[FUCKING SERIES] : Les Quatre saisons, saison 2 : Le deuil ne prend jamais de vacances
(Critique - avec spoilers - de la saison 2)
À la fin de la première saison (qu’on avait chroniquée ici dès sa sortie), on se demandait ce que les personnages des Quatre saisons allaient devenir après la tragédie qui avait bouleversé leur équilibre. La recette reste la même : on retrouve cette bande de vieux amis qui se réunit quatre fois par an pour les vacances. Créée par Tina Fey, Lang Fisher et Tracey Wigfield, et adaptée du film éponyme d’Alan Alda (1981), la série continue d’explorer avec justesse les tracas et les crises existentielles de ces quinquagénaires face au temps qui passe.
Le point de départ de cette deuxième saison, qui devient rapidement le fil rouge, est ce deuil collectif qui réunit autant qu’il éloigne les personnages. Ils prennent encore davantage conscience de la fragilité de la vie, des regrets accumulés et du temps qui file. La série creuse toujours les non-dits et le manque cruel de communication entre eux : par peur du conflit, ils ont du mal à se dire les choses. Ainsi, même si Kate et Jack semblent aller mieux en apparence, ils peinent encore à exprimer leurs émotions et tentent de s’épanouir individuellement (surtout Jack, qui se lance dans un marathon). Claude et Danny ne sont pas sur la même longueur d’onde concernant la paternité et leur lieu de vie. Anne, elle, cherche à s’épanouir pleinement en tant que quinqua célibataire et à se réinventer en tant que femme. Une question commune traverse alors chaque membre du groupe en fonction de sa situation : est-ce trop tard ?
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| Copyright Emily V. Aragones/Netflix |
Cette saison 2 approfondit les thématiques de la première sans que cela paraisse redondant. Au contraire, c’est même une force : aucun problème majeur ne se règle en quelques mois seulement. Il faut du temps, de la maturité et des rechutes pour avancer vraiment : c’est précisément ce qui rend les personnages crédibles. Contrairement à certaines séries qui les font évoluer trop brutalement, ici ils restent cohérents avec eux-mêmes, et c’est l’une des grandes qualités des Quatre saisons. On rit toujours autant, mais le fond est un peu plus mélancolique que dans la saison 1. L’épisode centré sur le Covid est particulièrement réussi : loin d’être un simple fan-service pour faire revenir un personnage de la saison 1, il rappelle à quel point leurs problèmes traînent depuis des années, bien avant le tout premier épisode. De nouvelles problématiques apparaissent aussi, comme la gestion émotionnelle de l’éloignement d’un ami (Danny et Claude veulent aller vivre en Italie) ou la dépression qui passe inaperçue. Des sujets sérieux, traités avec finesse et sincérité, dans ce ton doux-amer qui fait tout le charme de la série.
On prend toujours autant de plaisir à suivre ces personnages attachants, incarnés par une distribution remarquable. Tina Fey, Colman Domingo (qui ont réalisé un épisode chacun), Will Forte ou encore Marco Calvani passent avec aisance d’un registre à l’autre, incarnant des êtres solaires en apparence qui cachent leurs doutes et leurs angoisses. Mais c’est surtout Anne (Kerri Kenny-Silver) qui vole la vedette cette saison. Elle se réapproprie sa vie, sa sexualité et son indépendance après toutes les épreuves traversées. Sa relation avec la pétillante Ginny (Erika Henningsen), malheureusement trop peu présente à l’écran, constitue l’une des plus belles réussites de la saison, passant avec grâce de la jalousie à une vraie sororité.
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| Copyright Emily V. Aragones/Netflix |
On passe donc un agréable moment avec Les Quatre saisons, une série qui, sans prétendre au génie, reste profondément touchante et réussit haut la main le test délicat de la deuxième saison. Aura-t-elle une saison 3 ? Au moment où paraît cette chronique, la réponse n’est pas encore connue. Les dernières minutes laissent cependant entrevoir cette possibilité. Et il faut avouer qu’il reste encore de belles pistes à explorer sur ces personnages, face aux aléas de la vie comme aux conséquences de leurs choix. Quoi qu’il en soit, même si la série s’arrêtait là, ce deuxième volet constituerait une conclusion tout à fait satisfaisante.
Tinalakiller



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