[CRITIQUE] : L'Age d'or
Réalisateur : Bérenger Thouin
Acteurs : Souheila Yacoub, Vassili Schneider, Yile Yara Vianello, Pierre-Antoine Billon,...
Distributeur : Pyramide Distribution
Budget : -
Genre : Drame, Historique.
Nationalité : Français, Italien.
Durée : 1h53min.
Synopsis :
La vie hors-norme de Jeanne Lavaur n’appartient qu’à elle-même. Elle traverse le XXème siècle et défie son destin, depuis son enfance dans la boucherie de ses parents jusqu’à son rêve de devenir comtesse. D’une guerre à l’autre, du Paris des années folles au Brésil, son chemin croise l’Histoire et embrasse le monde, aux côtés de Guillaume de Barante et de l’intrépide Céleste.
Depuis quelques années, le cinéma propose de plus en plus de films revenant sur le début du XXe siècle. Montée du fascisme oblige, la mémoire revient en arrière, donnant l’impression que l’Histoire ne fait que se répéter. Après Des rayons et des ombres de Xavier Giannoli, Notre Salut d’Emmanuelle Marre ou encore Moulin de László Nemes, c’est au tour du réalisateur Bérenger Thouin de s'attaquer à cette période. Pour son premier film, il explore la vie de Jeanne Lavaur. De fille de boucher à chef d’entreprise faisant preuve de complaisance avec l’Allemagne nazie, en passant par les Années folles au Brésil, la jeune femme va vivre mille vies pour le meilleur, mais aussi pour le pire.
Dans le fond, cette intrigue ressemble à nombre de récits ayant été mis en images maintes fois. Et c’est malheureusement le cas. Thouin tente de raconter toute une vie complexe et mouvementée en moins de 2 h, jonglant entre différentes années et différents lieux géographiques trop rapidement, enchaînant les ellipses. Aussitôt une situation est posée que notre personnage voit sa vie chamboulée. Il en devient parfois épuisant de suivre cette aventure.
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Mais c’est sur la forme que L'Âge d’or intéresse le plus. Pour ce film, Bérenger Thouin s’est lancé le défi d’utiliser à de nombreuses reprises des images d’archives qui ont été restaurées et, parfois, colorisées. Ainsi, ce mélange de fiction et de réalité. Un style particulier, mais d’une très grande qualité (notamment lors du passage sur les inondations de Paris). Il y a aussi un travail assez fou sur les images tournées par Thouin afin de les « vieillir », pour qu’elles ne détonnent pas trop avec les images d’archives. Le résultat est qu’il est parfois difficile de les distinguer.
Cependant, on ressent un sentiment d’inabouti à la fin de L’Age d’or. Plus particulièrement, une impression que le film subit ses contraintes techniques plus qu’il ne joue avec. Comme dit plus tôt, certaines images sont en couleur et d’autres non. Cela s’applique aux images d’archives et de tournage. Sauf que les changements entre couleur et noir et blanc ne semblent pas vraiment suivre une logique artistique ou une direction artistique précise. Ils semblent plutôt être contraints par les limitations de colorisation des anciennes images. Le film passe en noir et blanc pour correspondre avec l’archive précédente ou suivante, et non pour raconter quelque chose. De plus, certains passages d’archives sont doublés. Et si le soin pour le travail de l’image a été colossal, on ne peut pas en dire de même pour le doublage, qui laisse très souvent à désirer.
Il serait aussi temps d’interroger cette tendance qu’a le cinéma, depuis quelque temps, à excuser des personnages ayant collaboré, ou au moins à vouloir nous faire compatir à leur sort. On a eu l’exemple plus tôt dans l’année avec Des rayons et des ombres (qui allait même jusqu’à inventer des passages de la vie de Jean Luchaire pour le faire passer pour une victime de la Résistance, voire pour un résistant), et on a la même situation avec L'Âge d’or. En effet, dès le début du film, on voit Jeanne Lavaur être fait prisonnière par des résistants. On comprendra bien plus tard pourquoi. A l’heure de la montée du fascisme dans le monde, il est, si ce n’est dangereux, au moins inconscient de vouloir nous attendrir devant leur sort.
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Le mélange d’images réelles d’archives et de fiction de L'Âge d’or est ce qui en fait sa qualité, mais aussi son défaut. Il est indéniable que le travail est magnifique. Cependant, cela contraint beaucoup trop le film dans sa forme, mais aussi dans son fond. N’en ressort que l’impression que Bérenger Thouin a essayé de broder un film autour de ces images. Le résultat est un film inabouti. Reste une performance technique intéressante et une Souheila Yacoub impressionnante.
Livio Lonardi



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