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[CRITIQUE] : New Group


Réalisateur : Yûta Shimotsu
Avec : Anna Yamada, Yuzu Aoki, Pierre Taki,...
Distributeur : Shadowz / Abduction
Budget : -
Genre : Comédie, Drame, Épouvante-horreur.
Nationalité : Japonais.
Durée : 1h22min.

Synopsis :
Dans un lycée gagné par une étrange ferveur sectaire qui pousse les étudiants à former une immense pyramide humaine collective, Ai et Yu refusent de se joindre au mouvement. Leur résistance les transforme en cibles, traqués par leurs camarades et une institution de plus en plus autoritaire




Ai (Anna Yamada) est une lycéenne timide qui peine à s’affirmer. Elle voit son quotidien bouleversé par l’arrivée de Yu (Yuzu Aoki), un élève revenu de l’étranger et peu disposé à se plier aux règles de la vie en communauté japonaise. Un jour, un élève se met à quatre pattes dans la cour et refuse de bouger. Rapidement, d’autres le rejoignent et une immense pyramide humaine commence à se former, sous l’œil étrangement bienveillant des enseignants, qui encouragent les élèves à participer. Tandis que ceux qui rejoignent le mouvement semblent progressivement perdre toute volonté propre, Ai, Yu et quelques autres tentent de résister à cette étrange contagion collective… 
L’idée de New Group est née d’une réflexion du réalisateur Yûta Shimotsu sur la peur que peut inspirer un groupe parfaitement organisé. Il explique avoir été marqué par un ouvrage de sociologie présentant la société comme un ensemble de groupes, famille, école, entreprise, et s’être demandé ce qui pouvait arriver lorsque cette logique collective devenait une contrainte. 
De cette réflexion est née une association aussi simple qu’étrange : si le groupe discipliné constitue une forme de collectif particulièrement inquiétante, son expression la plus spectaculaire pourrait être une forme pure : la pyramide humaine. Shimotsu a alors décidé de transformer la gymnastique collective en motif horrifique. Pour ce faire, il y  projette ses propres souvenirs d’une scolarité très stricte. Le réalisateur voulait ainsi faire de la pyramide humaine le symbole d’une société qui cesse de réfléchir par elle-même, tout en jouant sur le caractère très visuel et percutant de cette pratique.

Avec sa pyramide humaine qui grossit jusqu’à engloutir tout un lycée, New Group transforme la vieille obsession japonaise de ne surtout pas dépasser du rang en cauchemar XXL. Shimotsu ne fait pas dans la subtilité. Ici, suivre le groupe signifie littéralement abandonner son corps et sa volonté pour devenir un simple rouage du groupe. Le lycée devient le laboratoire d’une société où l’individu n’existe qu’à condition de rentrer dans la bonne case. Et plus personne ne semble trouver ça bizarre. C’est justement là que le film devient vraiment dérangeant : le plus effrayant n’est pas la pyramide, mais la facilité avec laquelle tout le monde accepte d’y grimper. Une métaphore du conformisme que Shimotsu revendique ouvertement.
La fabrication de New Group repose sur un mélange ingénieux d’effets réels, de performances physiques et d’effets visuels numériques. Pour donner corps à son idée de pyramide humaine géante, Yûta Shimotsu s’est appuyé sur les étudiants de la Nippon Sport Science University, dont certains étaient spécialisés en gymnastique, notamment en gymnastique de groupe. Ils ont eux-mêmes réalisé les pyramides, les déplacements dans les couloirs et les formations du climax. Cela confère à ces séquences une dimension physique tangible et effrayante. La sphère finale aperçue à la fin du film a, par contre, été entièrement réalisée en VFX. 

Le génie, et parfois la limite, de New Group, c’est de partir d’une idée aussi simple que puérile : une forme. Une pyramide, puis un cercle, et soudain toute la société se met à obéir à une géométrie infernale. Shimotsu transforme les corps en architecture et les mouvements collectifs en rituel. Le résultat flirte avec l’absurde à la manière d’un cauchemar de Junji Itō. Plus l’image est simple, plus elle devient inquiétante. La pyramide n’a pas besoin d’être expliquée pour fonctionner. Elle est là, impossible, ridicule, terrifiante. 
Et puis New Group pète complètement les plombs. Là où la première partie joue sur l’horreur liminale et les comportements étranges, le film se met progressivement à montrer les crocs. Le malaise devient violence. L’horreur devient spectacle. Et Shimotsu finit par envoyer valser toute retenue pour accoucher d’un climax qui lorgne franchement du côté du tokusatsu et du Super Sentai. C’est brutal, parfois franchement grotesque, mais surtout terriblement ludique. Le film change de peau sans prévenir, comme s’il refusait obstinément de laisser le spectateur s’installer dans un genre précis.
Sous la pyramide, les grands discours sur le conformisme et les délires de mise en scène, New Group cache finalement quelque chose de beaucoup plus simple : une histoire de deuil. Son besoin de se fondre dans le groupe n’est pas seulement une critique sociale : c’est aussi une manière de fuir la solitude et la douleur. C’est là que la métaphore de Shimotsu prend véritablement corps. Derrière ses pyramides absurdes et son final complètement fou, New Group parle surtout de la difficulté d’accepter une perte sans perdre, avec elle, une partie de soi.

New Group est donc un drôle d’objet : un film de J-horror sur le conformisme qui se transforme en fable absurde, puis en délire tokusatsu, tout en racontant, en filigrane, une histoire de deuil. Tout n’est pas parfaitement maîtrisé et la métaphore finit parfois par marteler son message à coups de gros sabots. Cependant, difficile de reprocher à Shimotsu son manque d’ambition. Il y a dans ce film une vraie envie de faire exploser les cadres, de passer du malaise au gore, puis au spectacle. Et lorsque le dernier acte assume pleinement son côté Super Sentai, New Group cesse d’être seulement un film d’horreur conceptuel pour devenir exactement ce qu’il devait être : un grand cauchemar pop, bizarre, drôle et suffisamment fou pour laisser une trace.


Éleonore Tain