des retours acerbes dès qu'une œuvre tente d'assumer une certaine émotivité. Le terme « mélodrame » est ainsi devenu une insulte aux yeux de certains, même chose quand on parle de sentimentalisme et on ne compte même plus les critiques qui aiment utiliser l'expression « tire-larmes » quand un film appuie, peut-être un peu trop, sur son sujet. Et pourtant, on a bien besoin de pleurer de temps en temps, surtout quand le sujet est grave, voire important, comme dans Une page après l'autre.

Le film, écrit et réalisé par Nick Cheuk, démarre directement dans une optique de perte avec cette impression d'avoir vu un jeune garçon sauter d'un toit devant nos yeux. Pourtant, l'information est vite démentie, un point qui servira pour mieux apprécier la narration et certains de ses contours inattendus. Cette ouverture reste néanmoins importante dans la manière d'approcher le sujet, sans fard, de la pression imposée aux enfants jusqu'au point de non-retour. Le reste du récit, qui va lier souvenirs d'enfants à un professeur confronté à une lettre de suicide, va alors aller dans cette orientation marquée, nourrie par la peine et la pression.

Copyright Wayna Pitch

Sans tomber dans le surplus quasi complaisant, le film n'évite pas la confrontation à sa dureté, comme quand un jeune garçon et sa mère tentent d'ignorer dans un cadre fixe le fond, où le deuxième enfant se fait poursuivre par un père le menaçant de le frapper. La caméra de Nick Cheuk semble toujours s'interroger sur la distance à adopter par rapport à son sujet tout en sachant quand plonger pleinement dans son thème principal. La détresse en son cœur n'en est que plus déchirante, encore plus quand le long-métrage atteindra son point de rupture, attendu certes mais néanmoins marquant, d’autant plus par sa façon de se réorienter émotionnellement. Là, le traumatisme reste, hantant par ses violences les vivants avec des regrets qui ne pourront jamais être consolés.

Une page après l'autre est sans surprise très douloureux par sa manière d'aborder sa violence et ses traumatismes induits. Pourtant, la caméra de Nick Cheuk parvient à trouver la bonne limite, avec une émotivité exacerbée mais nécessaire en même temps au vu de ce qu'il souhaite raconter. On ne peut clairement pas promettre qu'on puisse ressortir indemne de la séance mais comment faire autrement quand un film assume autant son propos et son côté sentimental jusque dans ses derniers instants.


Liam Debruel