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[CRITIQUE] : Memory Of Princess Mumbi


Réalisateur : Damien Hauser
Avec : Shandra Apondi, Ibrahim Joseph, Samson Waithaka,...
Distributeur : Destiny Films
Budget : -
Genre : Drame, Science-fiction.
Nationalité : Suisse, Kenyan.
Durée : 1h19min.

Synopsis :
En 2093, le cinéaste Kuve se rend à Umata pour filmer un documentaire sur la Grande Guerre des années 2070, qui a effacé les technologies modernes et fait renaître d'anciens royaumes. Il y rencontre Mumbi, qui le met au défi de réaliser son film sans intelligence artificielle. Il commence alors à comprendre que même les plus petits moments peuvent être d'une profonde beauté.




Pas forcément le cinéma le plus expressif et prolifique de l'Afrique de l'est - et encore moins du continent dans toute son entièreté -, le cinéma kenyan n'en reste pas moins plein d'ambition et de promesses, les habitués de la Croisette Cannoise ne pourront qu'attester cette vérité en se rappelant au bon souvenir du magnifique Rafiki, second long-métrage de la réalisatrice Wanuri Kahiu, estampillé premier film kenyan sélectionné en compétition officielle à Cannes (et, accessoirement, interdit de sortie dans son propre pays, ou l'intolérance face à l'homosexualité était - et soit être encore - particulièrement violente), romance sensuelo-queer dans l'ombre de Roméo et Juliette (entre deux femmes unies dans leur refus de conformisme de deux femmes voulant tout simplement vivre leur vie et leur passion), bifurquant généreusement tout autant vers le coming of age movie à l'énergie pop férocement communicative et visuellement inspirée (flanqué dans une Nairobi toute aussi dynamique), que vers le film social africain et le wannabe teen movie indé US glissant lentement vers la tragédie.

Copyright Destiny Films

Memory Of Princess Mumbi, nouveau long-métrage d'un couteau suisse Damien Hauser qui jusqu'ici n'avait pas encore invité à squatter nos salles obscures (et qui porte ici les casquettes de réalisateur, scénariste, producteur, monteur, directeur de la photographie, compositeur,...), prétend à soutenir cette même ambition folle du cinéma local, à travers une sorte de vrai/faux documentaire science-fictionnel et rétrospectif qui, tout comme Radu Jude et son déglingué Dracula, use abondamment de l'intelligence artificielle pour mieux en pointer les possibilités - illimités - comme les dérives - toutes aussi denses -, au détour d'un pitch dystopico-loufoque (en 2093, le cinéaste Kuve se rend à Umata pour filmer un documentaire sur la Grande Guerre des années 2070, qui a effacé les technologies modernes et fait renaître d'anciens royaumes, terres où il y rencontre Mumbi, qui le met au défi de réaliser son film sans intelligence artificielle) où le personnage principal se refuse justement, de modifier les images de son documentaire par l'usage de l'IA (!).

Tout un programme qui, à la différence du dernier effort en date du magicien roumain, se fait résolument plus digeste et prenant, tant Hauser déploie un univers à la fois brutal et onirique (des bidonvilles aux populations lessivées par la guerre mais aux couleurs merveilleusement chaleureuses), sorte de fusion avec le réel et un imaginaire à connotation cartoonesque, pour mieux nourrir sa dystopie sous fond de romance à trois âmes résolument traditionnelle (et pas fondamentalement des plus passionnantes, certes), autant que sa lettre d'amour enflammée pour un septième art qu'il arpente, expérimente à toutes les sauces que ce soit dans le fond (une mise en scène plurielle alternant les différents types de prises de vues) comme dans la forme (différents objectifs, alternance entre le noir et blanc et la couleur, rotoscopie,...).

Copyright Destiny Films

Du pur cinéma expérimental vivant et vibrant, qui cherche à bâtir des ponts sincères entre nouvelles technologies, (septième) art et esprit de communauté tout en ramenant la sensibilité créative, même sous le poids de l'usage de l'IA (avec laquelle il faut désormais vivre, même si la coexistence - pas uniquement artistique - reste toujours aussi incertaine), à la nature belle et fragile d'une humanité portée par l'ambition et l'amour.
Ramener l'importance comme l'authenticité de l'imaginaire humain au coeur même de l'utilisation de la technologie et d'un monde de plus en plus artificiel (dans ses rapports humains en tête), une intention louable même si artistiquement pas toujours adroite dans ses choix comme ses élans méta : c'est ce qui s'appelle avoir de sacrés bobines...

Jonathan Chevrier