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[CRITIQUE] : Eleonora Duse


Réalisateur : Pietro Marcello
Avec : Valeria Bruni Tedeschi, Noémie Merlant, Fanni Wrochna, Fausto Russo Alesi,...
Distributeur : Ad Vitam
Budget : -
Genre : Biopic, Historique, Drame.
Nationalité : Italien, Français.
Durée : 1h55min

Synopsis :
A la fin de la Première Guerre mondiale, alors que l’Italie enterre son soldat inconnu, la grande Eleonora Duse arrive au terme d’une carrière légendaire. Mais malgré son âge et une santé fragile, celle que beaucoup considèrent comme la plus grande actrice de son époque, décide de remonter sur scène. Les récriminations de sa fille, la relation complexe avec le grand poète D’Annunzio, la montée du fascisme et l’arrivée au pouvoir de Mussolini, rien n’arrêtera Duse "la divine".





Dans un paysage cinématographique populaire majoritairement dominé/gangrenné par les " biopics modernes ", genre éprouvé et facilement déclinable (pas une semaine ne passe sans que quelques-uns ne débarquent en salles où sur les catalogues SVOD), usé jusqu'à l'extrême parce qu'il est justement l'incarnation parfaite de la facilité, pour peu que la figure choisie ait une existence un minimum remplie (quoique, ce n'est même plus véritablement un critère désormais), il arrive parfois qu'un (où ici trois) cinéaste trompe un poil les idées reçues pour bousculer un brin les attentes comme les idées préconçues.

Copyright Erika Kuenka

En ce sens, que le (petit) salut du genre vienne ces derniers mois par trois fois du cinéma italien - et par deux fois à travers le prisme d'une figure politique -, n'a sans doute rien d'un hasard : Lettres Siciliennes tout d'abord, d'un tandem Antonio Piazza/Fabio Grassadonia habitué aux récits mafieux (les excellents Salvo et Sicilian Ghost Story), Berlinguer, la grande ambition d'Andrea Segre et donc Eleonora Duse de Pietro Marcello, qu'on avait laissé sur le magnifique L'Envol, libre et déchirante adaptation du roman Alye parusa d’Aleksandr Grin qui renversait la violence d'une société centrée sur le masculin en affirmant la force du féminin.

Un biopic sensiblement moins conventionnel que la moyenne même si un brin cadenacé donc (pas si éloigné au fond, du Sarah Bernhardt, La Divine de Guillaume Nicloux), revenant sur un pan - le dernier tiers - de la vie comme de la carrière de la célèbre actrice italienne (au lendemain de la Première Guerre mondiale et face à la montée tragique du fascisme au pouvoir), entre sa remontée sur scène alors qu'elle était gravement malade et son - ultime - voyage aux États-Unis, dans ce qui se revendique moins comme un récit ancré dans une véracité historique accrue, qu'une réflexion particulièrement pertinente sur l'importance de l'art dans une société en déclin (et à l'écho contemporain des plus pertinents donc), mais aussi et surtout au coeur d'une vie qui a dédié - littéralement - sa santé comme son âme, à son exercice.

Copyright Erika Kuenka

Pas totalement biopic ciblé ni vraiment hagiographie pompeuse, flanqué dans un monde onirique littéralement au bord du gouffre, Eleonora Duse, émotionnellement comme dynamiquement sur courant alternatif (pas forcément aidé non plus par le cabotinage mignon de Valeria Bruni-Tedeschi), n'en reste pas moins une élégante porte d'ouverture vers la découverte d'une véritable icône italienne dont le talent comme l'importance, a été célébrée sur le tard.


Jonathan Chevrier