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[SƎANCES FANTASTIQUES] : #134. The Jacket

Copyright Constantin Films / Mandalay Pictures / Warner Bros. / ARP Sélection

Parce que les (géniales) sections #TouchePasAMes80s et #TouchePasNonPlusAMes90s, sont un peu trop restreintes pour laisser exploser notre amour du cinéma de genre, la Fucking Team se lance dans une nouvelle aventure : #SectionsFantastiques, ou l'on pourra autant traiter des chefs-d'œuvres de la Hammer que des pépites du cinéma bis transalpin, en passant par les slashers des 70s/80s et quelques hauts faits du thriller sous tension; mais surtout montrer un brin la richesse d'un cinéma fantastique aussi abondant qu'il est passionnant à décortiquer. Bref, veillez à ce que les lumières soient éteintes, qu'un monstre soit bien caché sous vos fauteuils/lits et laissez-vous embarquer par la lecture nos billets !



#134. The Jacket de John Maybury (2005)


Sorti en 2005, The Jacket est un thriller psychologique et de science-fiction qui se distingue par son atmosphère sombre, sa narration non linéaire et son exploration originale de la mémoire et du temps. Réalisé par John Maybury, le film s’impose comme une œuvre audacieuse, capable de mêler suspense, émotion et réflexion métaphysique.
Le protagoniste est interprété par Adrien Brody, qui livre une performance intense et nuancée dans le rôle de Jack Starks, un vétéran de guerre souffrant de troubles psychologiques. Brody réussit à transmettre à la fois la vulnérabilité, la confusion et la détermination de son personnage. Son interprétation est le moteur émotionnel du film : à travers son regard et ses réactions, le spectateur ressent pleinement l’angoisse, la frustration et le désespoir liés à l’enfermement et aux expériences extrêmes qu’il subit. Brody apporte une crédibilité indispensable à une intrigue qui, par moments, flirte avec le fantastique.

Aux côtés de Brody, Keira Knightley incarne Jackie Price, le personnage féminin central et figure de stabilité et d’humanité dans le récit. Knightley joue avec une subtilité remarquable : son personnage est à la fois témoin, confidente et catalyseur des émotions de Starks. La relation entre Jack et Jackie est poignante et sert de fil conducteur émotionnel au film. Leur dynamique crée un contraste nécessaire face à l’univers oppressant de l’institution médicale où une grande partie de l’action se déroule.
Le scénario, proche d’une nouvelle de Jack London (Le vagabond des étoiles), met en scène un programme expérimental dans lequel Jack Starks est soumis à des traitements controversés pour ses troubles mentaux, notamment le confinement dans une camisole de force et l’usage d’un sarcophage médicalisé. Cette approche narrative, combinant éléments de thriller psychologique et de science-fiction temporelle, explore des thèmes universels tels que la perception du temps, la mémoire, la mortalité et la possibilité de changer le futur. Le film crée un malaise persistant, renforcé par l’enfermement physique et psychologique du personnage principal.

La mise en scène de John Maybury contribue fortement à l’atmosphère unique du film. Les choix de cadrage, de lumière et de colorimétrie alternent entre des teintes froides et aseptisées pour les scènes d’hôpital, et des tons plus chauds et flous pour les visions du futur, accentuant ainsi la confusion temporelle et émotionnelle. Les transitions entre passé, présent et futur sont habilement orchestrées, créant une expérience immersive qui invite le spectateur à ressentir la désorientation du protagoniste. Cette construction non linéaire, tout en étant exigeante, est l’un des aspects les plus fascinants du film.
Parmi les autres acteurs, Jennifer Jason Leigh se distingue dans le rôle du personnel médical, incarnant la froideur et le détachement scientifique avec une intensité subtile. Leigh joue un rôle ambivalent, à la frontière entre figure autoritaire et vecteur moral, renforçant le sentiment de menace et d’incompréhension qui pèse sur Starks.

Malgré ses qualités indéniables, le film prend le risque de privilégier la forme et l’expérimentation visuelle au détriment d’une exposition plus claire des enjeux narratifs, ce qui peut générer une impression de flottement. De plus, certaines séquences psychologiques ou de science-fiction, bien qu’intéressantes et audacieuses, ne sont pas toujours pleinement exploitées sur le plan dramatique, laissant quelques intrigues secondaires légèrement esquissées.
Cependant, le film réussit à traiter des thèmes profonds, comme la mémoire, la perception de la réalité et la responsabilité individuelle face au temps et aux choix de la vie, tout en maintenant un suspense constant.


Jess Slash'her