[CRITIQUE/RESSORTIE] : L'Aile ou la cuisse
Réalisateur : Claude Zidi
Avec : Louis de Funès, Coluche, Ann Zacharias, Julien Guiomar,…
Distributeur : Swashbuckler Films
Budget : -
Genre : Comédie.
Nationalité : Français.
Durée : 1h36min
Date de sortie : 27 octobre 1976
Date de ressortie : 17 juin 2026
Synopsis :
Charles Duchemin, le directeur d'un guide gastronomique qui vient d'être élu à l'Académie Française, se trouve un adversaire de taille en la personne de Jacques Tricatel, le PDG d'une chaîne de restaurants. Son fils Gérard anime en cachette une petite troupe de cirque.
C'est toujours un peu compliqué d'écrire sur un long-métrage qui a marqué au fer rouge son époque (une confrontation entre deux monuments de l'humour, deux fogures aux générations dissemblables mais unies par une vérité douloureuse : les deux nous ont quittés beaucoup trop tôt) où voir même, modestement, notre parcours cinéphilique, sur une œuvre qui a déjà été décortiquée dans tous les sens et sous toutes les coutures - même si celles-ci sont souvent plus légères qu'elles ne le prétendent.
Fusion quasi-parfaite entre trois talents indéniables de la comédie bien de chez nous, Louis De Funès, Coluche et Claude Zidi, quand bien même celui de ce dernier était définitivement moins considéré par ses pairs (marqué par une forme de mépris indélébile et crasseux, un cinéaste injustement réduit au statut de faiseur de seconde zone là où il est derrière quelques-unes de nos plus belles séances comiques des 70s/80s), L'Aile ou la cuisse est une petite merveille dont la simplicité apparente n'a d'égale que sa fluidité d'exécution : un comique de situation couplé à un jeu de ping-pong savoureux entre deux maestros au tempo magistral, dont la justesse de jeu donne du corps et du volume à une satire burlesque et mordante sur un capitalisme galopant, la perversité des médias comme sur une gastronomie française à l'exigence souvent absurde, confrontée à l'essor de ce que l'on nommera plus tard les « fast-food ».
Le tout tissé autour d'une relation père-fils bancal et à l'héritage indésiré (le pape de la critique gastronomique, Charles Duchemin - union symbolico-comique de Dumont et Michelin -, éditeur du « Guide Duchemin » et la bête noire de tous les restaurants français, souhaite que son fils Gérard, qui préférerait une vie de saltimbanque, reprenne l'entreprise familial, alors que leur combat contre Jacques Tricatel, leader des plats préparés industriels, fait de plus en plus rage), mais aussi de réflexions passionnantes : la notion de goût(s) et de couleur(s) au coeur de notre rapport à la nourriture et de ce que nous recherchons en elle (un rapport qui varie selon, justement, les envies), où encore une confrontation frontale à notre pleine conscience de consommer - littéralement - de la merde (la séquence chez Tricatel est à la limite du prophétique).
Hilarant tout en étant frappé d'une émotion sincère (renforcée par la naïveté touchante d'un Coluche plus en retenue qu'à l'accoutumée), gentiment acerbe tout autant qu'il est d'une amertume étonnante (la pleine conscience que les Duchemin n'ont gagné qu'une petite bataille face à l'alimentation industrielle, alors que la guerre est déjà perdue, pour preuve l'ultime séquence où la consécration du père est marquée par la nourriture produite par son pire ennemi), L'Aile ou la cuisse est un moment de cinéma irrésistible, exubérant et percutant qui n'a rien perdu de sa justesse ni de sa pertinence, même avec un demi siècle au compteur.
On appelle ça un chef-d'œuvre, où pas loin.
Jonathan Chevrier







