Anaïs

[CRITIQUE] : Une Prière avant l'Aube


Réalisateur : Jean-Stéphane Sauvaire
Acteurs : Joe Cole, Vithaya Pansringarm, Panya Yimmumphai,...
Distributeur : Wild Bunch
Budget : -
Genre : Action, Thriller.
Nationalité : Français
Durée : 1h57min

Synopsis :
L’histoire vraie de Billy Moore, jeune boxeur anglais incarcéré dans une prison en Thaïlande pour détention de drogue. Dans cet enfer, il est rapidement confronté à la violence des gangs et n’a plus que deux choix : mourir ou survivre. Lorsque l’administration pénitentiaire l'autorise à participer à des tournois de Muay-Thai, Billy donne tout ce qui lui reste.




Critique :



D'aucuns diront du nouveau film de Jean-Stéphane Sauvaire qu'il s'agit d'un survival, d'un film de boxe, d'une plongée dans l'univers pénitentiaire, d'un biopic sur la rédemption ou bien d'un peu tout ça à la fois. Ce serait toutefois passer à côté de sa dimension ontologique car Une Prière avant l'Aube n'est autre qu'un film sur l'humain, dans ce qu'il a de plus métaphysique et charnel à la fois. Métaphysique d'abord car on assiste à l'errance puis à la réhabilitation d'un toxicomane au prix d'un âpre combat avec lui-même – figuré par une scène finale aussi poignante que désarmante. Charnel ensuite car le corps s'avère être le noyau dur du film et que la caméra de Sauvaire scrute l'anatomie en même temps qu'elle sculpte l'âme. 




Plans rapprochés et plans séquences immergent le spectateur dans une profusion de chair hétéroclite, de la rondeur d'un sein à la raideur d'une nuque. La foule de tatouages énigmatiques se heurte à un amas de muscles retors. Les corps sont agglutinés, superposés, ne forment qu'un, sans doute pour refléter les rapports de force entre identité et communauté. Le réalisateur de Johnny Mad Dog sature brillamment l'espace – et rappelle ainsi les conditions des prisons thaïlandaises dont le taux d'occupation avoisine les 225 % – mais aussi le son où jaillit toute la violence du milieu carcéral. 2h d'angoisses contenues, de résignation enragée et de cris non sous-titrés qui traduisent l'isolement de Billy Moore (interprété par le toujours aussi prometteur Joe Cole) mais aussi et surtout sa résilience incroyable. 




La restitution du chaos pénitentiaire est d'autant plus saisissante que Sauvaire alterne des séquences de cacophonie et brutalité insoutenables à la tendresse d'un silence hallucinatoire ou amoureux (magnifiques scènes – en apesanteur presque – avec un ladyboy). L'humanité transparaît alors par soubresaut : dans un sourire ou une bataille d'oreillers.
On pourra toutefois regretter que ce travail formel – volontairement extrême – tende à écraser son sujet. En effet, si Sauvaire tire le meilleur de sa réalisation et de son casting – composé majoritairement d'acteurs non-professionnels –, il peine en revanche à transcender le genre très codifié du détenu-qui-trouve-la-rédemption-en-prison et jusqu'ici immortalisé par Midnight Express. Le scénario aura ainsi tôt fait de lasser ceux qui trouvent d'ores et déjà la thématique éculée. 




On ressort toutefois sonné par cette adaptation d'une histoire vraie (A Prayer Before Dawn : A Nightmare in Thailand) d'une violence absolue bien que jamais gratuite. Un uppercut qui fera assurément son petit effet chez ceux qui n'attendent pas de Sauvaire qu'il révolutionne le genre mais « simplement » qu'il le sublime.

Anaïs 

John Chevrier

0 commentaires:

Enregistrer un commentaire

Fourni par Blogger.