[SƎANCES FANTASTIQUES] : #141. Don't Buy the Seller
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Parce que les (géniales) sections #TouchePasAMes80s et #TouchePasNonPlusAMes90s, sont un peu trop restreintes pour laisser exploser notre amour du cinéma de genre, la Fucking Team se lance dans une nouvelle aventure : #SectionsFantastiques, ou l'on pourra autant traiter des chefs-d'œuvres de la Hammer que des pépites du cinéma bis transalpin, en passant par les slashers des 70s/80s et quelques hauts faits du thriller sous tension; mais surtout montrer un brin la richesse d'un cinéma fantastique aussi abondant qu'il est passionnant à décortiquer. Bref, veillez à ce que les lumières soient éteintes, qu'un monstre soit bien caché sous vos fauteuils/lits et laissez-vous embarquer par la lecture nos billets !
Sorti en 2023, Don't Buy the Seller de Park Hee-gon s’inscrit dans une tendance récente du thriller sud-coréen qui explore les angoisses contemporaines liées aux technologies numériques et aux interactions anonymes. Le film repose sur un point de départ simple mais particulièrement efficace : une jeune femme devient la cible d’un individu dangereux après avoir acheté un objet défectueux sur une plateforme de vente en ligne et avoir laissé un avis négatif. Cette prémisse, inspirée de situations réelles liées au commerce entre particuliers sur internet, permet au film de transformer un geste banal du quotidien en source de terreur. La genèse du projet naît précisément de cette observation sociale : dans une société hyperconnectée où les transactions numériques sont omniprésentes, la frontière entre vie privée et espace public devient fragile, ouvrant la voie à de nouvelles formes de harcèlement et de violence.
Park Hee-gon, qui avait auparavant travaillé comme scénariste et réalisateur sur plusieurs thrillers et films d’action, développe ici un projet centré sur la vulnérabilité des individus dans un environnement numérique. Le film s’appuie sur une inquiétude très contemporaine : la facilité avec laquelle des inconnus peuvent accéder à des informations personnelles à partir de traces numériques. Cette idée constitue le moteur dramatique du récit. L’héroïne découvre progressivement que le vendeur qu’elle a dénoncé possède non seulement son adresse mais aussi une capacité inquiétante à manipuler les systèmes technologiques pour l’isoler et la menacer. Le scénario transforme ainsi un conflit commercial anodin en une spirale de paranoïa et de danger physique.
Le rôle principal est interprété par Shin Hye-sun, actrice connue pour sa polyvalence entre comédie et drame. Elle incarne Soo-hyun, une jeune femme ordinaire dont la vie bascule à la suite de cet incident. Sa performance repose sur une progression psychologique subtile : le personnage passe d’une irritation quotidienne face à un vendeur malhonnête à une peur croissante devant l’ampleur de la menace. Shin Hye-sun parvient à rendre crédible cette transformation en jouant sur des réactions réalistes, notamment la confusion et l’impuissance face à un harcèlement qui dépasse progressivement le cadre de l’échange sur application.
La mise en scène privilégie une approche réaliste qui accentue la proximité entre la fiction et la vie quotidienne. Park Hee-gon utilise fréquemment des décors urbains ordinaires — appartements, parkings souterrains, rues résidentielles — pour montrer comment la menace s’infiltre dans les espaces familiers. La photographie adopte une palette visuelle relativement froide, dominée par des éclairages artificiels et des environnements nocturnes qui renforcent l’atmosphère de surveillance et de suspicion. Le film exploite également les écrans comme éléments narratifs : smartphones, interfaces d’applications et messages apparaissent régulièrement à l’image, rappelant que le conflit trouve son origine dans un espace numérique qui influence directement le monde physique.
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Le montage contribue à créer une tension progressive plutôt qu’une succession de chocs violents. Les scènes de confrontation directe sont relativement rares ; la peur naît surtout de la sensation d’être observé ou manipulé à distance. Park Hee-gon joue sur l’attente et l’incertitude, laissant parfois planer le doute sur la présence réelle de l’antagoniste. Cette stratégie narrative renforce l’idée que la menace virtuelle est diffuse et difficile à localiser. La bande sonore participe également à cette atmosphère : les sons quotidiens notamment les notifications du téléphone deviennent progressivement des signaux inquiétants.
Au-delà de son efficacité en tant que thriller, Don't Buy the Seller développe plusieurs lignes de lecture liées aux transformations sociales contemporaines. Le film interroge d’abord la culture des plateformes numériques et l’économie de la réputation qui les accompagne. Les systèmes d’évaluation, censés garantir la confiance entre utilisateurs, deviennent ici le point de départ du conflit. L’avis négatif laissé par l’héroïne agit comme une atteinte à l’ego du vendeur, déclenchant une réaction disproportionnée. Cette situation met en lumière la fragilité des interactions en ligne, où un simple commentaire peut provoquer des conséquences imprévisibles.
Le film aborde également la question de la solitude dans les sociétés urbaines modernes. L’héroïne vit dans un environnement densément peuplé mais se retrouve souvent isolée face à la menace. Les institutions telle que la police, ses voisins, ou les services clients des plateformes numériques, apparaissent initialement incapables de comprendre la gravité de la situation. Cette représentation souligne la difficulté de faire reconnaître certaines formes de harcèlement numérique, souvent perçues comme des conflits mineurs jusqu’à ce qu’elles dégénèrent.
Une autre approche concerne la transformation du crime à l’ère des réseaux. Le film suggère que la technologie offre de nouveaux outils aux individus malveillants, leur permettant de surveiller, manipuler ou intimider leurs victimes avec une efficacité accrue. Le danger ne provient plus seulement de la violence physique directe mais de la capacité à exploiter les données personnelles et les infrastructures dématérialisées. Cette dimension renforce le sentiment de vulnérabilité du personnage principal et, par extension, celui du spectateur.
Dans l’ensemble, Don't Buy the Seller fonctionne comme un thriller ancré dans les anxiétés contemporaines. Park Hee-gon y combine un récit de traque classique avec une réflexion sur les risques liés à la vie numérique. Sans recourir à une violence excessive, le film parvient à instaurer une tension constante en montrant comment une interaction banale peut devenir le point de départ d’une spirale dangereuse. Cette approche confère au film une dimension particulièrement inquiétante : l’histoire repose sur des situations familières pour la plupart des spectateurs, transformant un geste que nous avons déjà tous fait comme acheter un objet en ligne et laisser un avis dessus, comme le déclencheur d’un cauchemar moderne.









