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[CRITIQUE] : Les Voyages de Tereza


Réalisateur : Gabriel Mascaro
Avec : Denise Weinberg, Rodrigo Santoro, Miriam Socarrás, Adanilo Reis,...
Distributeur : Paname Distribution
Budget : -
Genre : Drame, Science-fiction.
Nationalité : Brésilien.
Durée : 1h26min.

Synopsis :
Tereza a vécu toute sa vie dans une petite ville industrielle d’Amazonie. Le jour venu, elle reçoit l'ordre officiel du gouvernement de s’installer dans une colonie isolée pour personnes âgées, où elles sont amenées à « profiter » de leurs dernières années. Tereza refuse ce destin imposé et décide de partir seule à l'aventure, découvrir son pays et accomplir son rêve secret…





Il y a un parallèle assez édifiant dans le fait que le cinéma - riche et passionnant - brésilien, a embrassé une forme de liberté créative sans contrainte, à mesure que le paysage politique et social du pays s'est sensiblement assombrit, avec l'arrivée au pouvoir de Bolsonaro - dont les ravages de son mandat restent toujours palpables.
Comme s'il y avait un besoin réellement conscient, d'offrir un léger rayon de lumière et d'espoir aux spectateurs (et peut-être aussi, a soi-même), au sein d'un quotidien morose et à la tension permanente.

En ce sens, le nouveau long-métrage de Gabriel Mascaro, Les Voyages de Tereza, qui oscille entre le récit initiatique sauce troisième âge, le road movie sensoriel et le drame dystopique, incarne une oeuvre à la conscience férocement politique puisqu'elle y mêle, au-delà de ses influences hybrides et mythologico-folkloriques, une interprétation rationnelle et immédiate du présent à une réinterprétation presque onirique qui n'a, finalement, rien de si science-fictionnel au coeur d'une nation qui a connu de multiples mesures politico-sociales méchamment illibérales (couplées aux affres d'un capitalisme galopant), plombant encore plus le quotidien des populations les plus vulnérables dont le rejet institutionnel était totalement assumé.

Copyright Guillermo Garz

Dans un Brésil futuriste " mais pas trop " donc, la narration ironise sur les décisions étatiques en instaurant l'idée d'une " colonie " pour les personnages âgées qui, passé 75 ans, sont parqués dans une zone où ils ne seront plus un poids/fardeau pour leurs familles, et donc un frein à leur productivité - où comment infantiliser comme objectiver nos ainés de la plus cruelle manière qui soit.
Refusant cette dérive orwelienne et son exil forcé, le personnage de Tereza incarne une rébellion à la fois tranquille et esseulée (sa fille n'a rien d'un soutien, elle qui la supplie même de se résigner à accepter sa condition), une immigrée clandestine dépossédée de tout dans sa propre nation en souffrance, dont le salut pour échapper - fugacement - au joug autoritaire, passera autant par la concrétisation d'un rêve aussi simple qu'absurde, que par une immersion, une reconnexion essentielle à mère nature.

Scindé en trois parties distinctes comme autant de rencontres essentielles qui ramène continuellement son héroïne à sa propre existence, Les Voyages de Tereza se fait beau et atypique chemin vers la libération comme une réelle redécouverte de soi, un effort picaresque et parsemé de délicates touches fantastiques, filmé au plus près des corps mûrs qui expriment leur émancipation comme leur désir d'exister face à une répression totale - vieillir n'est pas un synonyme de mort, ni d'illégalité.
La (très) jolie découverte de la semaine.


Jonathan Chevrier