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[TOUCHE PAS À MES 80ϟs] : #195. License to kill

© 1989 Metro-Goldwyn-Mayer Studios Inc. All Rights Reserved.

Nous sommes tous un peu nostalgique de ce que l'on considère, parfois à raison, comme l'une des plus plaisantes époques de l'industrie cinématographique : le cinéma béni des 80's, avec ses petits bijoux, ses séries B burnées et ses savoureux (si...) nanars.
Une époque de tous les possibles où les héros étaient des humains qui ne se balladaient pas tous en collants, qui ne réalisaient pas leurs prouesses à coups d'effets spéciaux et de fonds verts, une époque où les petits studios (Cannon ❤) venaient jouer dans la même cour que les grosses majors légendaires, où les enfants et l'imaginaire avaient leurs mots à dire,...
Bref, les 80's c'était bien, voilà pourquoi on se fait le petit plaisir de créer une section où l'on ne parle QUE de ça et ce, sans la moindre modération.
Alors attachez bien vos ceintures, mettez votre overboard dans le coffre, votre fouet d'Indiana Jones et la carte au trésor de Willy Le Borgne sur le siège arrière : on se replonge illico dans les années 80 !



#195. Permis de tuer de John Glen (1989)


Il y a une certaine injustice derrière l'incarnation pourtant particulièrement musclée et convaincante, de Timothy Dalton en 007, quand bien même le temps à sensiblement permis à sa double performance d'être réhabilitée - d'autant qu'elle préfigure totalement celle de Daniel Craig, dix-sept ans plus tard.
Alors certes, entre le flegme so british et décontractée de Sean Connery et l'humour mordant et tout en kitscheries plus où moins assumés des films avec Roger Moore - sans oublier le romantisme affirmé de George Lazenby -, le Bond de Dalton détonne (et il a totalement été pensé pour cela, et l'échec - relatif - de ses deux aventures auraient pu amener sa déclinaison beaucoup plus loin) tant il tranche avec l'incarnation de ses trois aînés tout en jouant, paradoxalement, la carte d'une synthèse particulièrement pertinente, qui le ramène à une forme de réalisme que la franchise a souvent fui.

© 1989 Metro-Goldwyn-Mayer Studios Inc. All Rights Reserved.

Moins playboy (voire même, plus simplement, moins sexualisé) et plus déterminé, frappé d'une complexemité émotionnelle qui n'a d'égale que sa brutalité comme son sang-froid intense - un agent dur, stoïque et impitoyable; le tout flanqué au coeur de divertissement américano-compatibles, des films d'espionnage et d'action spectaculaires et entraînants totalement ancrés dans leur époque (les 80s, ce qui justifie, sans doute, leur esprit éphémère autant dans le souvenir des cinéphiles, qu'au sein même de la saga où ils figurent pourtant, parmis le haut du panier), et ce sans, fondamentalement, trahir les codes traditionnels d'un film Bond (une mini-révolution qui en appellera une grande au virage des années 2000).

Licence to Kill aka Permis de Tuer, seizième opus de la franchise (le dernier flanqué en pleine guerre froide), n'a évidemment pas l'étoffe d'un Goldfinger, d'un GoldenEye (qui lui doit beaucoup) où d'un Casino Royale, et son vilain majeur n'est pas aussi mémorable qu'un Blofeld où un Goldfinger (même si le trafiquant de drogue et maniaque Franz Sanchez de Robert Davi, est plutôt redoutable, accompagné qu'il est par un jeune Benicio Del Toro glaçant en homme de main diabolique), mais il y une puissance folle qui se dégage de cet actionner vissé sur un 007 plus seul que jamais bouffé par sa quête de vengeance personnelle (il est désavoué par ses supérieurs, alors qu'il cherche à venger la mort de la femme de son ami agent de la DEA, et la mutilation subit par celui-ci), qui gagne joliment en profondeur à mesure qu'il laisse pleinement s'exprimer son côté obscur - son cynisme exacerbé comme sa violence primaire.

© 1989 Metro-Goldwyn-Mayer Studios Inc. All Rights Reserved.

Spectaculaire (jusqu'à un final délirant avec missile et course-poursuite en camions citernes), débordant de dynamisme et de brutalité, d'autant qu'il est bourré de mises à mort délirantes (symbole de la rage de son personnage titre), le film, solidement emballé par l'honnête faiseur John Glen, est un petit bonbon amer et percutant un poil plombé par un rythme un poil en dents de scie (et un gros ventre mou en son coeur), mais qui porte son audace en bandoulière avec une assurance rarement aussi affirmée au coeur de la saga - quitte à, certes, pointer encore plus distinctement ses faiblesses narratives.

Si seulement Dalton avait pu garder son matricule 00 un peu plus longtemps...


Jonathan Chevrier