Breaking News

[CRITIQUE] : Le retour du projectionniste


Réalisateur : Orkhan Aghazadeh
Acteurs : -
Distributeur : Survivance
Budget : -
Genre : Documentaire.
Nationalité : Français, Allemand.
Durée : 1h20min

Synopsis :
Dans une région reculée des montagnes du Caucase, en Azerbaïdjan, Samid, réparateur de télévision, dépoussière son vieux projecteur 35mm de l’ère soviétique et rêve de rouvrir le cinéma de son village. Les obstacles se succèdent jusqu’à ce qu’il trouve un allié inattendu, Ayaz, jeune passionné de cinéma et de ses techniques. Les deux cinéphiles vont user de tous les stratagèmes pour que la lumière jaillisse de nouveau sur l’écran.





Et si la plus belle et authentique déclaration d'amour faite au septième art, au coeur de la déjà très riche année ciné 2026, nous venait tout simplement d'un petit village du nord de l'Azerbaïdjan, à la frontière de l'Iran ?

Alors certes, si l'on a assez souvent tendance à jouer mignon avec la carte d'une exagération qui ne connaît - absolument pas - les nuances de la modération (nous n'en sommes qu'à la troisième salve de sorties du mois de janvier, calmons-nous un brin), la question mérite néanmoins d'être posée à la vision du magnifique documentaire du wannabe cinéaste Orkhan Aghazadeh - son premier effort, pour ne rien gâcher à la fête -, Le Retour du projectionniste, qui célèbre la notion la plus élémentaire du cinéma : le partage d'une expérience collective, d'une oeuvre, à travers l'action de projeter des images à une poignée de spectateurs qui ne demande qu'à quitter, même pour une poignée de minutes, la monotonie affligeante du quotidien.

C'est la mission essentielle, vitale mais particulièrement semée d'embûches, dans laquelle se lance Samid et son jeune protégé Ayaz (un cinéaste en herbe), un projectionniste qui souhaite faire revivre son métier des cendres de l'oubli, en remettant en marche tout aussi bien son vieux projecteur (un modèle datant de l'époque soviétique, mais aussi la construction d'un cadre en bois pour l'écran, avec une toile cousue par les femmes de son village) qu'une nostalgie populaire d'une époque révolue où, même si la connexion avec le monde extérieur était des plus fragiles, la vie rurale rythmée par les saisons avait encore le droit de s'évader par le prisme du septième art.

Effort incroyablement subtil et contemplatif sur l'espoir comme l'attente, toute aussi angoissée que pleine de promesses, qui célèbre de manière romantique la magie du cinéma au plus près de l'un de ses passeurs, une figure hantée et endeuillée (et qui trouve en son assistant, un fils de substitution à qui transmettre sa passion retrouvée et intense pour le cinéma, qui lui a permis de panser en partie ses plaies) qui n'a de cesse de transgresser les limites de sa condition comme de celle de son village, pour ramener le septième art et son insouciance, là où il était censé ne plus avoir sa place.

Et même si la projection s'avèrera chaotique et affûtera plus que de raison son sens de l'improvisation, le bonhomme atteindra modestement son but : la magie fera son office dans sa salle improvisée tout autant qu'à l'écran, pour le spectateur.
Flirtant continuellement avec la frontière du docu-fiction, Le Retour du projectionniste est un petit bijou d'humanité qui célèbre le pouvoir incandescent d'un (septième) art comme lien social et intergénérationnel aussi évident qu'important, qui se doit d'être chèrement protégé et transmit.
Décemment, la séance immanquable de la semaine voire même, comme dit plus haut, peut-être l'une (déjà) des plus belles de l'année.


Jonathan Chevrier