[CRITIQUE] : Face à la mer
Réalisatrice : Helen Walsh
Avec : Barry Ward, Lorne MacFadyen, Liz White,...
Distributeur : Optimale Distribution
Budget : -
Genre : Drame, Romance.
Nationalité : Britannique.
Durée : 1h56min
Synopsis :
Jack est marié à Maggie depuis plus de la moitié de sa vie. Il travaille comme ramasseur de moules dans les bancs du nord du Pays de Galles avec son jeune frère, Dyfan, et ses trois fils. Jack a toujours pensé que son fils, Tom, rejoindrait l’entreprise familiale à la fin de ses études, mais la réticence de Tom à suivre ses traces provoque des tensions familiales. Celles-ci sont encore exacerbées par l’arrivée d’un matelot itinérant, Daniel, qui avoue ses sentiments à Jack. Dans cette communauté rurale isolée où la vie tourne autour de l’Église et de la pêche, Jack est confronté à un dilemme insurmontable.
Dans notre texte sur Pillion en début d'année, nous faisions remarquer à quel point le cinéma britannique s'est emparé pleinement avec récurrence de récits LGBTQ+. Nous faisions remarquer les nombreuses variations et approches que cette tendance apporte. Face à la mer fera surement partie des quelques titres les plus oubliables de tout cet éventail. Contrairement à d'autres films possédant une particularité qui leur est propre, source de leur valeur ajoutée, celui de Helen Walsh se contente d'une sobriété et de quelques poncifs habituels du mélodrame. Au sein de cette communauté de pêcheurs isolée de la société, la vie de chaque personne se ressemble. Jack et son frère cadet sont propriétaires d'une exploitation mytilicole, vocation qui se transmet entre les générations, mais dont le travail quotidien est épuisant. Le tout dans un paysage austère et hostile, où les vents sont violents, la mer jamais calme, nécessitant une force physique et mentale à chaque journée.
![]() |
| Copyright Red Union Films |
La photographie de Sam Goldie retranscrit exactement ce que l'ont peut s'attendre d'un tel environnement : peu de lumière, ambiance grisâtre et quelques tonalités bleues. Le film renvoie une image triste, terne et sauvage de ce paysage rural et littoral. Jack est complètement enraciné dans cet environnement, dans les traditions de cette communauté repliée sur elle-même. Déjà qu'il est coincé dans cette atmosphère conformiste, il est aussi en proie à cette esthétique qui s'éloigne de la marginalité qu'il n'assume pas. Même si les habitants de ce village n'ont rien de stéréotypes ou de rétrogrades et discriminatoires, c'est dans la forme que le film trouve son paradoxe. Les poncifs sur le paysage freinent la tentative deremise en question de la masculinité (comment une activité dominée par les hommes empêche un épanouissement hors des normes établies), et accablent un peu plus le protagoniste dans son mal-être quotidien.
Parce qu'il faut ajouter cela aux poncifs du mélodrame. Jack est parfaitement intégré à la communauté et à ses traditions, tandis que le jeune matelot itinérant Daniel est seulement de passage et n'a rien à perdre à assumer sa sexualité, ses sentiments. Tout le film se consacre alors à savoir si Jack va assumer ses sentiments homosexuels, ou s'il va y renoncer par peur de perdre sa famille et être marginalisé dans la communauté. Face à la mer se contente alors de mettre en scène une frustration et un dilemme qui s'étirent dans le temps, avec une structure narrative très conventionnelle rythmée par toutes les étapes classiques du mélodrame. Jusqu'à insister sur ces silences et regards de loin de la part du protagoniste, comme s'il ne pouvait être qu'à distance de ce qu'il désire, tout le temps. En résulte un film assez mou, timide et trop sage dans sa découverte des sentiments, pouvant se résumer au sempiternel schéma de « l'amour interdit » ou « la relation impossible ».
![]() |
| Copyright Red Union Films |
Pourtant, il y a de belles fulgurances ici et là. Helen Walsh prend très bien le temps d'observer la vie et les habitudes de cette communauté de pêcheurs, tout comme elle sait très bien retranscrire une sensation de suffocation dans un environnement où tout le monde se connaît et se croise sans cesse. La solitude n'existe pas dans ce paysage, et c'est surement ce qui manque terriblement au mélodrame : chercher à s'écarter du terrain connu pour vivre ses sentiments. Et pas seulement dans les scènes intimes, dont la sensibilité porte jusqu'à une forme d'onirisme. Les scènes de sexe dans le noir montre que le désir ne peut pas cohabiter avec la réalité. Il y a même cette très belle idée des escapades en bateau, tel un moyen de s'éloigner des soucis et des angoisses du jugement d'autrui. Ces sorties en mer sont l'occasion pour Jack et Daniel de constituer des temps suspendus, des bulles intimes et romantiques. Mais malheureusement, cela ne constitue qu'une infime partie d'un film bien trop long pour ce qu'il raconte et a à montrer. Ce n'est pas un défaut en soi, mais Face à la mer démontre bien qu'il est le film d'une romancière avant d'être le film d'une cinéaste.
Teddy Devisme



.jpg)






