[INSTANT LITTERATURE] : #36. Le Cercle de Finsbury (B.A. Paris)
"Quoi, un site centré sur le cinéma qui papote littérature, mais quelle hérésie ! ".Voilà une manière polie de dire " qu'est-ce qu'on est en train de foutre ", mais à une heure ou la littérature n'a jamais autant été liée au septième art (ah, Hollywood et son manque d'originalité...), nous avons trouvé de bon ton, en temps que media, de voir un petit peu plus loin que le bout de notre plume, et d'élargir notre prisme de partage culturel en papotant littérature donc, sans pour autant que cela soit lié au cinéma - même si cela arrivera certainement souvent.
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La lecture de Le Cercle de Finsbury laisse une impression durable, mais profondément ambivalente tant le roman semble partagé entre une ambition intellectuelle réelle et une exécution souvent maladroite, voire irritante. L’ouvrage prétend sonder les mécanismes du pouvoir, de l’élitisme et de l’initiation intellectuelle, mais se heurte constamment à ses propres limites stylistiques, narratives et idéologiques. Sur le plan conceptuel, le roman affiche une prétention évidente à la profondeur. Le Cercle, entité opaque et fascinante, fonctionne comme une métaphore appuyée de l’entre-soi, du savoir comme outil de domination et de la séduction exercée par les structures fermées. Sur le papier, l’idée est stimulante. Dans les faits, elle se déploie avec une lourdeur parfois pesante. Le texte martèle ses thèses au lieu de les laisser émerger, multipliant les dialogues explicatifs et les scènes démonstratives qui donnent au lecteur l’impression d’assister à une leçon plus qu’à un roman.
Cette absence de subtilité est aggravée par un problème beaucoup plus prosaïque, mais impossible à ignorer : le livre est truffé de fautes d’orthographe et de maladresses syntaxiques grossières. Accords erronés, temps verbaux incohérents parsèment le texte. Ces erreurs, probablement liées à une traduction négligée, nuisent gravement à la fluidité de la lecture et brisent régulièrement l’immersion. Les personnages, quant à eux, peinent à dépasser le stade de figures fonctionnelles. Le cas du personnage principal, Alice, est particulièrement problématique. Présentée comme une héroïne complexe, en quête de sens et d’émancipation intellectuelle, elle apparaît surtout comme un portrait féminin artificiel peu convaincant. Ses motivations, bien que formulées avec un certain lyrisme, sonnent faux : elles sont « belles » dans l’abstrait, mais rarement crédibles dans leur incarnation. Alice pense, désire et agit moins comme une femme singulière que comme une construction idéologique, un vecteur commode pour porter les réflexions de l’autrice.
Ce décalage se ressent dans la psychologie du personnage : Alice observe, s’émerveille, doute, mais toujours selon des schémas attendus, presque scolaires. Sa trajectoire semble écrite de l’extérieur, sans véritable intériorité vécue. Le roman prétend explorer son émancipation, mais ne lui accorde jamais une autonomie émotionnelle réelle. Elle demeure un objet de démonstration, prisonnière d’une écriture qui projette sur elle des motivations intellectualisées, rarement incarnées dans le corps, le vécu ou les contradictions intimes. À cela s’ajoute un rythme globalement dysfonctionnel. L’intrigue progresse par à-coups, engluée dans des scènes de discussions théoriques interminables avec une certaine redondance. Là où le mystère devrait se construire par la tension et l’implicite, le roman choisit l’explication, au détriment de l’efficacité narrative.
La fin, enfin, laisse un goût d’inachevé. Plutôt que de résoudre ou de subvertir les enjeux posés, elle se contente d’une clôture thématique vague, presque lâche, qui semble davantage traduire une hésitation de l’autrice qu’un choix artistique assumé. En définitive, Le Cercle de Finsbury est un roman qui veut beaucoup dire, mais qui échoue souvent à bien le dire. Son ambition intellectuelle ne suffit pas à masquer ses défauts structurels, ses faiblesses stylistiques et son regard maladroit sur ses personnages féminins. Malgré quelques fulgurances et une atmosphère londonienne parfois réussie, l’ensemble donne l’impression d’un projet prometteur desservi par une exécution négligée et une écriture trop consciente de sa propre importance.
Jess Slash'Her








