[CRITIQUE] : Quelques mots d'amour
Réalisateur : Rudi Rosenberg
Acteurs : Hafsia Herzi, Nour Salam, Ella Bedoucha,...
Distributeur : Ad Vitam
Budget : -
Genre : Comédie dramatique.
Nationalité : Français.
Durée : 1h37min.
Synopsis :
Sarcelles, 1995. Erika élève seule ses deux enfants. Sa fille Abigaëlle se persuade que son père, qu’elle n’a jamais connu, l’aime en silence quelque part. Lorsqu’elle se met en tête de le retrouver, Erika se sent obligée de l’aider, tout en cherchant à la protéger. En grandissant, la quête d’Abigaëlle se transforme en obsession, entraînant avec elle sa mère, sa meilleure amie, et tous ceux qui comptent.
Depuis une petite quinzaine d'années maintenant - une fourchette large, on est d'accord -, même si cet effort s'avère encore bien trop minoritaire pour s'approcher un tant soit peu d'un constat égalitaire (où même d'une quelconque forme d'évolution pérenne), plusieurs cinéastes osent l'idée de mettre en boîte des odyssées en partie ou totalement au féminin au coeur de la vie en banlieue, dont le prisme est depuis longtemps, sensiblement une question d'homme.
Des œuvres telles que le second long-métrage d'un Rudi Rosenberg que l'on avait découvert il y a onze ans avec le très chouette Le Nouveau (tendre mais néanmoins rugueuse chronique adolescente à hauteur de collégiens), Quelques mots d'amour, qui marque dans sa volonté d'incarner un récit idiosyncratique loin des canons habituels du coming of age movie (comme Le Nouveau...), pas toujours au meilleur de sa forme dans l'hexagone (même si, là encore, plusieurs jolis contre-exemples récents viennent contredire des décennies de panouilles potacho-faciles), mais aussi frappé d'un refus louable de ne jamais se laisser aller à un misérabilisme/sentimentalisme putassier.
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| Copyright Chi Fou Mi Productions |
Entre le dramédie familiale mélancolique à hauteur de mômes/adolescents lentement mais sûrement confrontées aux secrets du passé, et la balade ludique sous fond de quête frénétique d'une figure paternelle - volontairement - disparue, au plus près d'une gamine dont la construction enfantine a été marquée par l'image idéalisée - et obsessionnelle - d'un père qu'elle n'a jamais connue et avec qui elle a toujours voulu renouer (tout en tentant, difficilement, d'accepter son absence à défaut de pouvoir la comprendre); Rosenberg dresse un portrait brut et touchant des tensions comme des ravages émotionnels derrière l'abandon paternel, au sein d'un foyer monoparental aussi aimant que fragile, le tout enlacé dans un regard brut et spontané, expurgé de toute stigmatisation (sans pour autant masquer la vérité exiguë des intérieurs parfois étroits), de l'énergie comme de la vie en banlieue au coeur des années 90/2000.
Véritable anatomie d'une absence qui nourrit les fissures d'une cellule familiale tendue (dominée par une Hafsia Herzi parfaite en matriarche tiraillée entre le désir de préserver la chair de sa chair des dures vérités d'un rejet, et la nécessité évidente de rompre une obsession profondément dévastatrice pour tout le monde, comme pour son jeune fils laissé de côté), dressée sur une double temporalité témoignant d'une cicatrice affective qui, à défaut de guérir, n'a eu de cesse de s'infecter, Quelques mots d'amour est une belle proposition au charme joliment naturaliste, où une gravité émotionnelle complexe épouse un humour aussi doux-amer que complice.
Un solide effort de la confirmation donc, onze ans plus tard.
Jonathan Chevrier









