[TOUCHE PAS NON PLUS À MES 90ϟs] : #167. The Net
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Nous sommes tous un peu nostalgiques de ce que l'on considère, parfois à raison, comme l'une des plus plaisantes époques de l'industrie cinématographique : le cinéma béni des 90's, avec ses petits bijoux, ses séries B burnées et ses savoureux (si...) nanars. Une époque de tous les possibles où les héros étaient des humains qui ne se baladaient pas tous en collants, qui ne réalisaient pas leurs prouesses à coups d'effets spéciaux et de fonds verts, une époque où les petits studios venaient jouer dans la même cour que les grosses majors légendaires, où les enfants et l'imaginaire avaient leur mot à dire... Bref, les 90's c'était bien, tout comme les 80's, voilà pourquoi on se fait le petit plaisir de créer une section où l'on ne parle QUE de ça et ce, sans la moindre modération. Alors attachez bien vos ceintures, prenez votre ticket magique, votre spray anti-Dinos et la pilule rouge de Morpheus : on se replonge illico dans les années 90 !
#167. Traque sur Internet de Irwin Winkler (1995)
Sorti en 1995, Traque sur Internet de Irwin Winkler est un thriller techno conspirationnel qui capte l’inquiétude naissante du public face à l’Internet et à la dépendance croissante aux systèmes informatiques. L’histoire suit Angela Bennett, experte en sécurité informatique, qui, à cause d’une mystérieuse disquette, se retrouve impliquée dans un complot où son identité est complètement effacée : toute trace de son existence, ses comptes et ses documents disparaissent, la transformant en criminelle recherchée. Le récit développe une tension où la maîtrise de l’informatique devient aussi cruciale que la survie physique, transformant un univers familier en terrain hostile et troublant.
Winkler fasciné par les nouvelles technologies et les récits de suspense contemporains, s’intéresse à la démocratisation d’Internet. Le film transpose les peurs collectives liées à la surveillance, à la manipulation de données et à la vulnérabilité numérique dans une intrigue haletante. Le scénario exploite le paradoxe du personnage principal : Angela est à la fois experte et démunie, capable de manipuler des systèmes informatiques complexes mais impuissante face à la puissance combinée d’institutions ou de groupes clandestins.
Le casting joue un rôle déterminant dans la tension du récit. Sandra Bullock incarne Angela avec un mélange rare de compétence technique et de fragilité humaine. Son jeu traduit à la fois la maîtrise intellectuelle de son personnage et la vulnérabilité qui surgit lorsque sa vie numérique et réelle est menacée. Face à elle, Jeremy Northam interprète Jack Devlin, antagoniste manipulateur dont le charme apparent masque la dangerosité, soulignant la manière dont la technologie peut servir d’instrument de contrôle et de tromperie. Les personnages secondaires complètent la galerie d’opportunités et de menaces numériques, renforçant l’impression d’un monde complexe où chaque geste peut avoir des conséquences dramatiques.
Techniquement, le film adopte une approche visuelle fonctionnelle mais efficace. La photographie met en valeur l’isolement du personnage dans des espaces domestiques et professionnels saturés d’écrans et de câbles, tandis que le montage alterne séquences de suspense pur et scènes plus introspectives, accentuant la tension. L’ordinateur et le réseau ne sont pas de simples décors : ils deviennent des instruments narratifs, des prolongements de l’angoisse et des menaces tangibles. L’écran, les lignes de code et les systèmes de sécurité servent autant d’armes dramatiques que les confrontations physiques.
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| Image via Columbia Pictures |
Le film développe un sous-texte puissant autour de la fragilité de l’identité à l’ère numérique. La disparition de toutes les traces d’Angela illustre combien la société moderne repose sur les systèmes informatiques pour légitimer l’existence et le statut des individus. La peur du vol de données, de la manipulation de dossiers et de l’usurpation d’identité devient une métaphore de l’aliénation dans un monde où la technologie contrôle l’accès à la vie sociale et professionnelle. La transformation du quotidien en terrain hostile souligne le caractère omniprésent de la surveillance et la dépendance de ’individu à la validité numérique de son identité.
L’œuvre questionne également la responsabilité et le pouvoir de ceux qui contrôlent les systèmes. Les antagonistes exploitent l’outil informatique pour exercer un contrôle quasi absolu, illustrant la manière dont la technologie peut renforcer les structures hiérarchiques et les abus. En parallèle, la trajectoire d’Angela montre que le savoir et l’ingéniosité peuvent inverser le rapport de force : l’expertise devient une arme, l’intelligence un moyen de résistance, et la maîtrise de l’environnement numérique un outil de survie.
Traque sur Internet illustre les premiers récits cinématographiques à traiter de la vulnérabilité technologique et de la dépendance aux systèmes numériques comme un véritable enjeu dramatique. Grâce à la direction d’Irwin Winkler, à la performance de Sandra Bullock et à la construction narrative qui intègre la technologie comme personnage central, le film transforme la peur abstraite de l’informatique en menace concrète et immersive. Il anticipe les préoccupations contemporaines sur la sécurité des données et l’empreinte numérique, tout en offrant un thriller efficace, haletant et imprégné d’une tension qui repose autant sur l’esprit que sur l’action physique.










