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[CRITIQUE] : Nightborn


Réalisatrice : Hanna Bergholm
Avec : Seidi Haarla, Rupert Grint, Pamela Tola,...
Distributeur : Wild Bunch Distribution
Budget : -
Genre : Épouvante-horreur.
Nationalité : Finlandais, Lituanien, Britannique, Français.
Durée : 1h32min

Synopsis :
Rêvant de construire une vie de famille paisible, Saga et son mari Jon s’installent dans la maison où elle a passé une grande partie de son enfance, au cœur de la forêt finlandaise. Mais dès la naissance de leur enfant, et malgré un entourage qui se veut rassurant, Saga perçoit chez son bébé quelque chose d’inexplicable et d’inquiétant.




A la différence des ses petits camarades de jeu de la franchise Harry Potter, Emma Watson, Daniel Radcliffe voire même Harry Melling, difficile de ne pas constater que ce bon vieux Rupert " Ron " Grint a sensiblement loupé le train du succès depuis l'arrêt de la franchise, tant est si bien qu'il a réussit à être moins en vue que l'éternel Hermione, qui a pourtant décidé de mettre sa carrière d'actrice en pose depuis un bon moment maintenant.
Ou alors, on pourrait intimement penser qu'il s'est malencontreusement retrouvé coincé dans le wagon à bagages là ou d'autres s'amusent à voyager dans des classes supérieurs... hard life, même pour un Weasley.

Pourtant, le bonhomme ne s'est jamais réellement arrêté de tourner, mais au-delà de quelques partitions plus où moins mémorables sur le petit écran (la chouette Servant, l'éphémère - et un brin foireuse - déclinaison de Snatch), comme sur le grand écran (Charlie Countryman de Fredrik Bond, Moonwalkers du frenchy Antoine Bardou-Jacquet où encore Knock at the Cabin de M. Night Shyamalan), on ne peut pas vraiment dire que sa filmographie nous a marqué la rétine.

Copyright Bac Films

Mais c'est aussi détour d'un projet particulièrement alléchant qu'il refait surface, dans cet été définitivement beaucoup chaud pour notre bien : Nightborn, estampillé second long-métrage de la cinéaste finlandaise Hanna Bergholm dont on avait beaucoup aimé le premier, Egō, fusion délicate et inventive entre le body horror, le drame intime et psychologique et la satire acérée et gore (notamment des affres narcissiques des réseaux sociaux), encapsulée dans une sorte de cauchemar savoureusement grotesque et tragique à la fois (et pas si éloigné du tout aussi excellent Lamb de Valdimar Johannsson, dans sa manière de bouleverser l'équilibre naturel et de titiller l'étrangeté du sentiment maternel - ici lié à l'âge difficile de la puberté et de ses nombreux chamboulements -, dans un désir de redistribution des cartes et de droit au bonheur), sur une jeune fille manquant tellement d'amour au sein de son propre cercle familial, qu'elle est forcée de créer le sien.

Nighborn suit sensiblement le même mantra, que ce soit dans sa manière de ne jamais réellement quitter le carcan ensanglanté du body horror - avec un sacré enrobage de folk horror -, comme d'explorer encore plus en profondeur et avec toujours autant de paraboles organiques et émotionnelles, aussi bien les limites néfastes des idéaux familiaux conservateurs traditionnels comme modernes (qui ne sont que les terreaux fertiles de dysfonctionnements et autres angoisses profondes, encore plus avec une figure maritale insensible), que la thématique d'une maternité troublée et confrontée à son versant le plus sombre (mais sans pour autant que son exploration ne soit dénuée d'un humour - évidemment - noir), au plus près d'une figure féminine qui idéalise l'idée d'être mère (et pivot d'une famille heureuse), au point d'abandonner la vie active et son confort londonien, pour vivre avec son époux, dans la maison isolée familiale au cœur des forêts finlandaises - monumentale erreur.

Copyright Bac Films

Conte de fées angoissé et angoissant à l'atmosphère joliment sous tension, au plus près d'une femme luttant frontalement contre les séquelles physiques et psychologiques de son accouchement, frappé d'une narration jouant jusqu'à l'absurde avec la notion de flou dans son inversion brutale de la nature conventionnelle du lien mère-enfant (est-ce que la crainte viscérale de son héroïne face à un nouveau né qui a tout d'une manifestation démoniaque, est légitime où incarne t-elle une manifestation de sa dépression post-partum ?), le film, pas aidé par une écriture dramatiquement convenue et décousue (avec une caractérisation des personnages méchamment sommaire), n'en reste pas moins fascinant dans sa représentation d'une maternité pensée comme un instinct primaire, qui doit se défendre face à un nouveau né qui cherche - littéralement - à dévorer, détruire les deux versants dissemblables d'une féminité acculée.

Maladroit et pas subtil pour un sou donc mais néanmoins prenant et soigné (particulièrement sur le travail sonore), le tout avec un tandem Seidi Haarla/Rupert Grint clairement impliqué.


Jonathan Chevrier