Copland

[TOUCHE PAS NON PLUS À MES 90ϟs] : #10. Cop Land

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Nous sommes tous un peu nostalgique de ce que l'on considère, parfois à raison, comme l'une des plus plaisantes époques de l'industrie cinématographique : le cinéma béni des 90's, avec ses petits bijoux, ses séries B burnées et ses savoureux (si...) nanars.
Une époque de tous les possibles où les héros étaient des humains qui ne se balladaient pas tous en collants, qui ne réalisaient pas leurs prouesses à coups d'effets spéciaux et de fonds verts, une époque où les petits studios venaient jouer dans la même cour que les grosses majors légendaires, où les enfants et l'imaginaire avaient leurs mots à dire,...
Bref, les 90's c'était bien, tout comme les 90's, voilà pourquoi on se fait le petit plaisir de créer une section où l'on ne parle QUE de ça et ce, sans la moindre modération.
Alors attachez bien vos ceintures, prenez votre ticket magique, votre spray anti-Dinos et la pillule rouge de Morpheus : on se replonge illico dans les années 90 !





#10. Copland de James Mangold (1997)

Il y a quelque chose de franchement frustrant à l'idée de se dire que les années 90 n'ont quasiment rien apporté à la carrière de Sylvester Stallone, dont la légende a été façonnée durant les glorieuses 80's (et un peu les 70's, quand-même), avant de devoir attendre le crépuscule des années 2000, pour renaître de ses cendres tel un phoenix déjà bien usé par le temps.
Quasiment, car au-delà d'excellentes péloches hautement défendables (Cliffhanger, Demolition Man, Daylight,...), elles lui auront surtout offerte une éclaircie inattendue, une partition en parfait contre-emploi de ce qu'il a toujours été, soit l'incarnation vivante des deux facettes bien distinctes du héros à l'américaine.
Une véritable chance pour laquelle il donnera toutes ses tripes, quitte à littéralement se métamorphoser, physiquement tout du moins (ce qui n'est pas rien pour un acteur vouant un culte à son physique), pour l'occasion : le rôle du shérif bedonnant et à moitié sourd Freddy Heflin, dans le formidable Copland (Cop Land en V.O, titre grammaticalement plus juste) de James Mangold.

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De loin l'un de ses plus beaux rôles à ce jour, et dont les similitudes autant avec son propre parcours qu'avec son personnage fétiche, Rocky Balboa, sont aussi éloquantes que franchement fascinantes à décortiquer, même 22 ans plus tard.
Second long-métrage imposé au forceps par Mangold (il a écrit le script, il voulait absolument le mettre en scène), après avoir circulé un bon moment à Hollywood (Hanks, Travolta et même Cruise auraient pu briguer la place de Sly), la péloche suit l'histoire d'un petit patelin faussement tranquille du New Jersey, Garrison, tellement proche et pourtant si loin de la Grosse Pomme (séparé par un pont, accentuant l'aura mystique d'une traversée entre le bien et le mal, totalement brouillé au fil du film), qui est devenu au fil des décennies le QG à peine masqué et la planque parfaite pour une poignée de flics gentiment corruptibles.
Gérée d'une main conscilliante et volontairement aveugle par un shérif moqué - Heflin donc -, handicapé à la suite d'un accident de jeunesse (il est devenu sourd d'une oreille), cette frontière suburbaine sans chaos, ce véritable paradis pour poulets va pourtant vite s'effondrer sous le poids d'une affaire de bavure, de corruption et de meurtre, ou les dits représentants véreux de la loi, vont devoir affronter le revers d'une justice qu'ils sont censés appliquer, personnifié par un vrai gars de la grande ville, un lieutenant tenace et intègre.
Le tout avec Heflin au milieu, et par extension Stallone, dans une oeuvre qui n'est pas sienne mais qui nous apparait pourtant furieusement personnelle et cathartique.
Car au-delà du polar bien huilé sauce 70's - Serpico en tête - sur la corruption policière croquée comme une fable moraliste mais surtout un western (genre de prédilection de Mangold, qu'il abordera plus franchement dans 3h10 To Yuma, puis plus subtilement, dans la rage et le sang, avec Logan) urbain au final crépusculaire (c'est celui qui dégaine le plus vite, qui survit), si Copland marque autant - tout du moins pour les amoureux de l'éternel Étalon Italien -, c'est pour son aura " Stallon-esque ", qui va bien plus loin qu'une simple incarnation habitée et physiquement impliquée (plus de vingt kilos en plus dans la balance), où Sly étale toute l'étendue des nuances de sa palette de jeu dans un souci de casser sa routine.

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Impossible de ne pas voir dans ce vrai pari à part entière, d'un comédien qui se sait à bout de souffle et qui est pleinement conscient qu'on ne le voit pas en dehors du cinéma d'action (le plus grand drame de sa carrière), le Sly des débuts , celui en qui l'on ne croit pas - ou plus -, celui qui se montre sans artifices, épousant la moindre banalité apparante de son personnage pour la transcender, et l'élever au-dessus de son simple statut de regular guy.
Comme Rocky Balboa au fond, lui aussi loser magnifique incroyablement touchant, noble et romantique, raillé par beaucoup, vrai prolo au grand coeur qui n'a pas décemment la vie dont il a toujours rêvé.
A la différence que Rocky lui, qui n'a pas le regard bouleversant d'un chien battu mais bien celui d'un tigre qui ne demande qu'à sortir de sa cage, n'est pas renfermé sur lui-même et ne courbe absolument pas l'échine face à l'adversité, puisqu'il l'a combat fiérement, quitte à recevoir bien plus de coups qu'il n'en donne.
Mais le parallèle le plus fort à déceler, reste bien celui entre cet anti-héros droopy-esque et Stallone himself, au sein de la cruelle jungle Hollywoodienne, qui recrache ses héros aussi vite qu'elle les propulse au firmament du star-système.
Tout comme lui, il fait son job malgré les critiques faciles et assassines (même si certains argueront qu'il les cherche parfois, vu ses choix artistiques douteux), tout comme lui, il est confronté à des hommes qui font le même métier que lui, mais dont la considération est totalement autre.
Il n'était pourtant pas si loin d'être dans la même cours des " grands ", celle de De Niro et Keitel ses partenaires de jeux dans le film, la faute à, comme dit plus haut, des choix mi-hasardeux mi-peu soutenu par le public et les critiques.
Et pourtant, quand on les place sur un même pied d'égalité - un film/une enquête -, ils prouvent tous les deux qu'ils peuvent valoir bien plus que la piètre opinion qu'ils ont d'eux-mêmes, mais surtout bien plus que l'opinion que le monde (l'industrie, ses pairs) peut avoir d'eux.


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S'il n'a pas eu l'effet escompté sur sa carrière (pire, il connaîtra juste après, une véritable traversée du désert de près d'une décennie), et qu'il incarne presque un OFNI au sein de sa carrière (la preuve, fugace, de ce qu'elle aurait pu être avec des propositions plus solides, ambitieuses et moins musclées), Copland n'en est pas moins, au-delà d'être un superbe polar noir et mélancolique (l'un des meilleurs des 90's), tricotés autour des thèmes de l'engagement, du courage et de la rédemption, le véhicule sur pellicule le plus significatif de son immense talent... en dehors de la légendaire saga Rocky.
Et que ceux qui rient face à cette vérité, aillent poliment se faire fou***.


Jonathan Chevrier

John Chevrier

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