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[CRITIQUE] : Le gâteau du président


Réalisateur : Hasan Hadi
Avec : Baneen Ahmad Nayyef, Sajad Mohamad Qasem, Waheed Thabet Khreibat, Rahim AlHaj,…
Distributeur : Tandem
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Irakien, Qatari, Américain.
Durée : 1h42min

Synopsis :
Dans l’Irak de Saddam Hussein, Lamia, 9 ans, se voit confier la lourde tâche de confectionner un gâteau pour célébrer l’anniversaire du président. Sa quête d’ingrédients, accompagnée de son ami Saeed, bouleverse son quotidien.





Il est évident, indéniable même, que l'ombre cotonneuse et si familière du cinéma au désespoir sourd - mais paradoxalement, incroyablement solaire à la fois -, de feu le faiseur de rêves iranien Abbas Kiarostami, plane au-dessus du premier passage derrière la caméra du wannabe cinéaste irakien Hasan Hadi, Le gâteau du président, une filiation qui se ressent dès la fausse simplicité/naïveté de son titre, qui masque comme assume ses contours de merveilleuse fable altruiste sauce ode à la débrouille, certes pas toujours aimable mais au lyrisme enchanteur, conté à hauteur d'enfant et au plus près d'un périple presque Homérique qui nous captive de sa première à son ultime scène.

Dit périple vécu par Lamia, jeune orpheline de neuf ans qui vit dans un marais avec sa grand-mère malade et aimante, Bibi, au coeur de l'Irak de 1991, au lendemain de l'envahissement du Koweït par Saddam Hussein, et alors que les troupes américaines ne cessent de bombarder le pays.
Si la vie continue bon gré mal gré dans la peur et la précarité la plus profonde, Hussein décide que la population doit lui rendre hommage pour son anniversaire à venir, dans une poignée de jours.
C'est cette décision ce qui nous amène enfin à Lamia : à son école, l'instituteur demande à tous les enfants de préparer diverses offrandes pour la fête du président, et la jeune fille est obligé de préparer et d'apporter le gâteau d'anniversaire.

Copyright TPC Film LLC / Tandem Films

Et c'est là, perdue dans une ville trop grande pour elle mais accompagnée de son meilleur ami Saeed (et de son coq Hindi), qu'elle se heurte aux difficultés majeures liées à sa condition précaire - et, plus largement, aux soucis économiques de toute sa nation -, puisqu'elle n'a pas l'argent pour acheter tous les ingrédients nécessaires à sa conception (la farine comme le sucre et les œufs, tribu des sanctions internationales, sont tout aussi rares et que vendus à des prix inabordables pour elle), et qu'elle va devoir faire preuve d'une débrouillardise extrême pour s'en sortir...

Oscillant tout du long entre la comédie complice et le drame vibrant, sans jamais se perdre dans les méandres d'un misérabilisme putassier dans son auscultation brute et sans concession d'une nation à l'autarcie imposée et à la violence sournoise (comme celle d'exploiter l'innocence comme le désespoir d'une jeune enfant), Le gâteau du président incarne un formidable conte naturaliste et symbolique sur une initiation à la dure aux vicissitudes cruelles et absurdes d'une vie adulte gangrenée par l'insécurité intime comme économique (une oppression continue et sans issue) où même par la corruption et l'endoctrinement idéologique.
Un premier effort sage, méticuleux et profondément doux-amer dont l'authenticité ne peut que toucher en plein coeur son auditoire.


Jonathan Chevrier