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[CRITIQUE] : It’s Never Over, Jeff Buckley


Réalisatrice : Amy Berg
Avec : Jeff Buckley.
Distributeur : Piece of Magic Entertainment France
Budget : -
Genre : Documentaire, Musical.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h46min.

Synopsis :
It’s Never Over, Jeff Buckley, réalisé par la cinéaste nommée aux Oscars, Amy Berg, retrace la vie de ce jeune prodige à la voix céleste et à l'art audacieux, qui a laissé le monde musical des années 90 sous le choc en mourant brutalement à 30 ans, peu après la sortie de son premier album acclamé par la critique, “Grace”.
À travers des images d’archives inédites et des témoignages intimes de sa mère, Mary Guibert, de ses anciennes compagnes, Rebecca Moore et Joan Wasser, de ses ex-musiciens, Michael Tighe et Parker Kindred, ainsi que de personnalités influentes comme Ben Harper et Aimee Mann, It’s Never Over, Jeff Buckley met en lumière l'une des icônes les plus influentes et énigmatiques de la musique moderne.






C'est paradoxal voire même presque contradictoire, on est d'accord, mais à une heure où le biopic musical se sent parfois comme la proposition la plus cheap et facilement déclinable du marché, la faute à des productions qui ne sont souvent guère plus que des exercices glorifiés de gestion de marques/icônes, articulés entre des numéros musicaux fédérateurs - et à la lisière du fan service (trop) respectueux -, et une narration distribuant avec plus ou moins de finesse des informations biographiques approuvées par la succession et/ou les proches des défunts; le documentaire musical lui, peut-être plus conventionnel encore, s'avère finalement moins " critiquable " lorsqu'il suit scrupuleusement même les chemins les plus balisés qui soient.

Les petites injustices de la vie direz-vous, mais pas tant que cela puisque le documentaire n'a pas un canevas d'approche plus étendu que la fiction, ni n'est pas obligé de jouer la carte du juke-box sans âme pour combler un manque de vision initiale.

Copyright Magnolia Pictures

En ce sens, et quand bien même il ne fait forcément trop d'effort pour renouveler une popote familière à tous, It’s Never Over, Jeff Buckley d'Amy Berg (les excellents Deliver Is from Evil et Janis: Little Girl Blue) jouit d'une belle immunité tant il joue la carte de la biographie chronologique tout autant qu'il permet d'offrir un regard authentique et didactique sur l'enfant prodige de la musique qu'était Jeff Buckley, un de ses artistes malmenés par la vie et sensibles à la disparition prématurée dont elle retrace l'ascension fulgurante et tragique au coeur des années 90, au plus près notamment de la conception de son seul et unique album - Grace.

La cinéaste déconstruit la figure de l'icône pour mieux souligner l'homme ordinaire niché derrière (notamment au plus près des figures féminines importantes de son existence), tente de percer la complexité du personnage au détour aussi bien de sa musique - radicale - que d'une mosaïque d'éléments intimes (témoignages tendres et nostalgiques de proches, images d'archives, extraits audio d'interviews et de messages personnels,...), et accouche in fine d'un portrait certes un poil convenu mais pudique et poignant, qui admet son incapacité à saisir l'insaisissable abîmé tout en sublimant la lumière éclatante d'une voix à part, électrisante et définitivement éteinte trop tôt.


Jonathan Chevrier