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[CRITIQUE] : Maspalomas



Réalisateurs : José Mari Goenaga et Aitor Arregi
Acteurs : José Ramón Soroiz, Nagore Aranburu, Kandido Uranga,...
Distributeur : Epicentre Films
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Espagnol.
Durée : 1h55min.

Synopsis :
Sous le soleil brûlant de Maspalomas, aux îles Canaries, Vicente savoure depuis vingt-cinq ans une retraite insouciante. Mais un accident l’arrache à son paradis. Rapatrié à Donostia, il est placé par sa fille dans une maison de repos où le temps semble figé et où ressurgissent les fantômes du passé. À nouveau contraint de masquer son identité, une seule idée l’obsède : s’évader… et retrouver la liberté de Maspalomas.





On avait laissé le tandem José Mari Goenaga et Aitor Arregi (accompagné également de Jon Garaño, le dernier membre du trio Los Moriarti, même si entre-temps, Arregi s'en est allé tourner Marco, l’énigme d’une vie avec Garaño justement, biopic ciblé gentiment prenant qui revenait sur l'incroyable histoire vraie du syndicaliste catalan Enric Marco) entre deux confinement au détour d'une put*** de claque, La vie secrète, récit de survie édifiant et à l'humanité renversante au coeur de l'une des périodes les plus sombres de l'histoire contemporaine espagnole, cloué aux corps terrifiés d'un couple traqué par les falangistas - troupe Franquistes -, obligés de se cacher et s'isoler dans leur propre maison pendant 33 ans.

Sans la moindre fioriture ni même le moindre sentimentalisme putassier, le trio de cinéastes distillait un sentiment d'urgence douloureusement palpable dans sa mise en scène authentique et austère du cauchemar vécu par ses personnages, authentiques piliers dramatiques et plein d'amertumes d'une histoire subie, dans des conditions similaires, par des centaines de défenseurs des thèses républicaines.

Copyright Epicentre Films

On retrouve la même audace comme la même maîtrise formelle assurée avec leur nouvel effort, Maspalomas, que l'on peut - un peu grossièrement, certes - inscrire dans la droite lignée du cinéma génial et à l'érotisme assumé d'Alain Guiraudie, comédie dramatique toute aussi exaltée qu'intimiste et frappé de légères connotations personnelles pour Arregi, cloué aux basques d'un basque (ça ne s'invente pas) septuagénaire, Vincente, qui avait abandonné 25 ans plus tôt femme et enfant pour assumer son homosexualité à Maspalomas, mais qui voit son existence faîte de relations sexuelles urgentes et improvisées basculer à la suite d'un AVC, qui le ramène au chevet de sa ville au Pays basque, placé dans une maison de retraite où personne ne connaît son orientation sexuelle…

Portrait bouleversant d'un senior psychologiquement, physiquement et sentimentalement bouleversé, lancé dans un douloureux parcours du combattant, confronté qu'il est tout autant aux fantômes du passé et à une progéniture qu'il a abandonné, comme au deuil d'une autonomie et d'une liberté d'être qui le consume (il est contraint de cacher son orientation sexuelle dans la maison de retraite conservatrice où il est admis); le film, certes un poil frappé par un rythme en dents de scie (mais pas désagréable pour autant) n'en reste pas moins fascinant dans la justesse des thèmes qu'il aborde (le sexe chez le troisième âge, et qui plus est homosexuel, mais aussi les limites d'une société encore fermement ancrée dans ses relans hétéronormatifs).
Le tout dominé par un José Ramón Soroiz impérial.
Une belle et singulière surprise donc.


Jonathan Chevrier