Breaking News

[CRITIQUE] : Sous le ciel de Kyoto


Réalisatrice : Akiko Ohku
Acteurs : Riku Hagiwara, Yuumi Kawai, Aoi Itô,...
Distributeur : Art House
Budget : -
Genre : Drame, Romance.
Nationalité : Japonais.
Durée : 2h08min.

Synopsis :
À Kyoto, entre l’université et un petit boulot dans des bains publics, Toru garde toujours ses parapluies à portée de main, tels des boucliers contre le monde extérieur. Quand il rencontre Hana, mystérieuse, lumineuse, fragile, l’évidence naît entre eux... avant qu’elle ne disparaisse soudainement.





Il y a une belle cohérence qui se dégage au coeur de la filmographie définitivement de la cinéaste nippone Akiko Ohku, tant il n'est pas difficile de dresser de jolis et authentiques point de concordance entre ses différents efforts, comme si le magnifique Tempura (où elle adaptait une nouvelle fois un roman de Risa Wataya) répondait instinctivement à son tout aussi beau Sous le ciel de Kyoto (où elle met cette fois en images, un roman de Shusuke Fukutoku), que ce soit dans sa manière d'entremêler les genres avec une délicatesse rare et un style savamment dépouillé, comme d'user des archétypes et artifices de la comédie romantique, pour mieux dresser de doux et captivants portraits de jeunes figures aussi complexes et solitaires que vulnérables et excentriques, paralysées à l'idée de s'ouvrir aux autres.

Copyright Arthouse

Ici, ce n'est plus la touchante et loufoque Mitsuko qui est tiraillée entre le confort d'une vie de célibataire paisible dans sa propre bulle et une romance avec un vendeur timide et adorable, mais bien le définitivement plus maladroit et rêveur Toru, étudiant qui jongle entre des études peu passionnantes à l’université, un petit boulot dans des bains publics et une solitude à peine fissurée par la présence de son meilleur ami, Yamane - qui tente tant bien que mal de stimuler sa sociabilité -, ni par sa douce collègue, Sacchan.
Une existence dans l'ombre à Kyoto, parapluie à la main (qui le protège autant de la pluie qu'il incarne le symbole de ses barrières émotionnelles, érigées contre un monde extérieur où il n'a aucune accroche et qu'il ne comprend pas... et qui, de toute façon, ne le comprend pas non plus) et tête dans les nuages, appelée pourtant à être bousculée lorsque son regard croise celui d'Hana, toute aussi solitaire et frappé par le deuil - mais plus mystérieuse - que lui, dont il tombe follement amoureux...

Toute la richesse du film réside dans ce rebond narratif particulièrement banal : l'amour, moins comme artifice romantique urgent que comme un outil pour façonner aussi bien un récit initiatique familier vers la maturité et la pleine découverte de soi (qui n'a jamais peur de célébrer l'excentricité de ses personnages, et encore les aspects supposément gênants de leurs personnalités/actes), qu'une touchante réflexion sur la condition humaine à hauteur de coeurs blessés (notamment à travers une formidable et déchirante scène de confession, assurément l'un des plus beaux et intenses moments de cinéma de l'année), où la complexité des relations - parfois douloureuse et éphémère - peut transformer plus où moins frontalement notre propre identité, notre propre compréhension des choses, de ce que l'on ressent et, par extension, notre capacité à communiquer.

Copyright Arthouse

Assuré aussi bien d'un point de vue formel que narratif (un usage intelligent du split screen pour juxtaposer/opposer les émotions de ses jeunes protagonistes; des dialogues soutenues qui renforce le réalisme des interactions entre ses personnages, comme l'immersion du spectateur; une photographie dont la colorimétrie épouse les états émotionnels dissemblables de sa figure centrale;...), totalement noué aux performances impliquées de son beau trio Riku Hagiwara/Yuumi Kawai/Aoi Ito; Sous le ciel de Kyoto sonde la solitude profonde tout autant que la beauté comme la souffrance derrière toute union - amicale comme sentimentale - authentique, pour mieux composer un sincère et poignant canevas des relations humaines dans une société contemporaine motivant l'isolement autant que les difficultés à se connecter aux autres.


Jonathan Chevrier