Critiques

[CRITIQUE] : Queens


Réalisatrice : Lorene Scafaria
Acteurs : Jennifer Lopez, Constance Wu, Lili Reinhart, Julia Stiles,...
Distributeur : Metropolitan FilmExport
Budget : -
Genre : Biopic, Drame
Nationalité : Américain
Durée : 1h47min

Synopsis :
Des stripteaseuses se lient d’amitié et décident de conjuguer leurs talents pour arnaquer et prendre leur revanche sur leurs riches clients de Wall Street. Leur plan fonctionne à merveille, mais argent et vie facile les poussent à prendre de plus en plus de risques…



Critique :


Queens, de son petit nom original Hustlers, part d’une histoire folle (et vraie) racontée par la journaliste Jessica Pressler dans le New York Times en 2015, sous le titre “The Hustlers at Scores”. Des stripteaseuses, qui après le crash boursier de 2008 décident de prendre directement l’argent des cadres de Wall Street, en les aguichant, en les droguant, tout ça mené d’une main de maître par deux anciennes stripteaseuses. Le papier était un récit fort et bien construit sur des femmes. Des femmes complexes, à qui on ne donne pas beaucoup la parole, surtout dans un magazine aussi prestigieux. Victimes de préjugés sur leur profession, quand on parle de stripteaseuses, c’est surtout pour en faire un portrait moralisateur. Cet article a inspiré la réalisatrice Lorene Scafaria, à qui l’on doit déjà le surprenant (dans le bon sens) Jusqu’à ce que la fin du monde nous sépare. On ajoute un casting vedette : Jennifer Lopez, Constance Wu (qui a le vent en poupe depuis le succès de Crazy Rich Asians), l’apparition des chanteuses Cardi B et Lizzo et nous avons là un bon petit film de braquage uniquement féminin, genre en essor depuis Ocean’s 8.



Si vous êtes venus jusque dans la salle de cinéma seulement pour admirer les fesses de Jennifer Lopez, vous ne serez pas déçus, vous les verrez. Peut-être pas de la façon dont vous l’esperez cependant. Car si Queens peut paraître superficiel, avec pour unique but de montrer des actrices magnifiques, le corps glorifié par la caméra sans aucun enjeu, le film vous decevra. The Big Short de Adam McKay nous expliquait ce qui a mené au crash de 2008 de manière fun et ludique, Queens, lui, nous met directement le nez dans les conséquences, dans un monde privé de privilèges.
Destiny (Constance Wu) est issu d’un milieu pauvre, abandonnée par ses parents et élevée par sa grand-mère. Dans un New York impitoyable, elle commence à travailler dans un club de striptease, où les règles sont encore plus impitoyables. Pour gagner plus de sous, il faut en donner également autour de soi. Au DJ, au gérant, au videur, etc… pour être protégée, mise en valeur. Un soir, elle tombe sur le spectacle de pole dance de Ramona (Jennifer Lopez), elle est impressionnée par tant de classe, de pouvoir (nous aussi). Ramona a dépassé l’âge (comprenez la vingtaine) mais reste la reine du club. Elle en a compris toute les ficelles et règne avec bienveillance sur toutes les danseuses. Elle décide de prendre sous son aile (et sous son manteau de fourrure) Destiny. Elle lui ouvre un monde de possibilité : s’acheter un appartement à Manhattan, rembourser les dettes de sa grand-mère, acheter une voiture hors de prix (sous fond de Britney Spears évidemment). Mais tout se délie. Alors que 2008 arrive, le club se vide de ses clients. Et Destiny perd Ramona de vue, étant tombée enceinte entre temps de son compagnon, qui lui dit qu’il s’occupera bien d’elle. Est-ce que ce sera le cas ? Non. Se retrouvant toute seule, avec sa fille de deux ans, elle doit reprendre du service. Elle rétablit contact avec Ramona, qui a trouvé une solution pour gagner de l’argent, sans l’obligation de faire du lap-dance. Si le fait de droguer ces messieurs riches et libidineux dérange un peu Destiny, elle prendra goût au luxe de retrouver à la fois l’argent et Ramona.



Queens a plusieurs temporalité et la plupart du film se passe en flash-back, quand Destiny raconte son histoire à la journaliste, Elizabeth, à la fois horrifiée et intéressée par ce récit rocambolesque. Nous n’avons jamais le temps de nous ennuyer, Lorene Scafaria y prend garde, en tenant un rythme soutenu par les péripéties. Elle se joue des attentes des spectateurs, leur offrant un film beaucoup plus nuancé et fin que prévu. Le girl power est présent, l’amitié entre Ramona et Destiny est forte, pourtant la réalisatrice n’hésite pas à montrer les facettes plus sombres de leur personnalité, cet appât du gain qui n’est pas sans rappeler les traders de Wall Street. Ils prennent des risques fructueux, et bien elles aussi. Même si le film pointe leur côté superficiel, elles sont loin d’être idiote. C’est un besoin d’indépendance, de savoir qu’elles peuvent s’en sortir seules qui les guide (Destiny le répétera à plusieurs reprises).
Lorene Scafaria habille ses personnages de sa caméra, ces femmes dénudées, sensuelles, sans jamais rendre cela gratuit. Pourquoi ? Parce qu’elle les filme avec respect. Ces femmes sont bien évidemment plus magnifiques les unes que les autres, mais la réalisatrice veut aller plus loin que ces corps parfaits pour un regard masculin, elle cherche à filmer des femmes réelles, complexes et non pas des fantasmes. Cela fait toute la différence. Il est donc tout à fait normal de voir des stripteaseuses avec de la cellulite (enfer et damnation pour les hommes autant que pour les magazines féminins), ce qui ne les empêche ni de se déshabiller, ni de faire leur métier. Il est même encore aberrant de soulever ce point , mais tant que l’on continuera d’avoir un “scandale” pour deux cuisses qui gigotent sur une héroïne en train de courir (rappelez-vous, il y a deux ans pour Wonder Woman…), il faudra le marteler encore et encore. Et encore.



Queens est un divertissement réussi. Filmé avec panache, avec fun, sous fond de titres pop et dansants, Lorene Scafaria arrive à allier film de braquage, film de femmes, film sociétal avec brio. Elle gratte le vernis des talons haut pailletés, peint un portrait nuancé d’un monde impitoyable, où deux femmes se découvrent et se trouvent. La sororité, il n’y a que cela de vrai.


Laura Enjolvy


Laura Enjolvy

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