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[CRITIQUE] : Le Passage


Réalisateur : Brandt Andersen
Avec : Yasmine Al Massri, Yahya Mahayni, Omar Sy, Ziad Bakri,...
Distributeur : Nour Films
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Jordanie, Américain.
Durée : 1h43min.

Synopsis :
Amira travaille dans un grand hôpital à Chicago. Un message d'anniversaire fait vibrer son téléphone et le passé refait surface. Des années plus tôt, le soir de ses 40 ans, une bombe pulvérise son appartement à Alep. Amira n’a alors qu’un réflexe : saisir sa fille et fuir. Sur le chemin de l'exil, elle découvre que l'espoir a parfois le visage d'un inconnu, la force d'un geste simple et le pouvoir immense de changer une vie. Jusqu'où iriez-vous pour sauver ceux que vous aimez ?





La désensibilisation constante entourant les migrants qui viennent en Europe s’avère de plus en plus forte, peu aidée par des déclarations politiques qui déshumanisent toute personne faisant cette traversée. Pourtant, on oublie les difficultés à vivre, les conditions de vie et la fragilité de pareil périple au danger de mort constant. Une semaine avant L’Odyssée revue par Christopher Nolan, c’est donc à ce Passage de nous faire vivre une autre odyssée : celle d’une femme et de sa fille fuyant Alep avec ce que cela implique de danger sur leur route.

Si le parti pris d’initier le récit comme un gros flash-back de la traversée d’Amira (Yasmine Al Massri, qui porte énormément le film) pourrait sembler contre-productif sur l’idée de réussite ou non du trajet, c’est que l’important n’est pas cela mais plutôt de se concentrer sur les vies qui se lient au fur et à mesure du récit. La médecin prend évidemment le contrôle, avec cette première séquence passée qui montre son contrôle dans une situation de danger qui évoque déjà les difficultés qu’elle va vivre. La mise en scène se fait vite tendue et quand elle fera croire pour un bref instant à une possibilité de répit, ce sera pour mieux annihiler ce semblant de quotidien normal.

Copyright Kinostar

De là, la volonté de se décalquer en plusieurs histoires et protagonistes prend du sens, permettant de mieux appréhender les différents points de la traversée avec des mises en tension constantes. On sent la volonté permanente d’empathie, même dans les zones moralement plus grises, pour appréhender pleinement la difficulté de pareil trajet. La caméra cherche alors constamment cet équilibre souvent bien acquis entre l’immersion totale, avec ce que cela implique de sentiments éprouvants, et une volonté constante d’humanisme, pour permettre de mieux se rapprocher des difficultés des protagonistes gravitant de près ou de loin autour d’Amira.

Le passage n’est donc pas un film particulièrement aisé tant il n’hésite pas à renvoyer un regard européen centré sur la réalité du périple migratoire dans l’espoir d’éviter la mort. Mais c’est justement en captant cela, en cherchant tout du long à garder l’humain au centre de son cadre que le long-métrage de Brandt Andersen parvient à viser juste et réussit à maîtriser ses ambitions sans oublier son cœur. Ce ne sera donc pas qu’un film de passage mais un long-métrage qui réussit à véhiculer son propos avec force émotionnelle, tragédie démultipliée sur laquelle on ne peut pas décemment fermer les yeux quand on a une once d’humanité.


Liam Debruel