[CRITIQUE] : Sweetness
Réalisatrice : Emma Higgins
Acteurs : Kate Hallett, Herman Tømmeraas, Aya Furukawa, Justin Chatwin,...Distribution : Shadowz
Budget : -
Genre : Thriller.
Nationalité : Canadien.
Durée : 1h33min
Synopsis :
Rylee Baker, une adolescente de 16 ans rencontre par hasard son idole, la pop star Payton Adler. Elle découvre rapidement qu'il est toxicomane et décide de l'aider à s'en sortir.
Si elles étaient jadis un poil plus timide, ce qui explique aussi sans doute pourquoi la Annie Wilkes de la queen Kathy Bates dans Misery reste la référence absolue, force est d'admettre que le sous-sous-genre du thriller, la chronique de fans excessivement dévoués et ayant plus où moins frontalement plongés dans la toxicité la plus primaire (c'est un genre à part entière, ne discute pas cher lecteur adoré), commence gentiment mais sûrement à devenir familier dans la production contemporaine (on peut prendre pour exemple, l'excellente série comico-dramatico-noire Swarm chapeautée par Donald Glover).
Et c'est dans ce sillon que s'engouffre plus où moins adroitement la wannabe cinéaste canadienne Emma Higgins avec son premier effort, Sweetness (seconde nouveauté du mois du côté d'une Shadowz à l'affût, après le très chouette Strange Harvest de Stuart Ortiz), qui ne semble pas totalement savoir comment jongler entre un rip-off improvisé du castrophique Hurry Up Tomorrow de Trey Edward Shults, et une version soft et anti-claustrophobique de l'œuvre de King - dont elle est imbibée de tous les pores de sa narration - qui vire au drame dans un troisième acte dissonant des deux autres.
L'histoire s'attache à Rylee, seize ans au compteur et marquée par le deuil insurmontable de sa mère, dont le seul véritable refuge réside dans l'idolation qu'elle porte pour son artiste préféré, le chanteur norvégien Payton, fraîchement sorti d'une cure de désintoxication, mais pas encore complètement sevré de sa dépendance.
Ce qui va mener la jeune fille à se lancer dans l'idée folle, après qu'il l'est percuté avec sa voiture un soir de concert, de le mener vers la voie de la désintoxication totale en l'enchaînant - littéralement - à ses côtés, une aide obsessionnelle qui va vite devenir incontrôlable...
Et, dans le même temps, le terreau fertile d'une narration qui interroge frontalement notre obsession pour l'inaccessible et la toxicité même du statut de fan (de ses échelles anodines à celles plus psychotiques), sans pour autant réussir à pleinement masquer les faiblesses évidentes de sa prose qui, au-delà de grosses facilités (la rencontre fortuite, la " cachette " parfaite pour le kidnapping), ne laisse jamais réellement poindre les graines de l'instabilité de son héroïne (le seul personnage réellement développé de l'intrigue, pourtant), ni ne justifie pleinement son basculement sanglant et absurde vers la folie et la violence - gratuite - dans le troisième acte (une agressivité primaire qui tranche avec sa nature plus " innocente " jusqu'ici).
Dommage tant Higgins sait distiller une vraie ambiance avec sa mise en scène et n'a pas peur de laisser sa caméra s'exprimer (notamment lors d'un chouette plan séquence dans son dernier acte), ni relever la performance plutôt convaincante de la jeune Kate Hallett, dont le jeu renforce le manque de profondeur de l'écriture.
Jonathan Chevrier

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