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[CRITIQUE] : Abel


Réalisateur : Elzat Eskendir
Acteurs : Erlan Toleutai, Nurzhan Beksultanova, Kaisar Deputat,...
Budget : -
Distributeur : Damned Distribution
Genre : Drame, Famille.
Nationalité : Kazakh.
Durée : 2h00min

Synopsis :
Dans le tumulte post-soviétique du Kazakhstan en 1993, les fermes collectives sont démantelées et les propriétés sur le point d'être privatisées. Les dirigeants locaux ont depuis longtemps outrepassé leurs pouvoirs officiels, se partageant les ressources comme ils l’entendent. Abel, éleveur local, voudrait simplement sa part, mais la situation est plus complexe qu’il ne l’imaginait. Doit-il jouer le jeu de la corruption ou défendre ce qui lui paraît juste ?




Au sein d'une distribution annuelle de plus en plus dense, ce qui est à la fois une bénédiction (on ne compte plus les belles découvertes au fil des mercredis) et une source de frustration incroyable (car il est humainement impossible de tout voir, sauf cas exceptionnels), il n'est désormais plus rare de voir l'émergence d'œuvres issus d'industries plus mineures voire, dans le meilleur des cas, en pleine essor, squatter des salles obscures au milieu de grosses productions rutilantes américaines, où de comédies populaires bien de chez nous - pour jouer un peu, de la caricature facile.

Un éclectisme qui est tout autant une chance (certains films se font des instantanés d'histoires et de problématiques méconnues, issus de pays qui n'ont pas réellement l'habitude de squatter nos plateformes et périphéries d'informations) qu'une force, et que l'on se doit se préserver en ouvrant, justement, nos horizons au moins autant que les petits distributeurs courageux, tentant des paris souvent à la lisière du casse-gueule - pour rester poli.

Copyright Damned Films

Preuve en est avec le premier long-métrage du wannabe cinéaste kazakh Elzat Eskendir, Abel (oui, voir une production issue du Kazakhstan qui n'est pas signée par le génial et prolifique Adilkhan Yerzhanov, atterrir dans une salle obscure, c'est clairement ce que l'on peut appeler un petit miracle de la nouvelle année... où pas loin), merveille de drame immersif à la lisière du documentaire (filmé caméra à l'épaule), flanqué dans des terres du sud-est kazakh au lendemain de la chute de l'URSS et au plus près des aternoiements d'un éleveur local luttant pour la survie des siens, confronté qu'il est de plein fouet au démantèlement des fermes collectives en passe d'être privatisées, et à une corruption qui vient gangrener encore un peu plus des répartitions pipées d'avance par un capitalisme galopant.

Désintégration brutale et désenchantée de tout un monde déjà tourmenté par le déracinement, le film se fait une chronique tout en délicatesse exacerbée et à l'humanité folle, dont la mise en scène est tout autant sobre et maîtrisée que les gestes sereins de sa figure centrale honnête et acculée, déterminé à se départir d'une situation infernale et sans issue.
Un beau drame social brut et authentique, contemplatif et follement immersif.


Jonathan Chevrier