Claire Denis

[CRITIQUE] : High Life


Réalisateur : Claire Denis
Acteurs : Robert Pattinson, Juliette Binoche, Mia Goth, André Benjamin,...
Distributeur : Wild Bunch
Budget : -
Genre : Science-fiction.
Nationalité : Français, Allemand, Britannique, Polonais.
Durée : 1h51min.

Synopsis :
Un groupe de criminels condamnés à mort accepte de commuer leur peine et de devenir les cobayes d’une mission spatiale en dehors du système solaire. Une mission hors normes



Critique :

Il y avait, avant même que la moindre image ne vienne pointer le bout de son nez sur la toile, quelque chose de profondément excitant à l'idée de voir Claire Denis nous convier à un voyage spatial des plus cauchemardesque, une odyssée sans retour pour aborder l'infini mystère de trous noirs - et tenter d'en exploiter leur énergie - qui ne tarderont pas à devenir rien de moins que l'une des antichambres de l'enfer.
Car au-delà de son illustre et alléchant casting (Robert Pattinson, Juliette Binoche, Mia Goth...), c'est bien le fait de voir la maman de Trouble Every Day s'essayer au genre exigeant de la SF avec High Life et de s'inscrire dans les pas, entre autres, de Stanley Kubrick et Ridley Scott, qui primait le plus.
De la science fiction par une cinéaste maîtrisant justement, et plus que nombreux de ses camarades cinéastes, la science de la fiction et de son questionnement sur le regard du spectateur, qui dit mieux ?



Pas grand monde, tant elle s'échine ici à faire de son nouvel essai, autant une véritable appropriation d'un genre peu fréquent en salles (et encore moins dans l'hexagone) que la quintessence d'un cinéma radical et sensible primant pleinement sur le sensitif et le sensoriel plus que tout autre chose, et dont la dévotion singulière à l'image si reconnaissable parmi tant d'autres, transpire comme rarement à l'écran.
Plus proche de l'univers de Tarkovski (qu'elle épouse et perverti à sa guise) que de ceux de Kubrick et Scott, citant, volontairement où non, son merveilleux Les Salauds, démarrant son oeuvre sur une ouverture poétique avant de la clôturer dans un climax émouvant;
la cinéaste décortique à nouveau avec fascination la nature humaine dans un sommet de huis clos claustrophobique où les pulsions broyent avec autant de faciliter que la solitude, les parois d'un vaisseau-prison (une prison dans l'espace, on ne peut pas faire plus ultime comme symbole de sollitude absolu) déconnecté du réel, où les membres de l'équipage se massacrent à petits feux pour le bien d'une science manipulatrice et d’obscures expériences de procréation assistée et de quête énergétique dans des trous noirs - tout un symbole là aussi.
La procréation et le désir de l'autre confronté à l'autodestruction primaire, l'animalité, le rejet de l'autre et le vide sidéral.



Bouleversant autant les repaires que les certitudes et les attentes avec sa narration (volontairement) limitée et obsédante (non-chronologique et elliptique), véritable trip hallucinatoire violent, délicat et plein de détresse sur la notion de servitude extrême, mettant à l'épreuve à la fois son auditoire et ses interprètes (Juliette Binoche et Robert Pattinson sont brillants), High Life est thriller SF d'une densité psychologique indécente, un sommet d'horreur spatial anti-spectaculaire, contemplatif et (franchement) déviant sur le besoin d'existence - souvent contradictoire - de l'humanité, faisant plus parler les corps que les mots dans un balai des sens où la vie et la mort s'enlacent pour ne plus former qu'un dans le chaos le plus complet et incontrôlable.
Excitant, enivrant et définitivement fascinant.


Jonathan Chevrier

John Chevrier

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